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Distribution

Thomas Cook France : comment les juges expliquent la faillite


Publié le : 29.11.2019 I Dernière Mise à jour : 29.11.2019
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Le tribunal de commerce de Nanterre a analysé les raisons de la faillite de Thomas Cook France, chiffres à l'appui. I Crédit photo Adobe Stock

Auteur

  • Manon Gayet

Avant de désigner hier les 11 repreneurs de Thomas Cook France, le tribunal de commerce de Nanterre a analysé les raisons de la défaillance de l’entreprise. Tour Hebdo vous en présente les 5 principaux points.

1/ Les difficultés financières du groupe ont pesé lourdement

« Les difficultés de la société Thomas Cook SAS ont pour origine les difficultés rencontrées par la société mère du groupe Thomas Cook, dont elle fait partie », annoncent d’entrée de jeu les juges qui ont statué sur le sort de la filiale française du voyagiste. Le tribunal de commerce de Nanterre mentionne ainsi, dans son jugement rendu public hier, « malgré la mise en œuvre de mesures (voir ci-dessous, NDLR) et l’augmentation en valeur du marché du tourisme au niveau mondial, qui représente désormais plus de 12% du PIB mondial, le groupe Thomas Cook a annoncé, au premier semestre 2019, une perte d’1,5 milliard de livres tandis que l’endettement net dépassait 1,2 milliard de livres. » Le Brexit, dont le processus traîne depuis deux ans, a aussi pesé dans la balance. Une situation périlleuse qui a conduit le groupe à établir un plan de restructuration et de recapitalisation par un nouvel apport de 900 millions de livres par le groupe chinois Fosun durant l’été. Mais une demande d’augmentation de financement de 200 millions de livres en dernière minute, impossible à boucler, a fait tout basculer dans la nuit du 22 au 23 septembre.

 

2/ La transition vers le digital s’est faite dans la douleur

Ils mettent les voyagistes traditionnels à la peine depuis le début des années 2010, estiment les juges : Airbnb, CouchSurfing, Homechange, Guest to Guest, Booking et autre Expedia. Le tribunal de commerce de Nanterre, qui a rendu publics les noms des 11 repreneurs de Thomas Cook France hier, assure que « le groupe Thomas Cook (…) a dû faire face à l’évolution des modes de consommation et de distribution », l’obligeant à « contrer l’essor d’entreprises » comme Airbnb et consorts. L’historique voyagiste britannique n’est pourtant pas resté les bras croisés, pariant sur le « développement d’initiatives en matière de digitalisation avec notamment le développement d’un réseau e-commerce au sein du groupe » et sur « la réduction et l’optimisation des technologies de l’information et des services supports ». En matière de services digitaux, Thomas Cook France avait d’ailleurs étrenné le nouveau site web BtoB de Jet tours en Crète, quelques semaines seulement avant sa faillite. De nouvelles fonctionnalités devaient d’ailleurs être progressivement intégrées courant 2020.

 

3/ Son activité de tour-opérating coûtait cher

Thomas Cook avait bien créé un tour-opérateur unique pour l’ensemble du groupe pour mutualiser les coûts, et la filiale française avait racheté la marque emblématique Jet tours au Club Med en 2008. Mais le tour-opérating coûte cher et Thomas Cook France en a fait les frais en 2013, 2014 et 2017 avec « trois licenciements collectifs accompagnés de plan de sauvegarde de l’emploi ». Un tour-opérating impacté par l’évolution du modèle de la distribution comme s’en inquiétait Nicolas Delord, président de Thomas Cook France, lors du congrès Manor 2018, juste avant l’annonce du nouveau contrat de référencement Selectour : « Avec de tels taux de commissions, on ne pourra pas défendre nos prix. » Pour un produit balnéaire, on sait en effet qu’aujourd’hui les marges sont faibles. Avec ces taux de commission, elles seront quasi nulles. La solution de répercuter les coûts sur le prix final, payé par le client, apparaît donc comme étant la plus simple. Le patron de la filiale française résumait d’ailleurs la situation des producteurs, dans l’incapacité de fixer leur prix aujourd’hui au profit du marché : « On est écartelés. Les rémunérations augmentent. Les marges baissent. C’est intenable. » Ce, avant d'être nommé TO Gold par Selectour.

 

4/ Le modèle de la distribution a bouleversé sa stratégie

Les points de vente physiques continuent de faire leurs preuves (comme le prouve le rachat massif des agences intégrées de Thomas Cook France et de l’activité groupes, qui permet de sauver 348 salariés) — incitant les réseaux de distribution comme Selectour à être plus gourmands, grignotant les marges. Mais le bouleversement vient aussi des nouveaux modes de consommation du voyage, qui a poussé Thomas Cook à faire monter en gammes ses agences. Ce que le tribunal de commerce explique dans sa décision avec la « rénovation de nombreuses agences intégrées conciliant les avantages des points de vente physique (expertise des agents) avec ceux issus des nouvelles technologies (installation de bornes digitales et de tables tactiles permettant aux clients de naviguer dans les diverses destinations etc) » mais aussi le « développement d’un modèle de distribution reposant davantage sur la franchise ». Des agences franchisées aujourd’hui fragilisées et doivent changer de réseau ou rester totalement indépendantes dans l’urgence. À noter que Thomas Cook France affichait un passif de 218 millions d’euros au moment de sa demande de placement en redressement judiciaire début octobre. Mais les rachats de l’ensemble des repreneurs ne permettent de renflouer les comptes de l’entreprise qu’à hauteur de 1,18 million d’euros.

 

5/ La maison-mère imposait le cash pooling

C’est la pratique qui a fait beaucoup parler d’elle au moment de la défaillance de Thomas Cook France, fin septembre. En effet, « la trésorerie du groupe Thomas Cook est centralisée au niveau de la société Thomas Cook Group Treasury LTD par le biais d’une convention de trésorerie (« cash pooling ») », explique le tribunal de commerce de Nanterre dans le rendu de sa décision. Concrètement, tous les jours, la trésorerie des sociétés du groupe en France (mais aussi des autres filiales européennes), était dirigée vers cette entreprise. Cette dernière reversait dans un deuxième temps « le niveau de trésorerie nécessaire pour couvrir leurs besoins ». C’est ainsi que Thomas Cook France s’est retrouvé dans l’incapacité de payer ses fournisseurs, dont les tour-opérateurs en attente des paiements de l’été. En effet, « la somme de 14 millions d’euros a été récupérée par la société Thomas Cook Group Treasury LTD le 20 septembre ; néanmoins, du fait de la faillite du groupe au Royaume-Uni, les besoins des sociétés françaises n’ont pas été couverts », assure le tribunal. Sans moyen de financements, Thomas Cook France s’est trouvée en cessation de paiements et a donc dû solliciter l’APST pour assurer la continuité pour les 10 892 clients à destination. Avec la suite que l'on connaît...

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