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Tourisme : “La France doit choisir si elle veut encore accueillir le monde”


Publié le : 08.04.2026 I Dernière Mise à jour : 08.04.2026
Tourisme : “La France doit choisir si elle veut encore accueillir le monde” I Crédit photo ©Rémi Bain-Thouverez

Auteur

  • Rémi Bain Thouverez

Lors d’une table ronde organisée par la chaire Pegase sur le rôle du transport aérien dans l’attractivité touristique, Nicolas Dayot a livré une intervention coup de poing

 

Entre dénonciation du manque de courage politique et critique d’un système jugé trop fragmenté, le président de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air appelle à un sursaut collectif.

« La première question est simple, presque brutale : est-ce que la France veut encore faire croître son tourisme ? » lance d’emblée Nicolas Dayot, dans un ton sans détour. Pour lui, le constat est alarmant : le tourisme serait devenu « un gros mot » dans le débat public. « Lors des dernières élections municipales, y compris dans des territoires qui vivent du tourisme, on n’en parle plus. Parce qu’à chaque fois que vous prononcez le mot tourisme, vous perdez des électeurs. »

Un paradoxe, selon lui, alors que le secteur reste central dans l’économie française, notamment sur le littoral. « C’est l’éléphant dans la pièce, et pourtant on refuse d’en parler. Il faut un examen de conscience collectif. »

Une stratégie bridée par le manque de volonté

Pour Nicolas Dayot, le tourisme devrait être une grande cause nationale, mais personne ne prend de décisions coordonnées. « Si les Français ne veulent pas plus de tourisme, les responsables politiques ne prendront pas de risques. Mais qu’on le dise clairement. Aujourd’hui, on est dans une forme d’hypocrisie. »

L’un des défis majeurs identifiés est l’allongement de la durée moyenne de séjour, condition essentielle pour augmenter les dépenses touristiques. Mais là encore, les obstacles s’accumulent. « On est perçus comme trop chers. Et ce n’est pas un hasard : la France est l’un des pays les plus taxés d’Europe. Il n’y a pas de miracle. »

Le président de la FNHPA pointe un déséquilibre structurel : « Nous consacrons environ 57 % de notre richesse au secteur public, contre 49 % en moyenne en Europe. Cela représente plus de 200 milliards d’euros par an. Si une partie de ces moyens était orientée vers l’investissement, notamment dans les infrastructures touristiques, nous serions beaucoup plus compétitifs. »

 

Des territoires à potentiel… mais empêchés

Au-delà de la compétitivité, Nicolas Dayot insiste sur le rôle du tourisme dans la cohésion territoriale. « Avec l’industrie, c’est l’un des rares secteurs capables de redynamiser des territoires en difficulté. »

Mais il dénonce une réglementation qui freine toute initiative. « Aujourd’hui, créer ex nihilo un équipement touristique est quasiment impossible. Il faut une accumulation de procédures, d’autorisations, de stratégies annexes… On décourage les porteurs de projets. »

Même l’amélioration des infrastructures existantes se heurte à des blocages. « Prenez les golfs : pour relancer la pratique, il faudrait pouvoir ajouter des hébergements, diversifier les activités. Dans la majorité des cas, c’est impossible. On se tire une balle dans le pied. »

 

Le transport aérien, maillon mal coordonné

Au cœur de la table ronde, la question du transport aérien illustre, selon lui, les failles de gouvernance. « Le tourisme est par nature interministériel. Et c’est là le problème : les arbitrages sont souvent rendus par d’autres ministères, au détriment de l’attractivité touristique. »

Il regrette notamment le manque de coordination entre politiques de transport et stratégie touristique. « On le dit dans les rapports, on le répète dans les colloques : il faut connecter ces politiques. Mais dans la réalité quotidienne, l’alignement des planètes n’existe pas. »

 

Des exemples concrets d’un potentiel inexploité

Nicolas Dayot cite également le secteur fluvial, « une réussite exceptionnelle à Paris », mais sous-exploité ailleurs. « Nous avons un réseau formidable. Mais faute d’investissements et de moyens pour l’aménagement, on ne peut pas développer ces itinéraires. »

Même constat pour de nombreux projets territoriaux : « On perd du temps, parfois des années, et au final on perd des opportunités. »

 

“Il faut une volonté politique forte”

Malgré quelques avancées récentes, comme le Conseil interministériel du tourisme, Nicolas Dayot reste sceptique. « Il y a des intentions, oui. Mais ce qu’il manque, c’est une vraie volonté politique, structurée à la hauteur des enjeux. »

Et de conclure, dans une formule à son image : « La France a tous les atouts pour être une puissance touristique encore plus forte. Mais aujourd’hui, elle hésite à s’en servir. À force d’hésiter, d’autres pays, eux, avancent. »

 

 

 

 

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