« Je vous parle d’un temps où les jeunes qui travaillent aujourd’hui dans le secteur du tourisme ne peuvent pas connaître… », découvrez ce nouveau portrait avec la rubrique de Michel Messager
« C’est l’innovation qui différencie les leaders des suiveurs »
-Steve Jobes
Né d’un père et d’une mère hôteliers-restaurateurs, dans une ville touristique Châlons-en-Champagne, passionné de cartographie, Laurent Queige s’est bien entendu tourné vers des études touristiques….
Il devient un vrai professionnel du secteur et en maîtrise ses nombreuses facettes. Qu’on en juge, il embrasse tous les métiers : guide-accompagnateur, agent de voyage, attaché de presse d’une institution touristique, consultant en marketing touristique dans un cabinet-conseil, chargé du Schéma Régional du Tourisme dans un CRT, Délégué Général du premier incubateur touristique au monde…
Mais ce n’est pas tout. Laurent se dote d’une double expérience : celle du secteur privé et du secteur public.
Ce personnage complet vit et appréhende le métier comme une vocation.
Cet amoureux de Paris, connais-la capitale comme sa poche. Il l’observe, la respire et s’en empare. Pas un jour où il ne découvre tel nouveau lieu festif, tel petit hôtel, telle exposition, telle animation, tel spectacle… Incollable sur la capitale, il en fait profiter ses amis sur les réseaux sociaux comme il en fait profiter ses confrères membres du Skal dont il est devenu le président pour la capitale en janvier 2025.
Son métier, ses amis, son existence… tout tourne autour du tourisme. Sa dernière passion : le tourisme spatial…
Cet homme vit par, avec et pour le tourisme ! Ce n’est pas pour rien qu’on l’a surnommé ‘’L’incubateur du tourisme’’.
Il profite de ses études à Sup’ de Co. Montpellier pour lancer, dans le cadre de la Junior entreprise du bureau des élèves, des guides touristiques à l’usage des étudiants. Après un master en tourisme international, Laurent Queige travaille comme guide accompagnateur de groupes pour arrondir ses fins de mois d’étudiant. A 23 ans, il entre dans la vie active, comme agent de voyage à Via Voyages à Châlons-en-Champagne.
À la fin de l’année 1992, il est engagé pour une mission de deux ans par Maison de la France en Italie (ancienne appellation d’Atout France) comme assistant attaché de presse où il aura la responsabilité de la communication de cet important marché. Il faut dire qu’il connaît bien ce pays dans lequel il a fait son service militaire dans le cadre de la coopération, ce qui lui a permis d’ailleurs de parler couramment l’italien, en plus de l’anglais et de l’espagnol.
Cette expérience réussie, il est repéré par le cabinet ‘’Setel France’’. Laurent est alors engagé en tant que ‘’Consultant tourisme et aménagement’’ et conduira d’importants dossiers de promotion commerciale pour des opérateurs français, mais aussi pour des projets d’aménagement de stations de montagne et balnéaires. Comme beaucoup de consultants, il est chassé et entre au Comité Régional du Tourisme d’Ile-de-France où il est chargé du Schéma Régional du Tourisme 2000 /2010.
On est en 1998, il n’a pas encore 30 ans !
En 2001, les équipes du nouveau Maire de Paris, Bertrand Delanoë, sont à la recherche de nouveaux et jeunes talents. Plusieurs personnes lui soufflent le nom de Laurent Queige. Il se trouve alors ‘’bombardé’’ directeur de cabinet de l’adjoint au Maire de Paris chargé du tourisme, Jean-Bernard Bros. Ce dernier, lui aussi professionnel du tourisme ayant créé différentes agences de voyage.
Pour l’avoir vécu dans ma jeunesse quelque temps, voire plusieurs mois, je ne souhaite à personne, un poste où la pression est aussi permanente et cela quasiment 24 heures sur 24. Mais cela ne fait pas peur à notre ami Laurent, qui y trouve un réel plaisir, puisqu’il exercera cette fonction pendant une dizaine d’années.
Ainsi et en plus de sa fonction de Directeur du Tourisme de Paris, il a accompagné le pilotage de la stratégie d’attractivité touristique de la Capitale : ingénierie, démarche qualité, marketing, e-tourisme, veille et prospective, communication, relations internationales. Parmi les principales réalisations à mettre à son actif, citons : le collectif Paris Capitale de la Création, la charte Hôtes Qualité Paris, l’opération de promotion de la vie nocturne Paris Nightlife, le festival des Nuits Capitales, l’initiative de valorisation du tourisme créatif « Creative Paris »… Comme il le dit lui-même : « durant cette dizaine d’années, j’ai pris vingt ans de plus », et on le croit bien volontiers.
En 2014, changement de Maire, Anne Hidalgo succède à Bertrand Delanoë, et changement de trajectoire pour Laurent.
Pendant ces années passées à la Mairie de Paris, il a reçu de nombreux jeunes qui voulaient se lancer dans le tourisme. Il a pu constater leurs difficultés ; ne serait-ce que concrétiser les premières démarches de leurs projets : « Personne ne décrochait son téléphone pour les aider ou les écouter. Pourtant, cette nouvelle génération de jeunes actifs souhaitait apporter de la valeur au secteur. Le Tourisme était à l’époque un marché très conservateur, absolument pas ouvert à l’innovation… ». D’où son idée de créer le premier incubateur touristique au monde : le ‘’Welcome City Lab’’.
Et là, Bingo !
En tant que créateur et Délégué Général du ‘’Welcome City Lab’’, dont le but est de positionner Paris comme une destination leader en matière d’innovation dans le tourisme, Laurent se lance à fond et à corps perdu dans son nouveau challenge.
Bien sûr, les débuts sont difficiles : « on a commencé dans un ancien garage EDF de la rue de Rennes et il a fallu lever des fonds et aller convaincre beaucoup de personnes sceptiques de construire ce projet ‘’Made in France’’. Amadeus, les Galeries Lafayette, Aéroports de Paris, Sodexo ont été les premiers partenaires financiers, pour une enveloppe globale de 200 000 euros. » C’est le 13 juillet 2013 qu’a lieu la conférence de presse de lancement, à l’Hôtel de Ville.
Le ‘’Welcome City Lab’’ sera une véritable réussite apportant son lot d’innovations à un secteur aux innombrables besoins.
Jugez-en vous-même : 200 Startup en 9 ans, 80% de succès, 1600 nouveaux emplois créés dans le tourisme à Paris grâce à cette innovation. Qui dit mieux ? Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Ils sont dus, incontestablement comme le reconnait la profession, à Laurent et son équipe.
Mieux encore : avec les promotions qui se succèdent au ’Welcome City Lab’’, il parvient à détecter quelles seront les innovations d’avenir. Il l’a compris en observant que les start-up ne travaillent déjà plus sur les innovations qui marchent à date, mais sur celles qui ne sont pas encore lancées. Il se dégage alors des tendances qui fera l’objet d’un ouvrage annuel, très documenté et très attendu par toute la profession. Le cahier-tendance du tourisme sera présenté désormais à chaque édition du salon IFTM Top Résa.
Mais pour arriver à ce résultat, il a fallu batailler et mouiller sa chemise quotidiennement et sans compter ses heures. Écoutons Laurent à ce sujet : « Les startups nécessitaient une attention constante, une mobilisation de tous les instants, renforcées par la fragilité de ces structures. Il fallait se mettre au diapason des jeunes entrepreneurs, très habiles et toujours à l’affût de nouvelles opportunités, mais également très vulnérables aux fluctuations de la conjoncture touristique parisienne. »
Ce qu’il ne dit pas, sans doute par modestie, c’est que devant les résultats du ‘’Welcome City Lab’’, Laurent va exporter ce modèle économique français dans certaines villes en Région, mais aussi à travers le monde, notamment dans des villes comme Mexico (2015), Montréal (2016), Cotonou (2017), Bruxelles (2018), Oslo (2019) ou Singapour (2020). Par cette initiative, on peut dire qu’il est ainsi rentré dans le cercle de ceux, encore trop rares malheureusement, qui ont su exporter pour notre fierté, un ‘’modèle touristique français’’.
En 2020, il est nommé directeur de la division "divertissement" de Paris&Co, l'agence d'innovation territoriale de Paris et de la Métropole.
À ce poste, il ne pilote pas moins de 5 plateformes d’innovation : Welcome City Lab (tourisme), French Event Booster (évènementiel), Level 256 (esport), Le Labo des Industries Numériques Créatives et Culturelles (LINCC), et le Labo de L’Edition, tout en présidant la commission ‘’Numérique & innovation’’ du Comité de Filière Tourisme et devient plus que jamais celui qu’on appelle désormais : ‘’L’incubateur du tourisme’’. L’Etat lui reconnaitra d’ailleurs son investissement dans ce domaine en le nommant Chevalier dans l'Ordre National du Mérite en novembre 2021.
Le 27 janvier 2023 au grand étonnement de la profession, on apprend que Laurent Queige quitte ses fonctions. Il s’en explique : « les nouveaux élus de la Ville de Paris nous ont demandé un virage à 180 degrés de notre stratégie, en nous demandant davantage d’attention en direction de l’innovation des fonctionnaires municipaux et des structures associatives. Nous n’étions plus en phase avec notre positionnement de départ : celui du soutien aux startups investies dans l’amélioration de la performance de l’économie touristique. »
Quel gâchis ! Qui peut se vanter d’avoir généré 1600 nouveaux emplois dans le tourisme à Paris ? Pourquoi détruire un outil qui donnait de si bons résultats ? Et surtout quel dommage d’avoir privé le secteur, le plus demandeur d’innovation et de technologies nouvelles, de cette source d’inspiration autant profitable que rentable ! Décidément, politique et économique ne font pas bon ménage…
Laurent ne met pas de temps à rebondir, puisque dès octobre, le Groupe Reworld Media, 1er groupe de médias thématiques en France avec plus de 80 marques médias propriétaires, réparties autour de 11 verticales thématiques (féminin, science & culture, santé & bien-être, sport, jeunesse, divertissement, food, jeux, maison, automobile, nature), l’appelle pour lancer et devenir le Directeur de son nouveau pôle Tourisme.
Il a alors pour principale mission de piloter et de développer la production multicanale de brand content et de custom publishing à destination des marques du tourisme, notamment en faveur du media En-Vols, co-produit avec Air France. Il est également en charge de monter un projet ambitieux : réunir toutes les conditions pour lancer une nouvelle chaine de télévision grand public sur le thème du voyage.
Premières prémices de la crise économique… ? Les professionnels du tourisme ne répondent pas financièrement à l’appel et d’un commun accord Reworld Media et Laurent Queige mettent fin à leur collaboration en septembre 2025.
Quand on demande à Laurent Queige, quel est son meilleur souvenir, il répond : « Le Welcome City Lab a constitué une aventure professionnelle extraordinaire. Avoir pu œuvrer en faveur du succès d’un nombre aussi élevé de jeunes pousses comme d’être parvenu à exporter le modèle à l’étranger, constituent une grande fierté. Au fond, ce qui m’a le plus plu dans ce projet, c’est de m’être senti totalement à ma place et utile aux autres. »
Ses plus grands regrets : « Que la municipalité parisienne n’ait pas compris et n’ait pas su capitaliser sur le succès du Welcome City Lab, dont l’essor fut cassé net en 2023. »
Sa plus grande angoisse : « Que le soutien au développement touristique en France ne soit remis en cause par une minorité d’activistes extrémistes qui parlent très fort, composée de nombreux donneurs de leçons écologiques, qui rêvent d’un monde toujours plus petit, divisé, recroquevillé sur lui-même, sans ambition ni création de valeur. »
Aujourd’hui, Laurent est disponible pour de nouveaux challenges dans les univers du tourisme, des loisirs ou de l’évènementiel. Au moment où l’on écrit ce portrait, nous attendons avec impatience de connaître son prochain challenge.
Par contre et quoi qu’il en soit, ce que nous savons c’est que Laurent Queige aura marqué l’histoire du tourisme en faisant partie des tout premiers dans l’industrie touristique qui aura compris le virage technologique. Nous retiendrons de lui qu’il fut le premier à créer un incubateur tourisme et à exporter ce savoir-faire français dans plusieurs pays.
Rien qu’à ce titre, il a été un pionnier dans son domaine et mérite donc toute sa place dans cette liste de portrait intitulée ‘’ Je vous parle d’un temps que les jeunes ne peuvent pas connaître…’’