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Transport

Portrait. Rémy Arca : ‘’Du ciel à la Mer’’


Publié le : 07.05.2026 I Dernière Mise à jour : 07.05.2026
I Crédit photo DG

Auteur

  • Michel Messager

La rubrique de Michel Messager : « Je vous parle d’un temps où les jeunes qui travaillent aujourd’hui dans le secteur du tourisme ne peuvent pas connaître… »

« Le monde aurait pu être simple comme le ciel et la mer. »

André Malraux

 

Tous ceux qui ont eu la chance de connaître ou de travailler avec Rémy Arca, s’accordent à dire qu’il se dégage de ce véritable professionnel du tourisme quelque chose de bienveillant, de simple, de vrai, de généreux, de tolérant avec une écoute permanente pour son interlocuteur.

Hans Christian Andersen poète danois écrit que « La reconnaissance est la mémoire du cœur. » Cette reconnaissance pour l’autre a été pour Rémy Arca, sa boussole de vie, sa manière de construire sa carrière et sa façon de diriger ses équipes. Tous ceux qui ont travaillé pour ou avec lui reconnaissent son professionnalisme lié étroitement à son humanisme.

 

Non, Rémy Arca n’est pas un homme d’un autre temps, mais un homme qui a su toujours innover :

  • C’est l’homme qui a permis les premiers charters long-courriers
  • C’est lui qui a créé une nouvelle forme de société de représentation maritime
  • C’est lui aussi qui pendant longtemps a été le premier à personnaliser une destination à savoir : le tourisme américain
  • C’est lui enfin, qui dans notre secteur a créé une société en cogestion avec ses cadres.

Dans sa vie, Rémy a reçu beaucoup d’hommages : meilleur vendeur de la Pan Am, premier Président de Visit USA Committee, une plaque à son nom au mur du Terminal mythique de Cherbourg, le Trophée du Meilleur vendeur mondial de Discover The World Marketing…

Mais il y en a un qui n’existe pas et qu’il mériterait d’avoir : celui de l’altruisme, du dévouement et de l’abnégation. C’est par ces valeurs qu’on reconnaît un ‘’grand Monsieur’’.

 

Rémy Arca est né en 1941 à Istanbul. Ses parents d’origine grecque et arménienne, de confession chrétienne, s’étaient installés en Turquie après avoir vécu à Malte. Il garde le souvenir d’une enfance et d’une adolescence heureuses. Études secondaires au lycée privé bilingue francophone Saint-Michel fondé par les Frères des Écoles Chrétiennes. De ses années de scoutisme, il apprendra à se « débrouiller » en toute circonstance et gardera cet esprit de solidarité qui le caractérise. Après avoir obtenu ses deux bacs et effectué ses trois ans de service militaire, il quitte à l’âge de 21 ans son pays d’origine pour le pays dont il a toujours rêvé celui de l’égalité, de la liberté et de la fraternité : la France et sa capitale Paris.

 

Dès qu’il obtient sa carte de séjour, qu’il doit renouveler tous les trois mois (il pourra prendre la nationalité française au bout de cinq ans). Il commence à travailler. Son premier job : directeur technique du bowling de la Matène à Vincennes. « Je ne savais même pas ce qu’était un bowling. Cette embauche m’a fait obtenir une carte de travail. Je distribuais les chaussures et les boules, je contrôlais, les pistes de jeu et encaissait l’argent des joueurs. »

Son frère ainé, qui travaillait alors à la Pan Am (pour Pan American World Airways), lui obtient un rendez-vous pour passer un interview. On est en 1963, Rémy à 22 ans et est embauché par la première compagnie aérienne mondiale. Il y restera 16 ans.

On ne peut imaginer ce que représentait Pan Am à l’époque. Pan Am symbolisait l’âge d’or de l’aérien où le champagne coulait à flots dans les cabines. La compagnie était en effet célèbre pour ses services haut de gamme, ses cabines luxueuses et son personnel de bord élégant, contribuant à populariser le concept du voyage ‘’glamour’’ auprès du grand public.

Un peu moins glamour, le service dans lequel commença le jeune Rémy. Son rôle dans le service ‘’Load Control’’, consistait à compter le nombre de passagers, leur poids de bagages et de les soumettre aux opérations qui calculaient le ‘’ Weight and Balance’’ afin de mettre le carburant nécessaire dans les réservoirs de l’avion, à cette époque les mythiques Boeing 707.

Deux ans après il est nommé aux services des bagages perdus : « je me suis retrouvé en face de 42 valises entassées depuis des années, qui n’avaient toujours pas retrouvé leurs propriétaires. Je me suis donné un objectif et j’ai retrouvé les propriétaires de ces 42 valises et les ai expédiés dans l’année. » Non seulement les clients avaient déjà été remboursés de la perte de leurs bagages, mais en plus ils les retrouvaient intacts… c’était ça le service Pan Am !

Après être affecté comme superviseur des opérations passagers, puis superviseur au service des VIP, le fameux‘’ Clipper Club’’, il intègre l’équipe commerciale passant de l’aéroport d’Orly aux prestigieux bureaux des champs Élysée (aujourd’hui l’immeuble Louis Vuitton).

 

Un an plus tard, il prend la tête de l’équipe commerciale avec à la clé un défi important : la compagnie ayant cessé ses opérations sur la France, le siège aux États-Unis demande alors de vendre les US et le monde entier, via les vols opérants de Londres, pour remplir les 747 acquis deux ans plutôt.

Pour conserver les vols au départ de Paris, Rémy Arca, se lance un défi : utiliser les 707 délaissés en ‘’Charters’’. À cette époque s’était une innovation : « J’ai contacté beaucoup d’associations, des sociétés et commencé à vendre des affrètements sur les USA, pour des voyages de stimulations et associatifs, ainsi qu’aux tour operateurs comme Nouvelles Frontières, Camino, Klat Travel, Jet Tours et bien d’autres. »

Résultat : C’est un succès !

« On me nomme ‘’ ’Directeur des Groupes et des Charters’’ et en 1976 je suis reconnu comme le meilleur Commercial de la Pan Am entre 450 collègues du monde et, moment inoubliable, suis invité avec mon épouse par le ‘’Président Monde’’ de la Pan Am pour un déjeuner privé au Club très fermé de New York, le ‘’21’’. Moment d’émotion, je suis décoré par le Président entouré de ses Vice-Présidents. »

Ce que ne dit pas Rémy, c’est que par son idée de chartériser les 707, la Pan Am en France a pu continuer d’exister, et ceci sans aucun licenciement !

Fin 1979, la crise pétrolière de 1973 ayant rebattu les cartes, Rémy Arca, ne voyant plus son avenir lié à la compagnie, prend la décision de quitter la Pan Am après 16 ans de bons et loyaux services. « Quand j’ai donné ma démission, le Directeur General France ne l’a pas accepté, et m’a dit qu’il allait mettre ma lettre au coffre. Je lui ai dit que ma décision était bien réfléchie et qu’il pouvait la considérer comme ferme. J’avais à ce moment un peu plus de 20 millions de dollars de contrats signés. »

La messe était dite…

 

Sans idée de ce qu’il allait faire, Rémy Arca s’inscrit au chômage pour se donner le temps de la réflexion. Il avait néanmoins une idée dans la tête : « J’avais remarqué que tous les opérateurs charter, faisaient leur prix de vente basé sur un remplissage de l’avion, à 80%, car ils n’étaient jamais sûrs de pouvoir remplir leurs vols à 100%. Restait donc 20% que l’on pouvait revendre à des prix extrêmement bas à des groupistes, associations, etc… Une fois ces places vendues, c’était ‘’tout bénéfice’’ et pour tout le monde. »

 

C’est à cette période que Rémy rencontre un de ses anciens clients, Gerald Gréco le patron de Codetem, qui lui propose de venir s’installer quelque temps dans ses locaux. Rémy peut alors mettre en place son idée. Le premier bilan dégage un bénéfice net de 180.0000 Frs, vu qu’il n’y avait aucune dépense de fonctionnement, néanmoins l’idée était lancée.

Devant ce résultat, Gréco lui propose : soit de s’associer avec lui, soit de partir et de voler de ses propres ailes. Par fidélité et reconnaissance pour l’aide apportée, Rémy choisit la première solution. Mal lui en prit. Gréco et son entreprise Codetem font faillite. Moment difficile et inédit pour Remy Arca. « Tous mes clients, qui n’étaient que des agents de voyages, ont été protégés et aucun n’a été ‘’planté’’, sauf mon très cher ami américain Stan Fisher, le Président d’Allied Tours, dont j’ai totalement remboursé les trois années consécutives. »

 

En 1981, le directeur commercial de Scenic Airlines (compagnie aérienne effectuant les visites aériennes du Grand Canyon), Doug Rhymes démissionne de son poste et crée son entreprise, Discover America Marketing (plus tard Discover the World Marketing). Son idée : trouver les meilleurs commerciaux de Tourisme dans chaque pays et leur confier la direction des Prestataires Américains qui n’avaient pas de bureaux à l’étranger.

Tout naturellement, il contacte Rémy pour la France qui crée sa société R.A Marketing et prend la représentation de Discover America Marketing pour l’Hexagone.

Une nouvelle aventure et un nouveau challenge s’ouvraient à lui. « Pendant 14 ans, j’ai organisé des séminaires à Honfleur presque tous les week-ends (sauf juillet et août). Je me suis occupé de faire la promotion de mes produits auprès de milliers d’agents de voyages, qui venaient passer, par groupe de 40, un week-end studieux, mais très convivial à la Ferme de la Grande Cour. Les produits que je représentais étaient devenus très connus de la profession, ce qui m’a valu avoir 31 trophées (le plus grand nombre mondial) chez Discover The World Marketing entre 1984 et 1992 et un Trophée en marbre pour le meilleur vendeur mondial. Nous avions une quarantaine de pays en représentation dans le monde. »

 

Plus que jamais, Rémy Arca apparaît comme l’homme du tourisme made in USA. Preuve en est quand les États-Unis décident de fermer leur bureau de Tourisme à l’étranger, l’attachée commerciale de l’Ambassade demande en 1996 aux professionnels vendant la destination, de créer un bureau sous le nom de ‘’Visit USA Committee ‘’ pour continuer, tant bien que mal, la promotion des USA. « Mes ‘’pairs’’ ont décidé à l’unanimité de me nommer le premier Président de ce bureau et à la fin de ma mission, l’attachée commerciale de l’Ambassade, lors d’une cérémonie, m’a donné une plaque avec les remerciements des États-Unis pour ma contribution efficace au tourisme vers les États-Unis. »

 

Le lundi 12 août 1991 l’impensable… La mythique Pan Am dépose le bilan, vaincue par des erreurs stratégiques, une mauvaise gestion... et le terrorisme.

Quid alors de sa filiale TO « Vacances Fabuleuses » ?

Voyages UTA, dirigés par Jean Paul Mombeig possédait ‘’Vacances Fabuleuses’’ qui était le partenaire quasi exclusif de Pan Am. Quand la compagnie tombe en faillite, Mombeig souhaite vendre ‘’Vacances Fabuleuses’’’, qui depuis un certain temps, ne marchait déjà plus bien. Rémy se lance et rachète la société, « j’avais mal au cœur de voir cette boîte dans un tel état. Sans licencier le personnel que je connaissais bien, j’ai redressé la boîte et VF est devenu le No1 sur les destinations : USA-Canada-Mexique. »

 

À noter que Rémy Arca avait racheté, lors du dépôt de bilan de TWA en 1992, ‘’Worldship’’, un GSA (General Salles Agent, Agent General) alors en difficulté qui appartenait à Vincent Bolloré. En très peu de temps, il redresse la société, évitant ainsi et une nouvelle fois, le chômage à une vingtaine de personnes.

 

Tout allait donc bien jusqu’aux attentats des Tours Jumelles en 2001. Très vite le nombre de passagers chute de 30 000 à 17 000 passagers.

S’occupant déjà de trois sociétés, Rémy Arca souhaite passer la main. « Je négocie la vente de Vacances Fabuleuses avec Kuoni en ayant la garantie de non-licenciement du personnel. Certes je ne vendis pas au mieux. Je ne souhaitais pas en faire une histoire d’argent. Mon souhait était de préserver le personnel qui s’était bien battu pendant une dizaine d’années pour ‘’Vac Fab’’ comme on le disait alors. »

 

En 2000, Rémy Arca a 59 ans et crée la Compagnie Internationale de Croisières, société de représentation des compagnies maritimes de croisières, une première dans la profession.

Parmi ses prestigieux clients, citons, entre autres : la US Royal Caribbean et la prestigieuse Cunard et son non moins prestigieux Queen Mary 2 (QM2) construit dans les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire. Une fois de plus il multiplie pour les agents de voyages de spectaculaires actions marketing et tissera en tant que représentant de la Cunard des liens étroits avec Edouard Philippe et surtout Bernard Cazeneuve respectivement maires du Havre et de Cherbourg des ports liés aux liaisons maritimes avec les États-Unis.

Mais cette création est aussi une première dans la profession et montre bien l’altruisme de son fondateur. Jugez-en vous-même : « En créant cette nouvelle société, j’avais une idée en tête, qui était d’assurer ma succession. Pour cette raison je voulais les unir en leur donnant des parts importantes dans ma nouvelle société, tout en mettant R.A Marketing au sommeil. Afin de leur donner la possibilité d’acheter des actions de cette nouvelle société créée avec un petit fond, je leur ai donné la majorité des actions, en gardant seulement 15% pour moi. Et je leur ai octroyé une prime correspondant à la moitié de leur investissement, le solde à leur charge. J’ai planifié tout cela afin de récompenser mes fidèles collaborateurs (Viviane Richer 30 ans, Corinne Renard 30 ans, Shirine Verwilghen 22 ans, Bruno Lallier 15 ans). »

Mais tout ne s’est pas passé comme prévu et lorsque Rémy annonce son départ en 2018 (il a alors 77 ans), son équipe, et donc ses actionnaires, lui dit alors qu’elle avait l’intention elle aussi de quitter l’entreprise, et qu’il fallait qu’on se sépare de la société. Il convient avec l’acheteur « d’un accord pour récupérer les fonds qui nous appartenaient, moi et mon équipe et qui étaient d’un peu plus d’un million d’euros ! »

 

1963 - 2018 : fin d’une véritable saga qui mériterait un roman.

 

Quand on demande à Rémy Arca, quel est son meilleur souvenir, il répond : « Sans aucun doute, l’opération de 17 jours en 747 et deux Boeings 707 pour Robert Hersant (Groupe Socpresse) ou j’ai fait connaissance des plus gros industriels de France et crée des liens d’amitié avec certains. »

 

Ses plus grands regrets : « aucun regret. »

 

Sa plus grande angoisse : « Le jour où j’ai quitté la Pan Am sans savoir ou aller et ce que j’allais faire. »

 

Laissons la conclusion à Rémy Arca : « Pour conclure, je peux dire que j’ai eu une carrière extrêmement riche, que j’ai eu énormément de plaisir à sauver des sociétés, créer des emplois, rencontrer et travailler avec des Ambassadeurs, des Ministres, des Maires, des Américains, des Anglais et les meilleurs vendeurs d’une quarantaine de pays. La très grande satisfaction a été mes collaborateurs qui ont tous été hors pair. Le constat que je peux apporter est qu’un entrepreneur n’est rien, même s’il est créatif, travailleur, intelligent s’il ne sait pas s’entourer de collaborateurs, en les respectant, les appréciant et les récompensant. »

 

Quand on connaît la rectitude et l’honnêteté du ‘’personnage’’, on ne peut douter de la sincérité de ses propos.

 

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