« Je vous parle d’un temps où les jeunes qui travaillent aujourd’hui dans le secteur du tourisme ne peuvent pas connaître… » la rubrique de Michel Messager
« La seule véritable sécurité qu'un homme aura dans ce monde est une réserve de connaissances, d'expérience et de compétences. » – Henry Ford
Reprenant la tirade de Cyrano on pourrait dire de Gaël de la Porte du Theil « C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap de savoir ».
Ce breton, ce solide et grand gaillard, qui n’a jamais eu (et n’a toujours pas) la langue dans sa poche, peut se vanter d’avoir certainement une des plus grandes expériences dans le tourisme : celui des sports d’hiver, celui des groupes, celui du tour opérating, celui du réceptif, celui de l’événementiel, celui de la représentation…
Ce personnage, car c’est un personnage, ne laisse pas indifférent
De ses plus de deux mètres, l’air bourru, le regard d’acier, en lui serrant la main, vous comprenez immédiatement que vous avez à faire, comme on dit dans le langage populaire, à ‘’quelqu’un’’ : un véritable Patron !
Le ‘’virus du tourisme’’ Gaël de la Porte du Theil l’attrape très tôt. A 16 ans, lauréat d’une bourse de voyage Zellidja, il se voit proposer une petite somme pour faire un voyage en solo afin d’étudier un sujet qui vous intéresse. Il part un mois en vélo à la découverte des observatoires astronomiques d’Angleterre.
L’année suivante il commence pendant ses vacances ses périples en auto-stop. Pour aller où ? Incroyable réponse de Gaël : « Peu importe pour moi la destination, j’allais où allait la voiture qui me prenait. Ce qui m’importait, ce n’était pas la destination mais le voyage pour le voyage et être partie prenante de ce système. » C’est grâce à ce ‘’système’’ qui perdura pendant six ans, au cours de ses vacances d’été qu’il découvre un grand nombre de pays européens, mais aussi les USA, l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Inde, le Népal, l’Ethiopie…. Israël où il travaille 3 mois dans un Kibboutz.
En 1967 il sort titulaire du diplôme de l’Ecole de Management Audencia de Nantes (ex ESC) avec un solide bagage de compétences. A noter que pendant sa période estudiantine, il milite à l’Unef dont il devient le Vice-président pour Nantes, puis toujours pour Nantes Président de la MNEF (mutuelle). Il crée aussi le premier centre de planning familial étudiant en France… Consécration en 68 : il est élu Secrétaire Général national de la MNEF !!!
(Gaël a toujours milité dans la vie syndicale y compris dans la profession : Président du SNRT, Vice-Président du SNAV et de l’IFTO)°
Début des années 1970, après un premier job de quelques mois à l’occasion de l’ouverture d’un hôtel en bord de mer sur la baie de Santa Giulia en Corse, Gaël de La Porte du Theil intègre le tour-operator Résid’air comme DG adjoint de Résid’Air avec Michel Bénézet.
Pour rappel, ce dernier a défrayé la chronique des agents de voyages en décidant du jour au lendemain de se passer de celles-ci ! La somme des commissions destinées au réseau étant consacrées à des campagnes de publicité afin de vendre en direct via la distribution de ses brochures par les chauffeurs de taxis parisiens. Formidable coup de com, mais tollé général de la profession et exclusion de Resid’air des instances professionnelles.
Peut-être un peu trop en avance sur son temps, l’épisode se termine par le boycott d’une profession encore très ‘’poujadiste’’ entraînant en partie la faillite de Resid'air. A cette époque on ne pardonnait rien aux francs-tireurs.
Il est appelé alors par Gérard Brémond le patron de Pierre et Vacances pour le rejoindre en tant que responsable de la partie tourisme du Groupe.
Il se souviendra toute sa vie de ce premier entretien : « convoqué à 21 heures, ce qui en est n’était déjà pas un horaire conventionnel, je suis entré dans le bureau de mon futur patron à 23 heures. Une heure après j’en suis ressorti avec un contrat d’embauche en poche ». Il est resté 17 ans chez Pierre et Vacances !
La spécificité du Groupe, était de créer des synergies entre l’Immobilier et le Tourisme. Le problème était évidemment de créer une activité la plus constante possible tout au long de l’année…d’où des initiatives nombreuses visant à un remplissage constant…
Parmi celles-ci, le Festival International du film fantastique en 1973, dont Gaël s’occupe activement en tant qu’Administrateur Général. C’est un grand succès et le début d’une longue série. Quand on lui en parle, il ne peut s’empêcher de rappeler : « le festival naissant va, par hasard, frapper un grand coup dans l'histoire du cinéma. Quel était notre premier prix ? Un type totalement inconnu qui n'arrivait pas à vendre son film. Le type, c'était… Steven Spielberg !" Et le film ? "C'était Duel... C'est quelque chose qui marque ! Surtout quand l'année suivante, on fait la même chose avec Brian De Palma pour Phantom of the Paradise ! »
Pour rester dans cette problématique de remplir les périodes creuses, il lance des opérations thématiques à grand volume comme accueillir en été un campus américain de 600 ‘’méditants transcendantaux’’ (cela ne s’invente pas) …pendant 2 mois !
Il convient aussi de rappeler que c’est Gaël qui est un peu le précurseur du ‘’Yiel Management’’ en créant au niveau tarifaire 17 prix différents pour un même produit par saison, et a été à l’origine des ‘’prix dégriffés’’ en annonçant des prix groupes fixés à deux semaines avant le séjour. Encore, une révolution à l’époque.
En 1988, la fusion des trois majors du secteur Airtour, Touropa Cruisair et Kappa Club est aussi un bouleversement qui affole quelque peu le monde du tourisme compte tenu des cultures différentes des deux entités. D’un côté la gestion à l’Allemande, de l’autre, un peu plus ‘’folklorique’’, à la grecque …
Pour ‘’remettre de l’ordre dans la maison’’, il faut un véritable patron et les dirigeants d’Havas et de TUI n’hésitent pas et font appel à Gaël de la Porte du Theil pour diriger la nouvelle entité, désormais dénommée Chorus Tours.
S’entourant d’une équipe de choc (dont Patrice Caradec, aujourd’hui Président du Seto), il remet en effet de l’ordre à tel point que Chorus commence à titiller son grand concurrent, le sacro-saint Jet Tours, filiale d’Air France.
Pour faire face aux puissants conglomérats touristiques qui se développent en Europe (TUI, Airtours, Thomas Cook, DER Touristik, Alpitour…), ce qui devait arriver, arriva, à savoir : la fusion en 1993 de Chorus et de la Sotair (Jet Tours).
Cette fusion, menée par Gaël et son homologue à l’époque Jean Robert Reznik pour Jet Tours, font de ce dernier un « géant du tourisme » pesant 3 M de FF de chiffre d’affaires, numéro 3 français derrière Club Med et Nouvelles Frontières.
Le président de Jet Tours sera Jean-Robert Reznik (jusqu'ici directeur général de Sotair) et son directeur général, (PDG de Chorus) … deux personnalités à fort caractère !
Fin 1996, après des divergences de vue avec l’actionnaire principal de Jet Tours (Air France et son président Bernard Attali, le frère de l’autre…) il quitte la société pour prendre un peu de recul afin de devenir son propre patron.
La réflexion c’est bien, mais pas suffisant pour Gaël, qui profite de ce temps libre pour être Professeur Associé en Marketing à l’Université de Paris-Est (Marne la Vallée). Pendant cette période il sera élevé au grade d’Officier de la Légion d’Honneur.
En 2000, Gaël de La Porte du Theil, crée une société de représentation touristique, Interface Tourisme avec l’idée suivante : « Le tourisme doit maintenant être réfléchi. C’est une industrie où on ne peut pas faire du n’importe quoi. Il faut arrêter de proposer les produits du passé. Il s’agit de faire en sorte que les échanges entre les pays émetteurs et les pays récepteurs ne se limitent pas au fait d’aller dans une destination, de prendre un moyen de transport, un hôtel, de voir les trois trucs qui se trouvent dans tel ou tel guide. ».
En peu de temps, il fait d’Interface Tourisme une véritable agence de communication, de relations publiques et de marketing dédiée au secteur du tourisme.
Dix ans après sa création, l’entreprise compte 80 salariés pour un chiffre d’affaires approchant les 10 millions d’euros : le pari que s’était fixé Gaël de La Porte du Theil est réussi.
En 2022 pour faire face aux défis du tourisme post-Covid, Interface noue une alliance avec l’agence Black Diamond au Royaume-Uni et Global Communications Experts en Allemagne qui débouche sur la création d’International Tourism Group (ITG), société enregistrée en France dont Gaël est le président. Incluant également les agences qu’Interface détenait déjà en Italie, en Espagne, au Portugal et au Benelux, la nouvelle entité est donc implantée dans sept pays et génère des facturations annuelles nettes de plus de 10 millions d’euros.
Pour mieux coller aux évolutions des marchés, de plus en plus rapide depuis le Covid, ITG rachète les sociétés ‘’THR’’ et ‘’Travellyze’’. Cette plateforme d’intelligence économique, dédiée au tourisme, offre la possibilité de réaliser en temps réel pour ses clients des études de marché pour ses clients. Ses algorithmes sont capables de croiser les données sur la perception et l’image de 100 destinations permettant d’analyser plus de 5,7 millions de points de données pour dresser un portrait détaillé du voyageur européen.
En 2024, Interface Tourism Group est racheté par Groupe Hopscotch dirigé par Frédéric Bedin. Ce groupe de communication international créé en France comptabilise plus de 1000 collaborateurs experts dans tous les métiers de la communication et 40 agences réparties sur 5 continents, permettant une capacité d’intervention dans plus de 60 pays.
Notre ami Gaël a travaillé pendant deux ans pour arriver à ce deal qu’il jugeait essentiel pour assurer la pérennité de son entreprise et de ses collaborateurs. Agé de 82 ans et souhaitant prendre un peu de recul, il accompagnera donc la nouvelle entité, qui en 2025 a pris le nom de Hopscotch Tourism, en qualité́ de senior advisor.
Riche d’une vie intensive, où les défis et les réussites ont jonché son parcours, Gaël de La Porte du Theil vient de tourner une autre page de sa vie.
Quand on demande, à Gaël de La Porte du Theil, quel est son plus beau souvenir de voyages : « Le centre du Botswana dans le désert du Khalari, sous une tente avec des locaux parlant le Tswana. »
Sa plus grande fierté : « Être et avoir été ami et en très bonnes relations avec l’essentiel de mes anciens collaborateurs (toujours pour certains) !!! »
Sa plus grande angoisse : « Qu’un jour, je ne sois plus en mesure de m’insurger, de me révolter, de m’emporter contre tout ce que je hais… la bassesse, le conformisme, le politiquement correct !!! »
Connaissant le bonhomme, sûr qu’il ne va pas, bien que breton, aller à la pêche. Mais la ‘’pèche’’ il l’a toujours et plus que jamais. Aussi, tel que je le connais, il continuera à suivre de très près le développement de son ex-entreprise, il continuera à dévorer chaque semaine plusieurs livres, il continuera à écrire de sa plume acérée et sans concession sur son blog, il continuera à s’intéresser à la politique, voire y participer, il continuera à encourager et soutenir ses trois fils dans leurs brillants parcours professionnels…
Mais je suis persuadé qu’il nous prépare encore une surprise. Il est comme cela Gaël, rien ne l’empêchera de bouger, de créer, d’exister. Il est comme cela : il aime la vie, mais surtout la vie ACTIVE. Preuve en est : cette année il a participé à son 52éme ITB à Berlin !
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