L’édito de Jean Louis Barroux : « Le transport aérien doit-il craindre pour son avenir, fût-ce à court terme ? Je n’en suis pas convaincu ».
La situation n’est pas simple et les revirements permanents des acteurs interdisent de faire des prévisions quant à la sortie de crise. La complexité est d’autant plus importante pour le transport aérien que ce conflit vient se rajouter à la guerre entre la Russie et l’Ukraine qui est entrée dans sa cinquième année. On n’en finit pas.
Il est tout de même curieux que les belligérants aient autant de peine à se mettre autour d’une table pour trouver un accord sachant qu’à la sortie, ils seront bien obligés de le faire.
Les conséquences pour les compagnies aériennes ne sont pas anodines
Il y a d’abord le récurent problème de l’approvisionnement en carburant. 70% du carburéacteur consommé en Europe provient du Moyen Orient et en particulier du complexe Al Zour du Koweit. Il est clair que cette source de fourniture de Jet A ou Jet A1 va être singulièrement réduite tant que le détroit d’Ormuz ne sera pas réouvert à la navigation. Cela peut prendre plusieurs mois après la fin des hostilités, qui elle, n’est pas pour demain.
Mais le Golfe Persique n’est pas le seul fournisseur potentiel
Les Etats Unis se sont portés à la rescousse et alors que seuls 3% des approvisionnements européens provenaient des US avant le conflit, le montant est maintenant de 40%. De plus il devient possible de trouver de nouvelles sources. Mais, il est fort probable que le prix reste à un niveau très élevé alors que les transporteurs s’étaient habitués à un taux raisonnable, de l’ordre de 65 dollars le baril. Il tourne autour aujourd’hui à plus de 100 dollars et ce peut-être pour longtemps. Alors les compagnies devront refaire leurs calculs de coût de revient et donc de revoir leurs tarifs publics.
Le paramètre du prix
Si comme on peut le penser, les prix vont augmenter de l’ordre de 10% à 15% pour compenser à la fois les coûts du carburant et les allongements de temps de vol, surtout entre l’Europe et l’Asie, il est à craindre que cela freine les ardeurs de déplacements. Les voyages programmés pour le loisir seront sans doute purement et simplement repoussés, les consommateurs d’avion se contentant de déplacements terrestres.
L’expérience de la sortie du Covid
Pourtant pendant la crise sanitaire, les transporteurs n’ont alors pas hésité à augmenter les tarifs de l’ordre de 30% et finalement cela a été plutôt bien accepté par les clients, preuve s’il en est que la course aux tarifs affichés les plus bas est et reste une stupidité dont il faudra bien que le transport aérien se débarrasse.
Mais il y a quelque chose de plus diffus, c’est la peur
Environs 50% des passagers avouent connaître une peur plus ou moins diffuse pour prendre l’avion. Certains ont même des crises d’angoisses et ce n’est pas le parcours du combattant qu’ils doivent subir dans les aéroports qui va les rassurer. Alors si, à cette forme d’angoisse, on ajoute la crainte de se faire attaquer par un drone ou un missile perdu, cela peut largement influencer le comportement des consommateurs. C’est d’autant plus pernicieux que même si les possibilités d’atteinte d’un appareil civil en cas de guerre sont rarissimes, les exemples sont bien réels entre l’appareil de Malaysian Airlines abattu au-dessus de l’Ukraine par des partisans pro-russes, l’Embraer 190 de Azerbaïdjan Airlines atteint par une erreur de la défense aérienne russe encore, ou même lorsqu’un Airbus A300 Iranien a été atteint par un tir de missile américain, mais c’était en 1988. Bref, il ne faut tout de même pas jouer avec les nerfs des militaires chargés de la défense antiaérienne.
Pour autant faut-il que le transport aérien craigne pour son avenir, fusse à court terme ? Je n’en suis pas convaincu.
Même s’il pouvait y avoir ici ou là une certaine restriction de vols, il serait surprenant qu’elle prenne de grandes proportions. Par contre les transporteurs pourront être tentés de regrouper des vols mal remplis surtout lorsque les dessertes sont très denses, comme par exemple l’axe transatlantique.
Gardons à l’esprit que les passagers voyageant pour des motifs touristiques ne font pas que se déplacer en avion : ils ont aussi acheté par anticipation leurs séjours et réservé leurs hôtels ou autres activités de loisir pour bénéficier des tarifs les plus bas. Ils auront beaucoup de peine à annuler leurs vacances.
Il serait donc surprenant que le transport aérien s’enfonce de manière importante. Par contre il est probable que les destinations moyennes orientales qui devenaient très prisées, je pense en particulier aux Emirats, soient largement abandonnées tant que durera le conflit. Les prix d’appels impressionnants qui fleurissent en ce moment ne semblent pas être suffisants pour compenser la peur d’aller vers ces destinations. Cela pourra profiter à renforcer certains pays asiatiques, africains ou les îles des Caraïbes.
Comptons néanmoins sur l’imagination des pays durement touchés pour trouver des solutions. Ils ont fait preuve de leur capacité de résilience par le passé.