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Portrait Olivier Kervella : le symbole de la Nouvelle Génération


Publié le : 17.06.2026 I Dernière Mise à jour : 17.06.2026
Portrait Olivier Kervella : le symbole de la Nouvelle Génération I Crédit photo Olivier Kervella

Auteur

  • Michel Messager

« Je vous parle d’un temps où les jeunes qui travaillent aujourd’hui dans le secteur du tourisme ne peuvent pas connaître… », bienvenue dans la rubrique de Michel Messager.

 

« Dans les démocraties, chaque génération est un peuple nouveau. »

- Alexis de Tocqueville

 

Pourquoi avoir choisi Oliver Kervella pour cette galerie de portraits. Bien sûr pour sa réussite et son parcours professionnel. Mais selon moi, il est celui qui symbolise le mieux la génération qui a laissé sur place celle des ‘’vieux dinosaures’’ que nous sommes devenus. Il fut l’un des premiers à intégrer la technologie au tourisme.

J’ajouterais qu’il est un homme désarmant. Oliver a mené sa barque calmement, étape par étape, sans esbroufe, sans que le succès lui monte à la tête, restant fidèle à ses valeurs et ses principes.

Je le perçois comme un homme sain, fiable et sans prétention. Il incarne le manager qui a su trouver les bons collaborateurs et les placer à la bonne place, mais aussi leur faire confiance en mettant le principe de la délégation au centre de son management.

Olivier est un dirigeant qui se connaît parfaitement. Il a conscience de ses qualités comme de ses défauts. Peut-être l’influence d’un père psychiatre ?

Les années ne semblent pas avoir de prises sur lui. Il a toujours cette figure de jeune cadre insouciant, cet air apaisé… Son sens de l’écoute et de la réflexion sont les qualités visibles qui l’animent même si malheureusement elles en sont plus la norme aujourd’hui. Il reste un modèle pour ceux qui veulent entreprendre.

En travaillant pour de grandes sociétés comme Air France, Sabre, Transat, il a eu un véritable parcours ‘’tourisme’’. Il a connu toute sa diversité lui permettant de créer sa propre société et en faire une des plus brillantes réussites de l'industrie touristique. Il a donc toute sa place dans cette galerie de ‘’pionniers du tourisme’’.

 

Malgré son nom à consonance bretonne, Olivier est né à Toulon le 6 août 1967, d’un père psychiatre et d’une mère, agrégée de physique. Il le confesse volontiers : « jeune, je voulais devenir psy, parce que j’ai beaucoup d’admiration pour mes parents, mais je pense que c’est une bonne chose de ne pas avoir suivi leur chemin, je me serais toujours comparé à eux et ce n’est jamais souhaitable ».

Il passe une scolarité ‘’normale’’, « je vivais à Toulon. Ce qui m’intéressait c’était la planche à voile et les sorties avec les potes ». Puis il monte à Paris et intègre l’ESSEC (l’École supérieure des sciences économiques et commerciales) dont il sort diplômé en 1989. Il a tout juste 22 ans.

Un an plus tard, il crée déjà sa société avec deux copains de l’ESSEC. Il avait pris cette décision suite à un stage qu’il avait effectué dans le cadre de son cursus en Australie pour Lanson Pommery, « l’Australie était le seul pays ou les vins mousseux bénéficiaient de l’appellation ‘’Champagne’’ et je devais expliquer pourquoi mon champagne coûtait 35$, alors qu’un mousseux australien n’en valait 5. Un sacré challenge » se rappelle-t-il.

En 1990, il crée donc OKLA International, société qui fabriquait un jeu de société, ‘’LingOfoly’s’’, pour apprendre les langues étrangères. Il est vrai qu’Olivier parlait déjà 4 langues et ses deux compères 5 et 7 ! Le jeu fait ‘’carton plein’’ et reçoit d’ailleurs le 1er Prix de la Fondation Jacques Douce qui récompensait alors les meilleurs créateurs d’entreprises chez les jeunes de moins de trente ans.

L’avenir était donc tout tracé sauf qu’au bout d’un an, il dépose le bilan. La raison, il l’explique lui-même : « J’ai fait l’erreur et je me suis promis de ne plus la refaire, mais je l’ai encore refaite plus tard, de m’associer avec des amis. C’est très compliqué, parce que l’on ne se dit pas forcément les choses complètement et on cherche à se préserver. »

Cette expérience l’a beaucoup marqué, « durant une longue période, cette histoire m’a dégoûté de l'entrepreneuriat. Je pensais que cela n’était pas fait pour moi. Du coup, j’ai décidé de faire une carrière classique et c’est ainsi que je suis entré chez Air France

 

Air France n’était pas inconnue d’Olivier Kervella qui, au titre de la coopération avait fait sa période militaire à Air France Londres, alors dirigé par Bernard Morel qui plus tard présidera aux destinées du pôle touristique de la compagnie (Jet Tours, Visit France et Go Voyages).

Aussi, en 1991 il rentre chez Air France, comme Assistant du vice-président directeur général Etats-Unis d’Air France, qui précisément n’est autre que …Bernard Morel. Un an plus tard, il est nommé Directeur commercial Canada d’Air France et restera quatre ans à Montréal.

Pendant sa période canadienne, il fait deux rencontres qui vont bouleverser sa vie tant professionnelle que personnelle, mais laissons-le-nous les révéler : « j’ai découvert Internet, qui m’a paru être l’avenir du siècle. Travaillant au marketing d’Air France, je m’occupais de ces nouveaux services informatiques. J’avais même soumis l’idée d’équiper nos commerciaux d’ordinateur. Mais pour les grands pontes d’Air France : Internet ça ne marcherait jamais, les Américains ne seraient pas capables de faire mieux que notre Minitel de l’époque… L’autre rencontre a été cette jeune femme… qui est devenue mon épouse. D’origine libanaise elle avait émigré au Canada avec sa famille. Ma femme ? C'est mon socle ! »

 

Il avait juré à son épouse que jamais il ne quitterait le Canada, et pourtant…

Au retour d’une réunion au siège d’Air France en regagnant le Canada, il tombe sur une annonce dans l’Express pour recruter le patron de Sabre pour la France et le Benelux.

Il postule et est engagé. Nous sommes en 1996, Sabre est alors le leader mondial des systèmes de réservation informatiques pour les produits de voyages et lance à l’époque Travelocity.com en France.

Entouré d’informaticiens, Olivier Kervella se familiarise un peu plus avec Internet, qui en est encore à ses débuts. Il apprend vite, puisqu’il contribue et participe à la conception et au lancement d’une nouvelle gamme de produits Internet destinés aux agences de voyages.

En 1999, dans l’avion que le ramène de Dallas à Paris où il assisté à une conférence d’un certain Terry Jones qui présentait son entreprise Travelocity qui allait, selon lui, révolutionner la manière dont on vendait les billets d’avion ! Il prévoyait avec internet, la réservation et la vente de milliers de billets d’avion. « Cette réunion m’avait marqué et dans l’avion je ne faisais qu’y penser. C’est vrai qu’un billet d’avion, ça peut être dématérialisé sans problème, la preuve. Et je me suis dit qu’il fallait absolument que je me lance là-dessus. »

Arrivé à Paris, il fait part à sa femme de son projet de quitter Sabre et de se lancer dans la vente de billets en ligne.

Quelques semaines plus tard, il met son projet à exécution et trouve les fonds nécessaires pour créer une des premières agences de voyages en ligne. Il s’associe avec une petite agence, Anyway, qui vendait des billets d’avion sur Minitel et crée Anyway.com, contrôlée à 80% par Transat.

 

De 1999 à octobre 2003, Anyway.com connaît une croissance rapide. En effet, ses ventes sont passées au cours de cette période de 11 à 81 millions d'Euros. Cette performance fait ainsi d’Anyway.com le numéro 1 français de la vente de billets d'avion sur Internet en 2003.

Comme se le rappelle Olivier Kervella : « Avec Christian Mazeau qui était mon associé et qui m’a aidé à développer la société, nous avons été les premiers, avant TravelPrice, avant Go Voyage. Nous avons été rentables très vite et nous avons vendu à Expedia quatre ans plus tard. J'ai passé des années passionnantes au sein d'Anyway.com. »

Après le rachat d'Anyway.com le 30 octobre 2003 par IAC Travel, maison-mère d'Expedia, pour 53 millions d'euros, Olivier Kervella est chargé de l'intégration des équipes d'Anyway.com au sein d'Expedia France. Il abandonne les rênes de l'agence en ligne, arrivée au sommet de sa gloire, six mois après sa reprise par le groupe américain.

 

Entre temps, Olivier avait reçu un appel de Jean-Marc Eustache (patron de Transat Inc) qui voulait redonner à Look Voyages, qui perdait beaucoup d’argent, un nouvel envol. « Il m’a dit et je m’en souviendrai toujours : ‘’Olivier, c’est le last call, mon dernier appel, demande-moi ce que tu veux, pour nous, c’est la dernière chance’’. J’ai posé mes conditions, dont la venue de Christian Mazeau et aussi Philippe Sangouard (actuel DG de NG Travel). »

 

Quand il arrive chez Look, la situation n’était pas brillante, loin de là. Outre l’aspect purement financier, les salariés étaient totalement démotivés. Il y avait déjà eu un plan social très important, cinq DG en deux ans et Look avait été déréférencé de Selectour… Bref, ce n’était pas un cadeau que l’on faisait à Olivier Kervella. Mais laissons-lui la parole : « Nous avons réussi à redresser Look plus vite que prévu. Chacun travaillait dans son coin, se tirait dans les pattes. Nous avons tout remis à plat, fédéré les équipes, créé des ateliers et nous avons redonné un esprit d’équipe. Au bout d’un an, nous avons vu les premiers résultats, deux ans et nous étions à l’équilibre et la troisième année bénéficiaires ! Mais pour moi, le plus gros capital de cette boîte, c’étaient les hommes et les femmes qui la composaient ».

Il aurait pu rester longtemps chez Look, il avait relevé la société, l’avenir s’offrait à lui, mais encore une fois le hasard et la lecture étaient au rendez-vous… « En revenant d’une réunion au Canada, une fois dans l’avion du retour, je me suis dit que chez Look, je n’étais pas tout à fait chez moi. J’avais acheté un bouquin dont l’auteur, Chris Anderston, expliquait qu’avec Internet, les spécialistes allaient être beaucoup plus performants que les marques généralistes. Et je me suis dit qu’il me fallait ma boîte à moi. »

 

Le 6 décembre 2007, Lina De Cesare, Présidente, du groupe Transat, société-mère de Look Voyages, déclare dans un communiqué : « Olivier Kervella, directeur général de Look Voyages, quittera son poste le 31 mars 2008. Nous remercions Olivier de sa formidable contribution au succès de Look Voyages. Il laisse derrière lui une organisation très saine, concentrée sur sa mission, et une équipe dynamique avec qui nous poursuivrons notre croissance. »

La messe était dite, Olivier va devenir son propre Patron.

 

« J’avais la chance d’avoir bien vendu Anyway, d’avoir vendu aussi mes parts de Look Voyages et j’ai investi. Ma femme était un peu stressée, mais je croyais en mon projet et elle a suivi. Nous avons monté NG Travel en juin 2008 avec Christian Mazeau et Karim Massoud, juste avant la crise financière de septembre 2008. Nous n’en menions pas large. »

L’idée de base d’Olivier dans la stratégie de NG Travel reposait sur deux principes majeurs :

- disposer de plusieurs marques spécialistes : « nous n’avions pas les moyens de racheter de grosses marques comme Look ou Fram et nous avons acheté des petites marques de spécialistes en leur donnant des moyens importants sur l’aspect informatique et marketing. »

- concevoir un outil informatique qui permettait de « dérisquer » le tour-operating : « j’avais donc demandé à Christian Mazeau de concevoir un outil informatique qui aurait permis d’aller chercher des places d’avion dans la nuit et rapatrier ces places le matin pour avoir un stock fictif. C’était une bonne idée, mais cela n’a pas fonctionné tout de suite… Il nous aura fallu six ans, après avoir racheté une boîte informatique qui appartenait à Hervé Vighier pour y arriver grâce à l’outil Comète, qui avait été développé par Didier Renard, un véritable génie de l’informatique. Mais il faut dire que l’informatique avait aussi bien évolué et que le Cloud avait fait son apparition... »

 

Comme on peut le constater, tout n’a pas été ‘’rose’’ au début de NG Travel pour notre ami Olivier Kervella : la crise financière de 2008, l’outil informatique pas au rendez-vous, et comme si cela ne suffisait pas un problème relationnel avec ses ‘’amis-actionnaires’’ de départ : « Christian Mazeau c’était quelqu’un de très proche, de brillant que je respectais beaucoup. Karim Massoud était quelqu’un avec qui je m’entendais bien. Mais la cohabitation à trois n’a pas fonctionné, notamment entre eux deux. Christian est parti et j’ai regretté, mais il a choisi. Malgré cela, nous avons réussi NG Travel. J’ai eu ensuite des relations conflictuelles avec Karim, peut-être justement parce que nous étions amis et que je n’avais pas osé lui dire certaines choses… »

Olivier, n’est pas homme à être déstabilisé, tout en restant majoritaire, il fait rentrer en 2018 le fonds Siparex au capital de la holding (holding qui coiffe Boomerang Voyages/Kappa Club, Promoséjours, Directours et Jet Tours). Il est vrai qu’il n’a pas eu beaucoup de mal à trouver un actionnaire, NG ayant enregistré un chiffre d’affaires de 202 millions d’euros en 2017 (+35%), notamment grâce au dynamisme de ses 200 collaborateurs et au succès de ses clubs, qui ont attiré 80 000 personnes.

En 2023, et malgré la pandémie, NG Travel atteint les objectifs souhaités soit 400 millions d’euros de chiffre d’affaires et Andera Acto entre au capital, pour un peu moins de 30% du capital en lieu et place de Siparex. Comme le précise Olivier Kervella : « nous confortons ainsi notre position d’actionnaires majoritaires. Le management détient désormais plus de 70% du capital et 90% des droits de vote. »

Désormais le ‘’Patron’’ poursuit deux objectifs majeurs : devenir l’un des quatre premiers TO d’Italie, sous la marque Kappa Viaggi et ouvrir de nouveaux hôtels Kappa Senses à l’étranger.

C’est d’ailleurs dans la partie hôtelière qu’Olivier va désormais s’investir le plus, un nouveau métier pour lui, qu’il aborde avec la détermination qu’on lui connaît.

 

Olivier souhaite désormais ‘’réenchanter l’hôtellerie’’ tout en faisant coexister tourisme de loisirs et respect de l’environnement. N’oublions pas que Kappa Club est devenu, et ce dès 2019, le premier tour-opérateur club labellisé ATR (Agir pour un Tourisme Responsable).

Son nouveau challenge, qu’il met en place désormais à travers l’ensemble de ses produits, il le résume de belle manière : « Il faut donc repenser le tourisme, le rendre plus responsable, plus à l’écoute des contraintes éthiques et environnementales. Il est primordial de faire voyager nos clients d’une manière respectueuse, de les inciter à découvrir de nouvelles cultures et à rencontrer les locaux. Le voyage est basé sur le partage, et c’est aussi ce qui construit la société de demain. »

 

Quand on demande à Olivier, son meilleur souvenir, il répond : « la visite effectuée avec ma fille Audrey à l’école que nous avions rénovée, voire reconstruite, avec l’équipe de notre Kappa à Ubud à Bali et voir cette centaine d’enfants qui nous accueillaient avec un grand sourire, heureux désormais d’aller à l’école. Tellement émouvant que nous en avions les larmes aux yeux. »

 

Sa plus grande angoisse : « Ne plus avoir de nouveaux challenges qui me donnent envie de me lever chaque matin. Parce que l’une des clefs du bonheur c’est sans doute d’avoir toujours un désir insatisfait… »

 

Ses plus grands regrets : « Ne pas avoir été très disponible pour mes enfants quand ils étaient jeunes, notamment pour ma fille, qui était l’aînée. J’étais trop centré sur mon travail qui était très prenant à l’époque, et j’étais certainement aussi un peu immature… »

 

Sa plus grande fierté : « mes 2 enfants. »

« Qu'est-ce que cela, soixante ans ? C'est la fleur de l'âge et vous entrez maintenant dans la belle saison » disait Molière.

Olivier lui aussi va être bientôt ‘’dans la fleur de l’âge’’ et quand on observe le parcours exceptionnel de celui-ci, les prises de risques qu’il a su gérer, la résilience qui a été la sienne, les innovations qu’il a apportées, son management basé sur la délégation et la confiance envers ses collaborateurs, on ne peut qu’être admiratif et lui souhaiter tous nos vœux de succès dans sa nouvelle ‘’croisade’’ pour un tourisme ‘’réenchanté’’.

 

 

 

 

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