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Portrait : Denis Pollet, l’Homme qui a accueilli 1 million de visiteurs en 1 journée


Publié le : 07.04.2026 I Dernière Mise à jour : 07.04.2026
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Auteur

  • Michel Messager

« Je vous parle d’un temps où les jeunes qui travaillent aujourd’hui dans le secteur du tourisme ne peuvent pas connaître… » la rubrique de Michel Messager

« La raison d'être d'une organisation est de permettre à des gens ordinaires de faire des choses extraordinaires. » Peter Drucker

 

Comme beaucoup de professionnels du tourisme, Denis Pollet a connu au cours de sa vie de nombreux secteurs : hôtellerie, agence de voyages, tour operating, aérien…

Mais ce qui caractérise avant tout la vie professionnelle de Denis ce sont les rencontres qu’il a faites en étant le collaborateur de patrons mythiques à des moments clés de la Profession où il a pu donner libre cours à ses talents en matière de marketing.

Mais c’est aussi et surtout le fait, d’être ‘’ L’Homme qui a accueilli 1 million de visiteurs en 1 journée’’.

Laissez-moi donc vous raconter l’histoire de cet homme à l’esprit novateur, bien que souvent si réservé, qui n’a jamais cessé de se remettre en question et de se lancer en permanence des défis.

 

Après l’École Hotellière de Paris et un service militaire où il est maître d’hôtel dans la marine, comme tous les jeunes de son époque, il ne résiste pas à l’appel des ‘’States’’.

Nous sommes en 1966, l’année du début de la révolution culturelle en Chine, les ‘’Mamas & the Papa’s avec « California Dreamin » sont N°1 dans le Year-End Hot et en France, c’est l’annonce par le Président Chirac de la suspension du service militaire obligatoire.

Sans attendre l’octroi de sa ’’Green Card’’, notre ami Denis Pollet s’envole vers Montréal. Il répond à une annonce et se retrouve responsable de l’escale de Frobisher Bay pour la compagnie aérienne Nordair dans le Grand Nord canadien.

Dès qu’il apprend qu’il à la possibilité de travailler aux USA, il rejoint Boston et son premier ‘’job’’ sera dans une agence de voyages, Crimson Travel, basée à Cambridge. Nous sommes en 1967. L’agence venait d’être fondée par David et Linda Paresky qui avaient fait les démarches pour sa ‘’Green Card’’. Il y restera 9 ans, et le ‘’frenchie’’ participera à l’expansion fulgurante de l’agence qui dès 1969 en était déjà à sa troisième succursale.

Il faut dire que le patron était un véritable champion du marketing et qu’à son contact, Denis Pollet a beaucoup appris. Le ‘’professeur’’ était excellent, puisqu’il deviendra quelques années plus tard, un des grands patrons du tourisme aux USA, en rachetant le réseau Thomas Cook US qu’il fusionnera par la suite avec d’American Express !

 

Au bout de 10 ans sur le sol américain, l’envie de revenir en France, retrouver ses racines est plus forte. « Je suis aussi rentré pour me marier et fonder une famille. » Un retour en douceur avec un crochet par les Antilles où il rejoint le groupe Méridien pour s’occuper des hôtels du groupe en Guadeloupe et en Martinique.

De retour en métropole il prendra la direction commerciale du Méridien de Nice, puis celle de la toute nouvelle centrale des hôtels Méridien à Paris, puis sera nommé Directeur des ventes Europe du Nord toujours au siège.

Il restera dans le groupe Méridien de 1975 à 1984. Fin de la période hôtelière.

En 1984, il rencontre un personnage historique de l’aérien René Fernand Meyer, le fondateur en 1975 avec une unique Caravelle de la compagnie aérienne Minerve. Entrepreneur et pionnier de la libéralisation du transport aérien, René Fernand Meyer a été à l'origine de l'arrêté « Nouvelles Frontières-Minerve » de 1987, par lequel la Cour de justice de Luxembourg cassait le monopole d'Air France vers les Antilles au départ de Paris, ce qui a inévitablement entraîné une baisse des tarifs et donc une forte hausse du trafic.

Lorsque Denis rencontre le PDG de Minerve, celui-ci venait tout juste de signer un contrat avec un voyagiste américain "Chartours", permettant à Minerve de traverser l'Océan Atlantique puis de lancer des vols hebdomadaires vers Tahiti, San Francisco et Los Angeles. Arrivé ’’at the right time‘’ Denis deviendra donc le premier directeur commercial long-courrier de la compagnie. Au cours des six années passées dans la compagnie, il sera aussi le premier à commercialiser pour une compagnie charter un B747-200.

 

À la suite d'un montage financier début 1991, Minerve est reprise par le Club Méditerranée, qui la fusionne avec la compagnie Air Liberté appartenant au concurrent du Club Med, Club Aquarius. Cette fusion est un véritable massacre, où chaque employé est fier de sa culture, et où une guerre de tous les instants est lancée. La période est rude pour Denis, d’autant plus que le Club Méditerranée revend sa compagnie aérienne à Altus Finance, filiale du Crédit Lyonnais qui détient également, via une autre filiale une autre compagnie aérienne : Air Outremer.

Marc Rochet est alors mis à la tête des deux compagnies pour amorcer leur fusion et créer AOM French Airlines. AOM reste alors toujours une compagnie « vivotant », principalement du fait d'une concurrence féroce et d'un manque de moyens, car elle était propriété du CDR, le Consortium De Réalisation, structure financière chargée de vendre les anciens actifs « pourris » du Crédit Lyonnais.

 

Nous sommes en 1991/1992 et devant cette situation ‘’déprimante’’. Denis Pollet se lance un nouveau défi en rejoignant Carrefour des Voyages (qui deviendra Voyageurs du Monde) et son innovateur et mythique patron-créateur Claude Saulière.

Créé en 1979, Carrefour des voyages se voulait être une " entreprise du troisième type " dans le secteur du tourisme.

Lorsque Denis intègre Carrefour des Voyages en tant que Directeur Général, la société fait plus de 50 000 clients au travers de huit Carrefours : Carrefour de la Chine, Carrefour du Brésil, Carrefour du Mexique, Carrefour de l’Inde, Carrefour du Japon…

Chaque Carrefour possède alors sa propre structure et sa propre boutique située pour la quasi-totalité des Carrefours rue Sainte-Anne, ce qui faisait dire à celui qui allait racheter plusieurs années plus tard l’entreprise, Jean François Rial : « il y avait des boutiques ‘’Carrefour’’ partout dans la rue Sainte-Anne, par pays. Carrefour de la Chine, Carrefour du Brésil, Carrefour du Japon… Ça me faisait complètement kiffer. »

Au côté du Président fondateur Claude Saulière, Denis Pollet sera impliqué dans la conception et du lancement de la Cité des Voyages. Celle-ci est un espace luxueux de 1 800 m2 sur 3 étages au 55 rue Sainte-Anne, entièrement consacré à l'univers du voyage, avec une librairie, des salles conférences, un restaurant... qui ouvre en 1994.

En 1996, Claude Saulière vend l’entreprise, qui est devenue entre-temps Voyageurs du Monde, à Jean-François Rial et Alain Capestan.

Pressentant cette vente et souhaitant prendre du recul, il quitte l’entreprise.

 

Prenant un congé, entrecoupé de quelques missions (Travel Store, Degriftour…), c’est en 1997, qu’il va connaître sa plus grande expérience dans le tourisme. Mais laissons-lui la parole, car cela en vaut vraiment la peine et lui seul peut décrire ces instants exceptionnels et excitants qu’il a connus.

 

« Nous sommes en février 1992. Je reçois une demande pour un groupe de 350 personnes pour un séjour aux États-Unis à Denver. Conditions d’hébergement à débattre ! La personne me précise qu’elle a fait plusieurs demandes auprès d’autres confrères sans succès ! En creusant la demande, j’apprends qu’il s’agit d’un groupe de jeunes catholiques se rendant à l’appel du Pape pour participer au « World Youth Days » (les Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ)).

Après avoir organisé l’affrètement d’un Lockheed 1011 Tristar auprès d’American Transair, j’accompagne à Denver le Père Jacquin, chargé de la participation du contingent français dans le Colorado. Ce voyage de reconnaissance se passant extrêmement bien, la suite arrive deux ans plus tard, quand Paris est choisie, par le Vatican, pour l’organisation des JMJ : ‘’les 12èmes Journées Mondiales de la Jeunesse’’ du 19 au 24 août 1997. »

Et là commence un véritable cas d’école qui devrait être enseigné dans toutes les écoles de tourisme, mais laissons Denis poursuivre.

« En charge de l’organisation, Monseigneur Dubost, Évêque aux Armées, me contacte pour me demander si je pouvais m’occuper de la logistique de l’accueil, mais aussi de l’assistance aux transports et de l’hébergement des délégations du monde entier invitées à participer à ces JMJ.

Je m’étais bien rendu compte de la complexité de la logistique d’un tel événement en me rendant à Manille, aux Philippines, en janvier 1995 pour les 9 èmes JMJ, mais ce projet en France avait une toute autre dimension, exigeant plus d’un an de préparation.

Nous attendions 350 000 participants... C’est plus d’un million qui se sont joints pour la veillée et la messe Pontificale sur l’hippodrome de Longchamp !

Le Général Philippe Morillon, de nombreux volontaires bénévoles des paroisses d’Ile-de-France ont participé à la logistique, mais aussi des médecins et du personnel de santé, quelques hôteliers et agents de voyages… et enfin un Préfet chargé par le Premier Ministre de coordonner toutes nos actions auprès des services publics (pompiers, gendarmerie, voirie, etc.). L’organisation même de l’événement a été confiée à deux sociétés événementielles dont la responsabilité était l’aménagement des sites - salon de presse, accueil du Pape sur le Champ de Mars et à l’hippodrome de Longchamp totalement privatisé pour l’évènement - et bien sûr la circulation dans Paris.

L’hébergement des délégations s’est fait par de multiples moyens : accueil des paroisses d’Ile-de-France, location de grands espaces - entre autres, le Parc des expositions de Villepinte - résidences étudiantes, complexes sportifs, hôtels... Nous avons fait un appel d’offres pour organiser la restauration pour ces milliers de jeunes pèlerins dans une quinzaine de sites à Paris.

C’est finalement, suite à une négociation menée avec le cardinal Lustiger et Monsieur Bellon, PDG, que la Sodexo a été choisie. Des poêlées géantes ont été mises en place dans de nombreux carrefours parisiens. Il faisait très chaud, en ce mois d’août ! Aussi nous avons dû prévoir l’approvisionnement et la mise à disposition de plusieurs millions de bouteilles d’eau sur les lieux stratégiques de rassemblement.

L’organisation du transport était aussi très complexe, tant à l’arrivée en France des délégations qu’entre les lieux d’hébergement et les sites de rassemblement.

Cela a demandé la privatisation du parking autobus de Bercy, la négociation avec la RATP pour prévoir des rames supplémentaires à certaines heures et également la fourniture des passes de circulation de métro pour les transports entre les sites d’événements. Nous avons même dû créer un port temporaire dans le bois de Boulogne, sur la Seine, pour faciliter le transport des journalistes et des VIP entre le centre de presse, implanté sur le Quai Branly, et l’hippodrome de Longchamp pour la veillée des jeunes et la cérémonie Pontificale de Jean-Paul II.

Ces 4 journées furent exceptionnelles, tant par l‘enthousiasme général que par la solennité des évènements. Les nombreux problèmes se sont résolus, sans incident majeur, avec la bonne volonté de tous. Nous en avons tous gardé des souvenirs inoubliables ! Plus tard, avec fierté, nous avons répondu à l’invitation du Pape qui voulait remercier à Saint-Pierre de Rome les organisateurs en nous invitant au Vatican. »

 

Depuis cette date on n’a pas fait mieux dans la profession !

 

Après cet épisode hors du commun, Denis Pollet terminera sa carrière en 2005 comme Directeur Dénéral de ‘’Voyages Auchan’’ qu’il aura lancé en 1997 et dans lequel il montrera tous ses talents et aptitudes en termes de marketing, mettant notamment en place des méthodes de vente et de promotion tourisme innovantes dédiées à la clientèle ‘’particulière’’ du Groupe Auchan, « avec toujours cette profonde volonté de revoir l’approche client, d’abord par le lancement de la vente par la création du site internet en ligne Voyagesauchan.com et d’un réseau d’agences de voyage implantés dans les centres commerciaux. »

 

À 65 ans, Denis Pollet prend officiellement sa retraite… active, bien qu’il reste quelques temps et à la proposition du Directeur Général d’Auchan Francis Cordelette, conseiller du Groupe pour certaines opérations de « cross marketing « associant le produit en rayon avec son origine.

Il rejoint l’agence conseils en communication d’entreprises MBI en tant que directeur associé du pôle tourisme. Il continue à organiser des voyages inédits (Iran, Birmanie, Chine, Argentine …) pour un petit groupe d’anciens collègues et amis qui lui font confiance.

 

Quand on demande à Denis Pollet quel est, en dehors des JMJ, son meilleur souvenir, il répond : « L’octroi de ma ‘’Green Card’’ en tant que résident permanent aux USA »

 

Ses plus grands regrets : « Avoir fait confiance à un groupe d’investisseurs pour organiser le grand magasin du voyage : Travelstore et réaliser que ceux-ci ont décidé contrairement au principe même du concept ‘’gagnant-gagnant’’ en refusant le partage de la commission. »

 

Sa plus grande angoisse : « Accompagnant un groupe en Europe de Crimson Travel de 45 américains, nous sommes à Torremolinos et devions rejoindre Tanger ! Le groupe est prêt ce dimanche à 6h00 du matin en attente du transfert prévu qui n’arrive pas ! Le ferry est prévu à 8h00 seule solution trouver des taxis Nous arriverons sur le port de Malaga juste au moment où la sirène du bateau annonce son départ sans nous attendre, bien sûr ! »

 

Denis Pollet aujourd’hui grand père, profitant de la vie et de voyages avec son épouse Christine, de sa famille dont ses 5 petits-enfants, il reste pour la profession un homme respecté, un homme de marketing sans cesse à l’écoute du marché, un homme au parcours atypique, mais surtout comme « l’homme qui a accueilli 1 million de visiteurs en 1 journée » !

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