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Le cri d’alarme de Nicolas Brumelot (MisterFly) à Emmanuel Macron : « Vous nous faites vivre une période d’une violence inouïe »


Publié le : 02.10.2020 I Dernière Mise à jour : 02.10.2020
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Nicolas Brumelot, président & cofondateur de MisterFly.  I Crédit photo ©DR

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  • La rédaction

Face aux difficultés du secteur et l’absence de mesures adaptées, le patron de MisterFly, Nicolas Brumelot, a décidé d’écrire une lettre ouverte à Emmanuel Macron. Tour Hebdo la publie dans son intégralité. 

En difficultés face à la crise sanitaire, la direction de MisterFly a annoncé il y a quelques jours la mise en place d'un plan de sauvegarde de l’emploi, passant par le licenciement de 56 salariés. Son président et cofondateur, Nicolas Brumelot, en appelle aujourd’hui à l’aide dans une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron et son gouvernement. La voici en intégralité. 

 

"Monsieur le Président,

Votre intervention aujourd’hui sur la psychologie de l’économie devant un parterre d’entrepreneurs alors que cela fait une semaine que je vis avec un profond sentiment de tristesse et de culpabilité à après l’annonce il y a une semaine jour pour jour d’un plan social, m’amène à reprendre la plume pour vous dire ce que je ressens et ce que je pense à travers une énième lettre ouverte. J’espère que celle-ci, enfin, ne restera pas sans réponse et surtout sans suite … 

Il y a une semaine j’ai eu la lourde et pénible tâche d’annoncer aux salariés de mon groupe que nous étions contraints de réduire (encore) nos effectifs du fait des conséquences du COVID-19. Depuis je dors mal, je suis attristé, j’ai honte, et je suis en colère.

Quelques éléments de contexte: l’entreprise que j’ai cofondée et que je préside, est une agence de voyage « nouvelle génération » née il y a tout juste cinq ans. L’entreprise a connu un succès spectaculaire : 540M€ de volume d’affaires annuel en 2019, de nombreuses récompenses, le soutien d’investisseurs de renom et 455 emplois à la clé.

Ce succès nous le devons à nous et à nos équipes. Nous avons pris nos risques d’entrepreneurs, porteurs d’un projet et d’une vision autour de valeurs humaines fortes, nous avons fédéré une équipe, nous avons su attirer des investisseurs et nous avons gagné la confiance d’enseignes et de partenaires prestigieux. 

Nous avons même été salués par votre gouvernement comme « pépite tech », lauréat du Pass French Tech, et promotion 2019 de la French Tech 120.

Notre plus grande fierté : avoir créé 455 emplois.

Alors quand vous devez vous séparer de ceux qui vous ont fait confiance et qui ont contribué à votre succès, c’est extrêmement difficile, douloureux et culpabilisant. 

Cela me rend très triste car, tous ceux qui sont déjà partis et tous ceux qui vont devoir partir, n’y sont pour rien et j’en suis profondément désolé.

Je suis également profondément désolé pour les clients qui nous ont confié la réservation de leurs vacances dont ils ont été privés à cause de la crise sanitaire. 

Nous sommes pris en défaut sur la qualité de service alors que c’est l’un des piliers de notre promesse et que c’est au cœur de notre proposition de valeur.

Les licenciements et le niveau de qualité de service actuelle me révoltent et me mettent en colère parce que c’est la conséquence de mesures décidées par d’autres et qui sont coupables d’inaction !

J’en veux à votre gouvernement, incapable de mesurer les conséquences de ses décisions. Personne ne mesure l’utilité ou l’efficacité même de ces mesures. Personne n’assume les conséquences des décisions ; Il règne une impréparation inouïe qui serait impensable en entreprise. 

Comme si cela n’était pas suffisant, vous tentez de nous faire croire que l’économie serait de la psychologie car d’après vous « Il faut partout où on le peut, relancer, relancer et dès maintenant, il ne faut pas attendre que tout soit simple, clair et transparent. L’économie ce sont des chiffres, des résultats qui viennent souvent constater les résultats d’une volonté »

Vous avez achevé de me convaincre que ceux qui nous gouvernent sont déconnectés des réalités. C’est la défaillance de tout un système qui n’a jamais su se réinventer et s’adapter aux évolutions de la société.

Expliquez-moi comment il suffirait d’avoir la volonté, pour relancer une industrie comme celle du voyage (agences de voyages, tour-opérateurs, compagnies aériennes, hôteliers, croisiériste etc…), à l’arrêt depuis plus de six mois à cause des mesures que vous avez prises et qui rendent pour ainsi dire impossible tout voyage ? 

En plus de la difficulté d’assumer le rôle de chef d’entreprise en ces temps de crise historique, vous ne proposez aucune perspective « parce que vous ne savez pas dire la date de fin du virus et qu’en attendant, on doit foncer, avancer, croire, diversifier, investir »

Vous devriez commencer par prendre des mesures qui permettraient à l’industrie du voyage et des transports de repartir. L’Europe politique n’est même pas capable d’adopter des mesures sanitaires coordonnées et harmonisées. Ce n’est pas faute de propositions des professionnels, compagnies aériennes comme voyagistes et de leurs organisations représentatives.

En d’autres temps, cela prêterait probablement à sourire. Mais pas en temps de guerre! Élevez-vous à la hauteur de la gravité historique de la crise. Vous avez rendez-vous avec l’histoire, rien de moins que cela. Pour l’instant et pour l’industrie du tourisme et du voyage dans son ensemble, c’est un rendez-vous manqué.

La période que nous vivons, celle que vous nous faites subir, est d’une extrême violence.

Il y a la violence sanitaire avec les morts et les malades, l’exposition, au péril de leur vie, des personnels soignants. 

Il y a la violence psychologique qui accompagne le confinement, les restrictions, les interdits, la mise à l’écart forcée, les gens masqués, la peur de l’autre, l’angoisse, la stigmatisation, l’absence de perspective... 

Il y a la violence économique, avec des centaines de milliers d’emplois déjà détruits, des milliers d’entreprises qui ont définitivement baissé le rideau, et des milliers d’autres qui vont bientôt rejoindre ce terrible et sinistre décompte.

Il y a l’inimaginable et terrifiant drame humain, social, et sociétal qui va en résulter. 

Imaginez ce que doit endurer une entreprise de l’industrie du tourisme et des voyages : plusieurs mois de confinement, la fermeture des frontières, les restrictions de voyage, la parodie des tests, les quarantaines, l’incapacité d’harmoniser les conditions entre pays membres d’une même union, l’annonce permanente de nouvelles mesures, restrictions, conditions ! Il n’est donc pas surprenant que l’activité tout entière de cette industrie a été mise à l’arrêt depuis six mois ! 

Cela a provoqué un effondrement des réservations de voyages, aussi spectaculaire que brutal et historique. Les mesures prises saignent à blanc les entreprises de toute notre industrie et rien n’est fait pour changer cela.  

Alors non, Monsieur le Président, l’économie, en tout cas pas celle des entreprises, certainement pas celle des TPE et PME, et encore moins celle liée au tourisme, ne repose pas sur la psychologie comme vous l’affirmez. Il ne suffit pas de le vouloir pour le pouvoir, certainement pas pour faire voler et remplir des avions, ou pour donner envie, et la possibilité, aux gens de voyager.

Les voyagistes se sont mobilisés dès le début de la crise pour rapatrier les clients aux quatre coins du monde et pour tenter de gérer les annulations. 

Tenter parce que les compagnies aériennes, elles-mêmes en grande difficulté, ne pouvaient pas rembourser les clients. Qu’a fait le gouvernement pour venir en aide aux passagers qui demandaient le remboursement de leurs vols annulés comme le prévoit la loi et comme la Commission européenne n’a eu de cesse de le rappeler ? 

Il a fait le choix de protéger les « fleurons ». Il a abandonné les passagers et a laissé les voyagistes subir la fronde et la colère que cela a provoqué chez les consommateurs. 

Le gouvernement n’est pas intervenu pour faire respecter le droit des passagers, malgré les rappels à l’ordre de la Commission européenne, malgré la procédure engagée par la Commission contre la France, sans jamais un mot pour les consommateurs ou leurs voyagistes. 

Il les a laissés tomber et a sacrifié au passage les voyagistes, sans doute parce que constitués principalement de micro-entreprises TPE et PME, nous ne présentons aucun pouvoir de nuisance. 

Nous avons dû subir et nous adapter afin de répondre au tsunami d’annulations et de demandes de remboursement des passagers avec des politiques de compagnies aériennes, souvent illégales, qui ont changé à plusieurs reprises, généralement différentes d’une compagnie à l’autre, sans aucune compensation, sans rentrée de chiffre d’affaires et sans réel soutien autres que des demi-mesures.      

Nos salariés subissent l’incompréhension des clients. Ils sont soumis à une pression insupportable, croulent sous les relances pour les plus chanceux et se font insulter pour les autres, qualifiés de menteurs, voleurs ou d’incapables. 

Ils sont soumis à une violence psychologique inimaginable. Et dire qu’ils pensaient vendre des rêves d’évasion. Ils doivent maintenant subir l’incertitude de l’avenir après l’annonce de notre plan social. Pour vous en convaincre, je partage l’extrait du message de désarroi de l’un de nos collaborateurs posté sur les réseaux sociaux : « Voir l’industrie du tourisme s’effondrer, mon entreprise se battre pour peut-être survivre… voir mon service remboursement se faire laminer comme si nous étions de vrais incompétents alors qu’on donne le max devient terriblement difficile à supporter et à traverser. Il faudrait que nous ayons une cellule pour agents de voyages pour nous aider tous moralement ».  

Il n’y a pas de méthode Coué qui marche pour nous. Comment faire autrement que de licencier avec une activité qui s’est effondrée de plus de 80% depuis six mois et sans aucune perspective de reprise ? Vous n’en donnez d’ailleurs aucune et vous n’en permettez aucune, le gouvernement étant incapable de prendre des mesures permettant et donnant envie de voyager. 

Nous avons créé 455 emplois chez MisterFly. L’état en a détruit la moitié ! C’est écœurant et cela me révolte car c’est nous, chefs d’entreprises et salariés, qui devons assumer, subir et souffrir des conséquences de vos décisions et l’absence de mesures de soutien adaptées pour amortir le terrible choc.  

Votre responsabilité est de consacrer tous vos efforts pour protéger les plus faibles, les plus vulnérables et les plus exposés. Les entreprises du tourisme et en particulier les voyagistes (agences de voyages et tour-opérateurs) sont menacées. De nombreux dirigeants et représentants de nos professions ne cessent de lancer des fusées de détresse et à juste titre. 

Le président de notre syndicat professionnel a alerté votre gouvernement du risque d’avoir des drames de chefs d’entreprise et de familles qui ont investi leur vie entière dans leur activité, sans parler des 35 000 salariés qui y travaillent. Il faut prendre au sérieux cette alerte car de nombreux « patrons » ont engagé leurs biens personnels pour obtenir les garanties financières réglementaires nécessaires à l’exercice de cette profession réglementée. Des drames professionnels et personnels se jouent et tout cela dans la plus grande indifférence.

C’est l’état d’urgence économique et psychologique qu’il faut décréter pour les voyagistes !

L’heure est grave. La France souffre, la France gronde et la colère enfle. Vous avez une responsabilité historique. Commencez par assumer les conséquences de vos décisions et de vos mesures, quoi qu’il en coûte. Soyez au plus proche des réalités du terrain, soyez concrets et agissez avec l’urgence que dicte la situation.

L’horizon de temps de survie des entreprises, en particulier celles de l’industrie du tourisme qui subit un pilotage à vue, la précarité, la pauvreté qui explose, le désastre humain, social et économique, ne doit souffrir aucune attente et ne peut plus souffrir aucun calcul, demi-mesure ou autre tergiversation.

Aux sentiments de profonde tristesse, de culpabilité et de colère succède un sentiment d’inquiétude ! 

Vous nous faites vivre une période d’une violence inouïe et votre incapacité à aller au plus proche des réalités du terrain, à continuer d’appliquer des recettes du passé, à ne pas tout faire pour contenir les conséquences de vos décisions, renforcera le profond sentiment d’injustice sociale qui existait déjà en France avant le déclenchement de cette crise historique.  

Les conséquences de vos décisions font vaciller l’industrie du tourisme tout entière. Il est encore temps de prendre des mesures adaptées, efficaces et pérennes pour éviter une catastrophe imminente pour reprendre la demande d’une consœur. Je vous en conjure, sauvez le soldat voyagiste !"

Nicolas Brumelot

Président & cofondateur MisterFly 
 

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