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Depuis près de quarante ans, Marc Rochet s’impose comme une figure emblématique du transport aérien


Publié le : 14.01.2026 I Dernière Mise à jour : 14.01.2026
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Auteur

  • Michel Messager

Pour cette personnalité, l’aérien, c’est bien plus qu’un métier, mais une vocation. La vocation est un concept qui relie à la fois nos passions, nos compétences, nos besoins, l’engagement, et ce à quoi on donne du sens. Marc Rochet en coche toutes les cases

« Je vous parle d’un temps où les jeunes qui travaillent aujourd’hui dans le secteur du tourisme ne peuvent pas connaître… » la rubrique le Michel Messager

Marc Rochet: "un aérien les pied sur la terre''

« Le génie, c'est le bon sens appliqué aux idées nouvelles. »

Madame de Staël

 

Pourtant, cet homme réservé et pausé a toujours avoué que sa réussite et ses succès étaient dus avant tout aux équipes qui l’ont entouré tout au long de sa carrière.

De plus, non seulement, Marc Rochet a les pieds sur terre, mais il est aussi conscient de ses forces et de ses faiblesses. Une qualité qui se fait rare de nos jours, tout comme le pragmatisme qui lui colle à la peau…et qui explique chaque étape de sa carrière.

 

Marc Rochet n’a jamais eu la langue de bois, tel un David face à un Goliath, il est resté fidèle à ses idées et en ce sens en tant qu’acteur de l’économie libérale, il a toujours combattu les ‘’situations de situation’’, pour ne pas dire les ‘’rentes de situations’’. Il s’oppose souvent aux politiques et n’hésite pas à les dénoncer : « Une fois élus, les politiques se précipitent chez eux pour arracher la page du dictionnaire comportant le mot courage ! Comment s’étonner qu’ensuite les décisions nécessaires au bon ordonnancement de notre secteur ne sortent plus ! »

 

Aux flatteurs qui veulent faire de lui une ‘’star’’, pour masquer ses réelles convictions, il répond : « l’histoire du gars qui a des idées tout seul pour devenir le génie du siècle, je n’y crois pas trop. En tout cas ce n’est pas mon tempérament. Il faut au contraire avoir la capacité d'écouter ceux qui ont des idées, les trier et les mettre en œuvre. C’est cela ma marque de fabrique. »

 

En tant qu’esprit libéral, par ses prises de position argumentées et concrètes, il a fait avancer la Profession et celle-ci ne peut que lui en être redevable et reconnaissante.

 

Fils d'un technicien d'Air France, Marc Rochet avec un diplôme de l'École de mécanique et d'aéronautique de Poitiers, plus un DESS de l’Institut d’Administration des Entreprises de Toulouse, entre dans la vie active à 26 ans. Il débute en effet en 1976 comme ingénieur à la Direction du Matériel d'Air Inter.

 

Trois ans plus tard, détaché d’Air Inter, il devient directeur technique d’Air Guadeloupe, avant de passer en 1982 directeur chez Europe Aéro Service. Pour mémoire EAS, Europe Aero Service, était une compagnie aérienne française opérant de 1965 à 1995 dans les activités d'avions-taxis, transporteur de fret, atelier de maintenance, compagnie régionale, compagnie charter et notamment société sous-traitante d'Air France et d'Air Inter.

 

Revenu chez Air Inter, Marc Rochet occupe alors la fonction de Directeur de l’escale d’Orly-Ouest. Comme il le dit lui-même : « J’aurais pu rester à Air Inter et faire une carrière assez correcte avec les promotions rapides qui m’avaient été proposées. Également je pouvais profiter des opportunités de carrière chez Air France. Mais je voulais être dans un monde plus libéral, plus près de la réalité des clients et du compte de résultat. Voilà quel était mon fil rouge. »

 

En 1988, Marc Rochet, fort déjà d’une solide expérience dans l’aérien - il n’a pas encore 40 ans - est embauché par René Lapautre, Pdg d'UTA, qu’il a connu chez Air Inter, pour diriger Aeromaritime, la filiale ‘’à bas coûts’’ d’UTA. Sa mission consistait à relancer la compagnie.

René Lapautre sera un personnage qui, comme tant d’autres, a beaucoup marqué Marc Rochet dans sa vie professionnelle : « C'était un homme de chaleur, très humain, qui travaillait en équipe. Il avait une vision du futur du transport aérien et un courage de tous les instants. C'est l'un des très grands patrons du transport aérien français. »

 

À cette époque, René Lapautre, grâce à l’ouverture des paquets de libéralisation européens croit, contre l’avis de beaucoup de gens y compris des dirigeants d’Air France, au low cost moyen-courrier et c’est Marc Rochet qui a la charge de commercialiser ces vols « loisirs » en Europe avec des Boeing 737et cela avant Easy Jet créée en 1995, puis des 767 pour desservir les Antilles et La Réunion.

 

Comme il l’explique lui-même « Je me suis retrouvé collé avec l’image d’un gestionnaire rigoureux, animateur, manager. Et c’est comme ça que je me suis retrouvé dans le bureau du Crédit Lyonnais qui avait sur les bras deux grands malades : un qui s’appelait Air Outremer et l’autre Minerve. La banque m’a demandé si j’avais envie de participer à un projet de restructuration, et j’ai accepté. » Nous étions en 1991.

 

Marc Rochet mène à bien la fusion d’Air Outre-Mer et de Minerve et devient le Président de la nouvelle entité ‘’AOM French Airlines’’. Comme il le rappelle : « Fusionner deux entreprises, c’est très compliqué en France. On l’a réalisé avec succès parce qu’on a eu le soutien du Crédit Lyonnais, soyons clairs, mais aussi celui des personnels. »

 

Néanmoins en matière de fusion 1+1 ne fait pas forcément 2. Marc Rochet va devoir faire face à un manque de moyens notoire. En effet, AOM était la propriété du CDR, le Consortium De Réalisation, structure financière chargée de vendre les anciens actifs ‘’pourris’’ » du Crédit Lyonnais, mais aussi de vendre la compagnie AOM. Le manque d’investissement était évident. De plus et malgré l’opposition de Marc Rochet, AOM se voit contrainte de déménager (sous la pression d'Air France, du gouvernement et des Aéroports De Paris) ses vols depuis l'aérogare d'Orly-Ouest - aérogare remise à neuf pour Air France – vers celle d'Orly-Sud, plus vétuste.

 

AOM résiste en vain par tous les moyens (y compris en peignant sur ses avions « Je veux rester à Orly Ouest ! »), pour la simple raison que le trafic national partait d’Orly Ouest et non d’Orly Sud. Cela revenait à la condamner.

 

A propos de cette période où Marc Rochet dut faire marcher ‘’la machine’’ tout en se heurtant en quasi permanence aux actionnaires, cette grande figure de l’aérien a tenu, notamment via la presse professionnelle, à remettre les choses en place : « Je me suis fait débarquer d’AOM pour avoir voulu m’opposer au transfert des vols AOM d’Orly Ouest à Orly Sud. Ce sont des raisons purement politiques qui n’avaient rien à voir avec le travail de mes équipes. Je tiens à rappeler que cette compagnie a gagné de l’argent. Je reste très fier, avec tous les collaborateurs d’AOM, d’avoir participé à cette expérience. On avait calé le produit sur des tarifs très compétitifs tout en redressant son image. »

Il est évident et bien compréhensible, quand on connaît notamment l’esprit d’équipe qui anime et animera tout au long de sa carrière Marc Rochet, que cette période l’ait fortement marqué.

En 1996, Marc Rochet accepte la proposition de British Airways pour être celui qui va finaliser tout d’abord le rachat de TAT (Touraine Air Transport) en 1997 à son fondateur Michel Marchais qui l’avait créée en 1968 et dont la compagnie anglaise était déjà actionnaire en 1993.

 

Seconde opération, menée également à bien par Marc Rochet et toujours en 1997, le rachat par British Airways de la compagnie Air Liberté à hauteur de 67 % avec son partenaire, la banque d'investissement Rivaud qui prend 28 % et devient le deuxième transporteur en France avec 20 % du trafic.

Troisième opération, la fusion entre TAT et Air Liberté dont Marc Rochet devient le Président.

Le 4 mai 2000, la compagnie britannique vend Air Liberté au SAirGroup, maison mère de Swissair et Marc Rochet met fin officiellement à sa mission, mission difficile, mais réussie, tant l’histoire de TAT et Air Liberté n'avait pas grand-chose en commun. Il restera quelques mois pour manager la transition du pôle aérien AOM - Air Liberté - Air Littoral pour le compte de SAirGroup.

 

Au cours de cette période Marc Rochet fonde son cabinet de Conseil ‘’Aérogestion’’ couvrant l’ensemble des métiers du transport aérien (organisation, exploitation et commercialisation).

Après trois années passées comme directeur général de Travelprice.com et deux années comme Conseiller Transport Aérien de la Fondation Agha Khan, Marc Rochet rejoint en 2004 le groupe Dubreuil et Air Caraïbes.

 

A cette époque Air Caraïbes assure quasi exclusivement des vols sur la Guadeloupe et la Martinique.

Pendant les 19 ans qu’il passe dans la compagnie en tant Directeur Général, Marc Rochet va développer et hisser Air Caraïbes à la place de deuxième compagnie française, tout en la rendant bénéficiaire. Il va développer et moderniser la flotte et ouvrir de nouvelles destinations comme : Cayenne, Saint-Martin, Port-au-Prince, Saint-Domingue, La Havane et San Salvador.

 

Au sein du Groupe, il crée en 2016, la première Low-Cost Long courrier Française : French Bee, dont il prend la fonction de Directeur Général. Avec l'ouverture de San Francisco en 2018, French Bee s'installe progressivement aux États-Unis et entreprend un développement en Amérique du Nord, qu'elle poursuit au Canada avec l'ouverture de Montréal en 2025. Pour mieux comprendre le rôle de Marc Rochet dans la réussite d’Air Caraïbes et de French Bee, reconnu par tous, rien ne vaut quelques témoignages pour résumer cette unanimité.

 

Tout d’abord le témoignage du Président Jean-Paul Dubreuil au journal ‘’La Tribune’’ : « Marc a fait un travail remarquable à nos côtés depuis 2003 et les tout premiers pas de la compagnie sur les liaisons transatlantiques. Il a toujours répondu présent à chacune des étapes de la vie de la compagnie et a grandement contribué à la réussite et aux performances d'Air Caraïbes. »

 

Celui de Jean Pierre Mas, Président des Agences de Voyages : « Il a fait d'Air Caraïbes, un transporteur qui compte dans le ciel français et rentable. Il en a fait la seconde compagnie française, sur des marchés très importants, pour notre secteur avec les USA, les Antilles ou encore la Polynésie. »

 

Celui d’un de ses clients Tour Operator Gilbert Cirsneros : « il a fait d'Air Caraïbes une success-story. Il a pris la compagnie, lorsqu'elle avait 3 avions, reliant Pointe-à-Pitre à Fort-de-France, pour en faire un beau transporteur, couvrant les USA, la Réunion, le Mexique, la République Dominicaine, la Polynésie, etc… ».

 

Enfin parmi les nombreux témoignages et commentaires, celui d’un simple conseiller en voyage qui montre bien les qualités humaines de Marc Rochet : « J’ai abordé un jour Marc Rochet dans les allées de TOP Résa, spontanément pour un avis alors que je ne le connaissais pas du tout, nous avons bavardé quelques minutes, je n’oublierai pas sa grande gentillesse et cette disponibilité. Un discours franc. »

 

On ne peut évoquer la carrière de Marc Rochet, sans rappeler ce jour de 2004, où il croise Frantz Yvelin entrepreneur français, chef d’entreprise, également pilote de ligne professionnel et à l’époque consultant en informatique. De cette rencontre naîtra une nouvelle façon de voyager en avion, puisque les deux hommes créent la première compagnie « all-business » long-courrier sous la marque commerciale ‘’L’Avion’’, qui proposait exclusivement des places en classe affaires à prix cassés entre Paris et New York.

 

Le premier vol commercial a lieu le 3 janvier 2007. Après huit mois d'activité, le taux de remplissage se révèle être de 70 % à 80 %. La compagnie décide donc d'acquérir un second B-757 afin de développer son activité Orly Sud/New York (Newark). En mai 2008, la compagnie augmente ses rotations vers New-York pour passer de 9 à 12 rotations. Le 2 juillet 2008, la compagnie est revendue avec succès à British Airways, qui a souhaité la fusionner avec sa filiale OpenSkies.

 

Répondant à un journaliste qui le félicitait à propos de la réussite du concept de l’Avion, Marc Rochet modestement lui répondit : « Vous me parlez de ‘’L’avion’’, ce n’est pas mon idée, c’est celle de Frantz Yvelin. Il a eu la capacité de combattre pour la défendre. Nos chemins se sont croisés. Je vous le dis franchement, j’étais un peu sceptique sur ce concept, mais par honnêteté intellectuelle nous l’avons travaillé et analysé. Un opérateur financier de poids ; la compagnie financière Edmond de Rothschild a alors décidé d’accompagner le projet sous réserve que je le valide et que je m’y engage, ce qui signifiait une prise de risque en commun. Je l’ai fait. Ensuite cela a été un travail d’équipe avec des femmes et des hommes. Donc l’histoire du gars qui a des idées tout seul et qui est le génie du siècle je n’y crois pas trop, en tout cas ce n’est pas mon tempérament. Il faut au contraire avoir la capacité d'écouter ceux qui ont des idées, les trier et les mettre en œuvre. C’est cela ma marque de fabrique. » C’est aussi cet homme-là qu’est Marc Rochet.

 

Quand on demande à Marc Rochet, quel est son meilleur souvenir, il répond : « celui de gérer l’énorme escale d’Orly Ouest du temps d’Air Inter, lieu de rendez-vous des clients, des personnels sol et des navigants, de l’aérogare avec l’avion : on y apprend tellement de choses… »

 

 

Ses plus grands regrets : « voir que la part de marché du transport aérien français – avec ses immenses atouts- déclinait de façon inexorable par manque de courage et par la politique. »

 

Sa plus grande angoisse : « le transport aérien c’est d’abord la sécurité des vols. Toute ma carrière j’ai eu cela en tête et j’ai traversé les années sans aucun incident majeur. Je le dois à nos équipes. Un Patron dans l’aérien ne doit pas avoir d’angoisses mais il se doit d’avoir le sens de ses propres responsabilités. »

 

Aujourd’hui, alors qu’il a quitté ses mandats auprès du Groupe Dubreuil et ses fonctions au sein d’Air Caraïbes et de French Bee en 2023, répondant à la question d’un journaliste lui demandant s’il était prêt à repartir au combat si une compagnie aérienne l’appelait ? « Sans doute pas. Mais ‘’Aérogestion’’ est là pour examiner toutes les demandes… » répondit-il.

L’histoire de Marc Rochet, une belle histoire. L’histoire d’un parcours où le réalisme, la conviction, l’innovation et l’esprit d’équipe ont été les marqueurs de sa réussite.

 

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