Menu
Production

Portrait : Mireille Rosenberger ‘’Un modèle de destin’’


Publié le : 28.05.2026 I Dernière Mise à jour : 28.05.2026
Portrait : Mireille Rosenberger ‘’Un modèle de destin’’ I Crédit photo ©Mireille Rosenberger

Auteur

  • Michel Messager

La rubrique de Michel Messager : « Je vous parle d’un temps où les jeunes qui travaillent aujourd’hui dans le secteur du tourisme ne peuvent pas connaître… »

 

« Si la destinée ne nous aide pas, nous l'aiderons nous-même à se réaliser. »

-Khosro Ier / Mémoires

 

Pour moi, bien qu’elle n’aime pas ce terme, Mireille Rosenberger reste une star. Afin de satisfaire à sa modestie légendaire, j’emploierai donc le terme de modèle. Elle à, en effet, gravi un à un les échelons de la réussite dans une profession, où à l’époque, il faut bien l’avouer, une telle conquête était des plus difficiles quand on était une femme.

Trois traits de personnalité impressionnaient chez elle, et ce, quels que soient ses interlocuteurs : sa culture et sa connaissance des pays, son enthousiasme et sa capacité de travail.

Je l’ai vue au Salon Mondial du Tourisme, de 10 heures à 23 heures sans se lever de son siège une seule fois, pour renseigner les clients et visiteurs du salon, l’empathie vissée au corps.

Ce ‘’petit bout de femme’’ un peu frêle a toujours eu une volonté de fer, faisant face à toutes les situations et n’hésitant pas à forcer en toutes circonstances le destin, son destin !

Quel exemple de parcours ! pour cette enfant du 19ème arrondissement promise à un poste de secrétaire… Mireille n’a jamais oublié d’où elle venait, mais surtout où elle voulait aller. C’est en cela qu’elle est un exemple pour les jeunes et les nouvelles générations.

Mireille ne doit rien à la chance, mais tout à son amour du métier et de la découverte de l’autre. Car ne l’oublions pas, à son époque elle a été une ‘’défricheuse de destinations’’ : le Bhoutan, le Tibet, l’Iraq, la Libye…

Novalis, un poète allemand du XVIème siècle écrivait « Le destin, c'est le caractère. » Maxime qui s’applique si bien à ce parcours exemplaire, dans le sens vrai du terme, comme celui de Mireille Rosenberger.

 

Née à Paris, dans une famille d’ouvriers, elle passe sa jeunesse dans le 19ème arrondissement entre Belleville et La Villette, rêvant déjà de voyages par la lecture des romans d’Henri de Monfreid, d’Arthur Rimbaud et d’Alexandra David-Neel. Après deux années passées comme jeune fille au pair dans une famille de Munich, elle obtient un diplôme de langue allemande.

Elle était destinée par ses parents au secrétariat. Mais c’était sans compter sur la fascination qu’exerçait sur la jeune Mireille la passion des voyages via les enseignes Air France, « ces mappemondes magiques qui tournaient sur elles-mêmes et s’allumaient le soir aux devantures des agences de voyages » se rappelle-t-elle.

 

Début 1967, elle a tout juste 21 ans, elle est engagée chez Taylor Travel Service, une agence du Faubourg Saint Honoré : « Aux côtés de William Taylor et de Robert de Vecchi, j’ai appris les bases du métier ; comme cela était la règle à cette époque, j’appris le calcul des tarifs des billets d’avion en me servant des bibles qu’étaient les How Much, et les ABC… » Elle se familiarise à la revente de voyages proposés en brochures par quelques tour-opérateurs encore peu nombreux sur le marché dont ceux de la brochure « Routes du Monde » de l’agence Voyages Monit, un must du voyage à l’époque.

 

En 1968, alors que certains ‘’découvraient la plage sous les pavés’’, Mireille Rosenberger participe à un voyage d’études en Algérie, qui va bousculer son destin.

Elle tombe sous le charme de ce pays qui se relevait tout juste après son indépendance et où tout était à faire ou plutôt à refaire. « Je n’avais que 22 ans, mais devant mon enthousiasme on me proposa un poste de chargée d’études au Ministère du Tourisme dont dépendait l’Agence Touristique Algérienne, agence réceptive pour les traversées du Sahara des tour-opérateurs étrangers. De 1968 à 1972 j’eus l’opportunité d’effectuer 14 traversées du Sahara jusqu’aux confins du Tassili, du Hoggar et de l’Assekrem de Tamanrasset. »

Pendant ces quatre années elle apprit le métier de réceptif en assurant la logistique des rotations et traversées du Sahara d’Alger à Tamanrasset, organisées par l’agence Citer pour les voitures en plastique increvables qu’étaient les petites ‘’Méharis Citroën’’, dont le nom signifie ‘’dromadaire’’ en kabyle.

 

En avril 1972, de retour à Paris, Mireille Rosenberger est engagée chez CGTV-Asie Tours, l’Agence dirigée par Philippe d’André et Laurent Laffaille, spécialisée sur le Sud-Est asiatique (à l’époque chaque semaine une cinquantaine de clients s’envolaient déjà vers Bangkok). Comme tient à le préciser Mireille : « Asie Tours, n’ayant pas encore de bureau de représentant local, c’était donc une chance pour nous les vendeurs de pouvoir partir à tour de rôle pour assumer la représentation et tenir le bureau de vente des excursions depuis Bangkok. »

 

Cette belle aventure chez Asie Tours dura 11 ans, et quelle belle aventure pour Mireille Rosenberger : « Un an après mon engagement, début juillet 73, j’ai pu co-accompagner le voyage du Maxim’s Business Club en Afghanistan, pays que j’avais visité en vacances à l’automne précédent, au cours duquel j’avais eu la chance d’assister au dernier grand Bouzkachi royal à Kaboul aux côtés de la princesse Anne d’Angleterre. J ’ai pu sillonner l’Asie en tous sens (souvent avec ma fille bébé sous le bras) et je suis tombée amoureuse du continent indien. C’est ainsi qu’une distinction inattendue me fut décernée en 1977 lors du Salon Mondial du Tourisme porte-Maillot où notre stand ne désemplissait pas pendant toute la durée des 15 jours -incluant trois week-ends et deux nocturnes ! - Je fis un nombre d’inscriptions record. La coupe du meilleur vendeur me fût décernée par la FFTST et Selectour, coupe qui remplit de fierté mon patron Philippe d’André et qui nous fut remise par Line Renaud à la terrasse Martini des Champs Élysées. »

À cette époque, dans ce petit monde qu’était le tourisme, le relationnel avait toute son importance et tout le monde se connaissait. À l’instar des vendeuses ou vendeurs de Cook Madeleine, d’Havas Opéra, de Kuoni Malesherbes, d’American Express Opéra ou de Friedland Victor Hugo… sa modestie dut en souffrir, Mireille faisait déjà partie de ces stars. Cette distinction en faisait ‘’une grande professionnelle’’.

 

C’est un de ses clients qui va faire passer Mireille Rosenberger de la distribution à la production. Ce client, dont le grand-oncle n’était autre que l’illustre découvreur du site jordanien de Pétra, lui dit à propos d’un voyage qu’il venait acheter : « Mon petit tant que vous n’avez pas vu Leptis Magna en Libye, l’ancienne capitale de l’empereur Septime Sévère, vous n’avez pas vu le plus beau site romain du monde. Il faut que vous ‘’montiez’’ un voyage sur cette destination. ». Mireille avait bien enregistré cette conversation, alors que dans le même temps Asie Tours, qui avait entre autres connu les affres de la mise en place du carnet de change en 1981 et d’autres contretemps, fut contraint à déposer le bilan.

« Un choc terrible, il me fallait rebondir, car j’élevais seule ma fille alors âgée de 4 ans », se souvient Mireille. C’était en 1982, elle avait alors 35 ans !

 

Passage rapide à Voyages de France et d’Outremer, où elle se distingue en obtenant 12 visas pour le Tibet, faisant ainsi partir les tout premiers touristes à la découverte du ‘’Toit du monde’’ jusque-là interdit aux étrangers.

 

Sa rencontre avec Michel Magloff, spécialiste de la Chine chez Transports et Voyages, va booster sa carrière, puisque de cette rencontre naît dans le giron des Wagons-Lits, le Tour Operator Akiou, dont on lui confie la direction de la production ‘’Inde – Himalaya et Proche- Orient’’. Plus tard, c’est elle qui assumera la direction du cabinet de conseils en voyages au 2 rue de la Paix, lui permettant de fidéliser une clientèle exigeante et cultivée à laquelle elle propose des voyages sur mesure inédits jamais programmés...

Lorsque l’aventure Akiou se termina en 1990 lorsque Wagons-lits décida de céder ou fermer ses différentes filiales comme Europcar, Pullman, Eurest, Planète et Akiou, son heure était enfin arrivée. Grâce à deux brillantes personnalités de la profession, Jean François Alexandre commissaire général de Top Résa et Jean Perrin alors président du SNAV, qui l’encouragent à créer sa propre entreprise, Mireille saute le pas : « Avec l’expérience que j’avais acquise auprès des meilleurs, en 25 ans aux différents postes du métier et avec l’un des plus beaux fichiers clientèle, j’eus même l’audace de baptiser mon petit tour operator" Ikhar le choix des grands voyageurs" sans peur de me brûler les ailes. Nous étions, en avril 1991 juste au sortir de la guerre du Golfe. »

 

Commençait alors, comme elle le dit elle-même, sa ‘’période magique’’. Elle installe sa jolie boutique près du champ de Mars, rue du Laos, nom bien évidemment prédestiné. « Ce fut en effet, une période magique avec l’ouverture de destinations jusque-là fermées au tourisme à l’image de la Libye qui me permit enfin de découvrir Leptis Magna mais aussi l’Iran et ses merveilleux sites de la Perse antique ou encore l’Iraq pour que mes voyageurs puissent mettre leurs pas dans ceux de Nabuchodonosor à Babylone. Ce fut certainement la période la plus créative et audacieuse de ma vie professionnelle. Je partais en repérage en pionnière, bravant les embargos aériens, obligée d’atteindre mes buts après des heures interminables de voyages par la route seule avec un chauffeur comme je le fis en atteignant Bagdad par la route depuis Djerba après 17 heures de route dans une Chevrolet sans âge, et accueillie dans un no mans land où me laissa mon chauffeur palestinien à 500 mètres de l’ancien hôtel Méridien totalement déserté. C’était surréaliste ; je m’avançais vers l’entrée en tirant ma Samsonite à roulettes, tandis qu’une banderole de propagande accueillait l’hypothétique visiteur avec un slogan ‘’under the leadership of Saddam, we march to Victory’’. Audacieuse mais pas inconsciente, l’ouvreuse de destinations que je devenais ne s’est jamais sentie en danger. Je m’appuyais sur un réseau de correspondants triés sur le volet qui sur place développaient une logistique sans faille pour satisfaire mes projets les plus fous. Sans eux rien n’eut été possible. »

 

Même comme patronne, ce qui motivait et qui a toujours motivé Mireille, ce n’est ni l’argent, ni la notoriété, mais son challenge, à savoir ‘’le plaisir de parvenir à surprendre même le plus blasé des grands voyageurs’’. C’est ainsi qu’elle crée de ‘’véritables’’ voyages d’exception : le réveillon de l’an 2000 chez le prince de Samode au Rajasthan, le Tour du Monde en 80 jours, la Khumba mêla, le plus grand pèlerinage religieux du monde en Inde, les descentes en bateau privé du Gange ou encore du Brahmapoutre en Assam pendant 12 nuits, ce qui ne s’était pas fait depuis le départ des Anglais, la remontée en bateau de la rivière Chindwin jusqu’au Nagaland à l’extrême nord de la Birmanie…

 

Août 1998, peu avant l’âge de sa retraite, Mireille Rosenberger, sans jamais avoir dérogé à sa logique et ses principes, décide de céder ses parts. Pourquoi ? Elle répond sans langue de bois : « Mon entreprise était rentable et bien gérée, mais arrivée à un stade où son développement était devenu inévitable... je n’étais pas certaine d’en avoir envie. J’avais jusque-là toujours privilégié la confidentialité, l’exclusif et l’esprit haute couture de ce petit T.O dit ‘’de niche’’ Voilà pourquoi je décidais de vendre mes parts. »

Quand on demande à Mireille Rosenberger, quel est son meilleur souvenir, elle répond : « Ma rencontre avec la dernière Maharani, Son Altesse Royale Gayatri Devi lors d’un high tea où mon groupe était invité sur le terrain de polo de Jaipur le 1er janvier 2000. »

 

Ses plus grands regrets : « aucun. »

 

Sa plus grande angoisse : « les contretemps climatiques et les grèves capables d’enrayer le bon déroulement des voyages peaufinés dans les moindres détails. »

 

Pendant quelques années, Mireille a continué à imaginer des voyages ‘’rares’’ et à les accompagner en tant que guide-conférencière, puis elle a posé ses valises dans la campagne percheronne où elle demeure très active dans différentes associations en lien avec la préservation de la nature, elle cultive son splendide jardin et s’adonne aux joies de la mycologie (la science qui étudie les champignons). À bientôt 80 ans à propos elle rit du surnom qu’on lui a donné sur les réseaux sociaux, dont elle est une fervente contributrice, celui de ‘’Mamie Champi’’.

 

Elle est comme cela notre Mireille, elle aime la vie, elle a toujours soif de connaissance, elle a toujours une attirance pour la découverte des autres.

La force, qui lui a permis d’avoir ce parcours exceptionnel : sa lucidité : « quand je regarde dans le rétroviseur de ma vie professionnelle, je me dis que la jeune agent de voyage ordinaire que j’étais a eu bien de la chance de croiser tant de personnes qui lui ont fait confiance et ont permis que sa vie soit extraordinaire… »

 

Rien à rajouter sinon de lui dire : reste comme cela, c’est toi qui a raison !

 

Lire aussi les autres portaits de Michel Messager :

-Portrait : Xavier Louy est un sacré personnage avec un parcours de vie hors du commun

-Portrait - Rémy Arca : ‘’Du ciel à la Mer’’

-Hommage : Pierre Amalou ‘’L’Innovateur’’

-Portrait : Denis Pollet, l’Homme qui a accueilli 1 million de visiteurs en 1 journée

-Portrait - Gaël de la Porte du Theil : le Cyrano de Bergerac du Tourisme

-Portrait Boris Reibenberg : ‘’L’Assisteur, jamais assisté’’

-Portrait Bernard Sabbah : l’homme qui parle Tourisme à l’oreille des consommateurs

-Portrait - Jean-Alexis Pougatch : ‘’L’esthète du Tourisme’’

-Portrait : Nahed Rizk ‘’La Combattante’’

-Portrait - Patrick Sauzier : le banquier du tourisme

-Depuis près de quarante ans, Marc Rochet s’impose comme une figure emblématique du transport aérien

-Laurent Queige se reconnaît comme un enfant du tourisme

-Portrait de Géraldine Leduc : ‘’Une femme de son temps, de tous les temps’’

-Jean-Luc Michaud : ‘’El Professor’’ du tourisme

-Portrait - Jean-Louis Baroux : le Sage et le Visionnaire

-Bernard Personnaz : l’homme aux 27 000 contacts personnalisés du secteur du tourisme

-Portrait, Jean François Alexandre : l’alchimiste du tourisme

-Jean Pierre Sauvage : la force tranquille de l’aérien

 

 

 

Div qui contient le message d'alerte

Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire

Mot de passe oublié

Déjà abonné ? Créez vos identifiants

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ? Remplissez les informations et un courriel vous sera envoyé.

Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format