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Portrait. Christian Nicaud : Le Self Made Man


Publié le : 23.06.2026 I Dernière Mise à jour : 23.06.2026
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Auteur

  • Michel Messager

Dans sa vie professionnelle, il a gravi, par sa résilience, sa force de travail et sa croyance indéfectible dans sa bonne étoile, tous les échelons de la profession et comme il le dit avec un peu de malice « tout ceci sans diplôme »

La rubrique de Michel Messager : « Je vous parle d’un temps où les jeunes qui travaillent aujourd’hui dans le secteur du tourisme ne peuvent pas connaître… »

 

« L’obstination est le chemin de la réussite. »

Charlie Chaplin

 

Ce fut loin d’être ‘’un long fleuve tranquille’’.

Dans sa carrière, qui a commencé dès l’âge de 20 ans, il a été successivement : loueur de mini moto ‘’Honda monkey’’ sur le port de Saint-Tropez, accompagnateur et pilote vacances en club, agent de comptoir (à cette époque on ne disait pas encore ‘’conseiller en voyages’’), agent commercial, Directeur Commercial, Directeur Général et enfin Président de sa société qu’il crée en 1981, date de l’arrivée des socialistes au pouvoir et de l’instauration du ‘’carnet de change’’ pour les professionnels du tourisme.

À cette époque, quand il a créé (ce dont il avait toujours rêvé) sinon la première, en tous cas une agence de voyages très haut de gamme de la profession, ils étaient nombreux, même parmi ses amis, à douter de la réussite de son projet. L’avenir leur donna tort !

La réussite fut au rendez-vous et ce véritable ‘’self made man’’, ne doit sa réussite qu’à lui-même. Une réussite à méditer et à admirer.

 

Christian Nicaud a vingt ans tout juste, à la sortie de son service militaire (18 mois en Allemagne), quand il entre dans la profession qu’il ne quittera désormais plus.

Tout d’abord en 1966 comme pilote de vacances dans l’un des clubs du Touring Club de France et accompagnateur dans la filiale du TCF le BUTETO.

Le Touring Club de France, abrégé TCF, créé en 1890 par un groupe de vélocipédistes, est une ancienne association française, disparue en 1983, dont le but était le développement du tourisme. Le TCF a compté jusqu’à 700 000 adhérents !

 

En 1968, il est engagé comme simple agent de comptoir par les Voyages Givais, dont la particularité était d’être la seule agence de voyages située sur les Champs-Elysées, (aujourd’hui entre le Drugstore et l’immeuble LVMH autrefois l’immeuble Air France appelé ‘’Le Carlton’’ par les professionnels, car situé sur l’ancien emplacement du dit hôtel).

« L’endroit idéal pour voir les manifestations du mois de mai, dont celle du 30 où plus d’un million de personnes remontent la plus belle avenue du Monde, pour manifester leur soutien au Général de Gaulle » se rappelle Christian Nicaud. « Avec la patronne, ‘’Madame Sylvie’’, ça ne rigolait pas tous les jours, vu l’emplacement on ne chômait pas, c’était des journées pleines à vendre du tourisme, des places de théâtre, des billets de chemin de fer ou d’avion… »

 

En 1969, grâce à son ami Philippe Vidal (qui deviendra Secrétaire Général du Snav) il est engagé par le tour opérateur Airtour un des leaders sur le marché des moyens courriers (Baléares, Tunisie, Maroc…) et dont le Patron est Phillipe Bamberger, grand personnage du tourisme. « Quand il arrivait dans les locaux, tout le monde était debout au garde-à-vous et chacune et chacun l’accueillait d’un sonore et retentissant ‘’Bonjour Monsieur le Président’’. Une autre époque… » se souvient Christian.

 

Un an après, il suit Pierre Joudon, qu’il a connu lorsque celui-ci était DG d’AirTour, au sein de Brook-Centraltour. La même année Pierre Joudon crée le tour opérateur Planète spécialiste du Maghreb (Tunisie et Maroc) : Christian Nicaud en est le Directeur Commercial, il a tout juste 25 ans.

C’est à cette occasion qu’il rencontre un autre ‘’personnage’’ de la profession, qui deviendra un de ses amis proches : le regretté Claude Pillard, futur patron de Touropa, puis créateur de 1000 Tours’’, et qui travaillait à cette époque en sous-sol comme forfaitiste au siège rue des Pyramides…

Au cours des huit années qu’il va passer à ce poste, Christian sillonne la France. Par les actions de promotion et de communication qu’il insuffle, il va hisser Planète dans la cour des ‘’grands’’ avec plus de 30 000 clients.

Ah les soirées de Planète, qui ne s’en souvient pas : ‘’la soirée boxe salle Wagram’’, la soirée ‘’Cubaine’’ en haut de la Tour Montparnasse (une première), la soirée avec l’idole de l’époque ‘’ Daniel Guichard’’ et le maître de cérémonie Gérard Holtz… les soirées de Planète étaient un must de la profession.

A propos de ces soirées cette confidence de Christian Nicaud : « Nous n’avions pas beaucoup de moyens et Joudon ne lâchait pas ses sous comme cela. Aussi il fallait faire avec les moyens du bord, jongler avec les partenaires et faire marcher ses réseaux d’amis. À propos de la soirée ‘’Guichard’’, j’avais réussi à négocier un échange, à savoir le concert contre un voyage. Daniel Guichard avait été tellement content du succès qu’il avait remporté auprès des agents de voyages, qu’il n’a jamais utilisé ses billets… »

 

Les réseaux d’amitié, Christian avait déjà cela dans la peau. C’est ainsi qu’avec ses amis Hervé Deville (Les Arcs), Jean Paul Moine (agences de voyages du Printemps) et Jean Claude Guedon (Wagons-Lits), il crée le ‘’Club 7’’ (7, le nombre d’adhérents de départ).

Ce Club de jeunes cadres du tourisme, très fermé, a beaucoup intrigué à l’époque, notamment les élus des instances professionnelles qui y voyaient le risque de perdre leur place en faveur de ces jeunes. Les patrons, quant à eux, y voyaient une force revendicatrice et donc de déstabilisation. Quant à la presse, elle ne savait pas non plus ce qui se disait dans ce Club et pourquoi il ne communiquait pas. La réponse était simple, c’était tout simplement un cercle d’amis qui avaient plaisir à se retrouver. Mais dieu sait que ce ‘’Club 7’’ a fait parler !

En 1978, sentant que Planète cherchait à se vendre, Christian se pose des questions notamment sur le futur repreneur. Il n’aura pas le temps de trouver la réponse, puisque Michel Yves Petit, Président du Tour Operator ‘’Plein Soleil’’ lui propose le poste de Directeur Général de la société, dont la SNCF est l’un des actionnaires.

Il n’y restera malheureusement que deux ans, la SNCF prenant en 1980 la décision de retirer ses ‘’billes’’. De cette période Christian Nicaud avoue avoir appris deux choses : « savoir naviguer dans un grand groupe comme l’était la SNCF et connaître les codes pour détecter les bonnes et les mauvaises gestions. » Son meilleur souvenir de cette époque : « avoir lancé la destination des Bahamas auprès de la clientèle française. »

 

Christian Nicaud a 34 ans et pour la première fois de sa vie est inactif ! Se cherchant un peu pour savoir ce qu’il va faire, c’est là où il tombe sur l’homme qui va changer sa vie professionnelle en le poussant à créer sa propre société, lui démontrant le potentiel qui existe au niveau d’une clientèle pour le tourisme de luxe et qui n’est guère exploité. Cet homme c’est Pierre Doulcet, à l’époque journaliste de tourisme, rédacteur de Vacances Magazine et responsable de la rubrique tourisme à Europe 1.

C’est au cours d’un déjeuner au milieu de ses amis, dans le célèbre restaurant Chez Edgard de Paul Benmussa* rue Marbeuf, (lieu de rencontre incontournable du monde politique et médiatique), qu’il prend la décision qui marquera à jamais sa vie, de créer Tapis Rouge International.

 

1981 : Création de Tapis Rouge International le 02 janvier

Rappelons-nous ce que fut cette année 1981 : Élection de François Mitterrand à la présidence de la République française ; loi de finances rectificative majorant de 7,7 milliards de Francs les recettes fiscales ; dévaluation de 3 % du Franc ; adoption de l'article 2 du projet budgétaire qui institue l'impôt sur les grandes fortunes et cerise sur le gâteau au congrès socialiste de Valence, le député Paul Quilès déclare « Il ne faut pas se contenter de dire comme Robespierre : des têtes vont tomber... Il faut dire lesquelles et rapidement » ; … du côté international : échec d’une tentative de coup d’État militaire en Espagne ; assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate ; émeutes du pain et grève générale au Maroc…

Rétroactivement, il commente, philosophe : « on ne pouvait rêver mieux pour lancer des voyages haut de gamme ».

La première année d’exploitation de Tapis Rouge fut une année blanche et la suivante que légèrement meilleure. Mais cela était loin de décourager Christian qui faisait ‘’feu de tout bois’’ pour trouver des clients et nouer des contacts avec le monde des grandes entreprises. Ce que ne dit pas Christian Nicaud, sans doute par pudeur, c’est que pendant cette période il ne se payait pas, sa seule et unique collaboratrice fit également des sacrifices sur ses salaires, quant à ses actionnaires, Pierre Doulcet, Georges Alain Mahé (Editeur du Quotidien du Tourisme du Groupe Larivière) et Roland Schoenahl (Trust House Forte), n’avaient que leurs yeux pour pleurer…

 

Grâce à ses relations et notamment Maurice Beaudoin, homme de confiance de Robert Hersant, co-fondateur en 1978 par Louis Pauwels du Figaro Magazine, dans lequel il prend la direction des pages Loisirs et Tourisme, l’année 1982 commence sous les meilleurs auspices.

 

Mais c’est en 1983 que démarre réellement Tapis Rouge

Christian Nicaud apprend que l’Orient Express va fêter son centenaire. Il a une idée de génie : monter une opération de prestige pour fêter ce centenaire. Après de multiples et multiples appels téléphoniques, il obtient enfin un rendez-vous avec le Patron de l’Orient Express qui le convoque dans son chalet en Suisse. À peine arrivé à son rendez-vous, le majordome l’accueille, lui donne un maillot de bain et lui dit : « Ces Messieurs vous attendent à la piscine. » Et c’est donc dans la piscine et en maillot de bain que Christian obtient le contrat.

Pour information, Christian Nicaud, pour payer le déposit nécessaire pour l’affrètement, demande à sa banque un prêt, et se retrouve ainsi au niveau de ses finances, non pas en slip de bain, mais tout nu… Je vous laisse imaginer l’angoisse.

 

Le voyage du centenaire de l’Orient Express est lancé début 1983. Un groupe de 100 personnes pour le Paris/Istanbul et un second groupe, toujours de 100 personnes pour le trajet Istanbul/Paris. En quinze jours le voyage, en collaboration avec le Figaro Magazine, Moët & Chandon, Cartier et les montres Ebel est complet !

Cette opération prestigieuse du 30 mars au 7 avril a marqué le grand départ de Tapis Rouge

Coup de chance, les clients s’étaient inscrits avant la mise en place du carnet de change par Jacques Delors le 25 mars et qui limitait les français qui se rendaient à l’étranger à une somme de 2 000 Francs (600 Euros) en devises et 1 000 Francs en billets français !

 

Autre étape importante, venant accompagner la croissance de la société, Tapis Rouge devient en 1986 l’agent général de l’Orient Express, de Silver Sea Cruises et du Switzerland spécialisé dans les croisières des pôles (nord/Groenland et sud/Antarctique).

 

Au fil des années, l’identité de la société s’affirme et Tapis Rouge demeure plus que jamais la référence dans le domaine du voyage de luxe. Son étroite collaboration avec les compagnies de croisières maritimes les plus prestigieuses, fait notamment de Tapis Rouge, ‘’l’expert des voyages et de l’incentive haut de gamme’’.

Parmi ses opérations les plus folles, celle réalisée pour une grande société du CAC 40 « En tant qu’agent général de l’Orient Express pour la France, cette société nous avait affrété 8 voitures de l’Orient Express pour les transporter de Paris à Genève pour l’exposition mondiale des télécoms. À Genève, nous avons transféré les 8 wagons, un par un, par transport exceptionnel à travers les rues de Genève, installer une voie ferrée sur le parvis du palais des expositions pour que le président de la multinationale puisse recevoir pendant 10 jours durant 200 invités internationaux triés sur le volet au petit-déjeuner, au déjeuner et au dîner, en prenant soin de ne pas mélanger certains hôtes officiels de nationalité différente. 3 semaines tout à fait délirantes qu’on ne vit qu’une seule fois dans toute son existence. »

 

La société située dans le 8e arrondissement de Paris, à deux pas des Champs Elysées, est dorénavant composée de 12 vendeurs experts et gère 6 à 7000 passagers annuellement.

 

2001 : Nouvelle étape pour Tapis Rouge

Christian Nicaud se lance un nouveau challenge commercial et financier (il remet toutes ses billes dans cette opération) avec l’achat à 50% avec la compagnie des Iles du Ponant, du paquebot « le Song of Flower » (ancien cargo reconverti en 1986 en luxueux paquebot de croisières de 226 passagers) à la Compagnie Radisson et rebaptisé le Diamant.

En 2002 lancement de la croisière inaugurale dont Christian se souviendra longtemps : « Le bateau était complet pour cette croisière inaugurale au départ de Marseille. Le commandant s’est aperçu d’un problème technique, nous sommes restés à quai 4 jours et nous avons dû rembourser les 226 clients… »

Malgré cette mésaventure, le Diamant affichera un remplissage exceptionnel de 70% dès la première année !

 

Pendant toute cette période, Christian Nicaud administrateur de l’APST aura été à l’origine de la première campagne de communication de la Caisse de Garantie et de la fameuse ‘’Coccinelle’’. Il a été aussi le créateur, en collaboration avec le groupe Figaro, des salons ‘’Voyages Prestige’ et ‘’ Le salon de la croisière’’ de 1992 à 1996 dans les salons de l’hôtel George V et du Pavillon Gabriel à Paris.

 

En 2004 Christian Nicaud, allant vers la soixantaine, saisit l’opportunité que lui offre CMA-CGM et revend donc au cinquième groupe de transport maritime mondial de l’époque, Tapis Rouge International et 50% des titres de propriété de la compagnie du Diamant.

Fin de l’histoire d’un homme qui s’est fait lui-même et ne doit sa réussite qu’à lui-même.

 

Quand on demande à Christian Nicaud quel est son meilleur souvenir, il répond : « mon meilleur souvenir, ou plutôt mes deux meilleurs souvenirs : l’organisation du centenaire de l’Orient Express et la visite par les agents de voyages de notre paquebot ‘’Le Diamant’’ à Honfleur lors de Top Resa. »

 

Son plus grand regret : « Aucun regret. »

 

Sa plus grande angoisse : « Bien évidemment, le remplissage du Diamant au cours des premières années de commercialisation dans la mesure où les banques nous ont imposé un contrat d’affrètement de 6 ans, ce qui représente un risque phénoménal ne donnant droit à aucune erreur

 

Aujourd’hui Christian coule des jours heureux entre Paris et Deauville, il voyage à travers le monde. Il s’occupe de son club ‘’La Cape & l'Assiette ‘’ sorte de confrérie épicurienne où il a su créer un espace unique où la gastronomie et le cigare s'entremêlent pour le plus grand bonheur des sens.

 

Christian Nicaud : un homme heureux, qui a tout fait pour l’être et l’a bien mérité.

 

*À propos de ce restaurant, pendant longtemps cela a été le rendez-vous tous les samedis au déjeuner de figures du tourisme à ce qu’ils appelaient ‘’chez l’empoisonneur’’, je citerais de mémoire : Pierre Amalou (Voyage Conseil, Tour Hebdo…) Maurice Fain (La Française des Circuits) Lucien Klat (Klat Voyages), Jean François Alexandre (Top Resa), Hervé Deville (TourArc), Philippe Demonchy (Selectour), Pierre Doulcet (Europe1, le Quotidien du Tourisme), Philippe Van Montagu et Jean-Pierre Durand (Clic-Clac Éditions), Bernard Didelot (Africatours)…

 

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