En reprenant l’ancien Hyatt Regency de Roissy, le groupe néerlandais Van der Valk se donne un objectif clair : faire du Van der Valk Paris CDG Airport la nouvelle référence de la place aéroportuaire. Rénovation complète, montée en gamme MICE, labels RSE, ancrage territorial… Nanda Luiten, directrice générale de l’établissement 4 étoiles, détaille sa feuille de route
Van der Valk est bien plus qu’une marque d’hôtellerie. C’est une véritable success story familiale, unique en Europe, qui dure depuis… 1929. Nanda Luiten appartient ainsi à la 4e génération de la famille Luiten – Van der Valk. Elle est née en France au sein d’une fratrie de cinq enfants puisque ses parents, originaires des Pays-Bas, se sont installés sur la Côte d’Azur en 1983.
En 2008, Nanda prend la gestion d’un premier établissement, l’hôtel Van der Valk Catalogne, qu’elle dirige pendant dix ans. Elle poursuit ensuite son parcours en tant que directrice opérationnelle du Van der Valk Liège Congrès (2018–2021), puis directrice F&B au Van der Valk Eindhoven (2021–2022). De 2022 à 2024, elle pilote l’ouverture et la gestion de l’hôtel Van der Valk Bloom, avant de prendre la tête du tout nouvel établissement Van der Valk Paris CDG Airport en novembre 2024, associée à son frère Freek Luiten, président-directeur général de l’établissement.
Tour Hebdo : Comment résumez-vous aujourd’hui la stratégie de développement du groupe, en particulier en France ?
Nanda Luiten : Historiquement, tout est parti des Pays-Bas. C’est là que nos arrière-grands-parents ont créé le premier établissement Van der Valk. Le pays est aujourd’hui quasiment saturé de nos hôtels, ce qui nous a naturellement poussés à nous développer en Allemagne, en Belgique, puis dans d’autres pays européens.
En France, nous avons un ancrage de longue date avec l’hôtel de Fréjus, exploité par ma famille depuis plus de 40 ans. Il y avait donc une logique à renforcer notre présence française, à condition de le faire sur des emplacements vraiment stratégiques. Notre ligne directrice est simple : nous positionner dans ou à proximité immédiate des grandes capitales et hubs européens. C’est exactement ce qui nous a menés à Roissy-Charles-de-Gaulle.
Nous gérons aujourd’hui, dans ma branche familiale, une vingtaine d’hôtels au sein d’un ensemble de plus de 120 hôtels Van der Valk en Europe. À court terme, l’enjeu n’est pas de multiplier les acquisitions, mais d’investir massivement dans la rénovation et la montée en gamme de notre parc existant, dont Paris CDG Airport fait désormais partie.
Crédit photo : Violaine Cherrier
Tour Hebdo : Pourquoi avoir choisi précisément Roissy et cet ancien Hyatt Regency ?
Nanda Luiten : Nous avons été approchés par un agent spécialisé dans les transactions hôtelières qui nous a présenté l’actif début 2024. La première visite a été un déclic : un bâtiment iconique, une architecture spectaculaire avec l’Atrium de 22 mètres de hauteur, 390 chambres, plus de 2 000 m² d’espaces de séminaires et 64 hectares de terrain. Pour un groupe comme le nôtre, qui sait gérer de gros volumes tout en restant familial, c’était un terrain de jeu idéal.
Roissy, c’est un nœud stratégique : l’aéroport, bien sûr, mais aussi le Parc des Expositions de Villepinte, Le Bourget, la proximité de Paris, les grands projets de mobilité (LGV, Grand Paris…). Nous avons rapidement vu le potentiel : un hôtel aéroportuaire qui ne soit pas seulement un lieu de transit, mais une véritable destination MICE et bleisure. Nous avons finalisé le rachat (murs et fonds) et l’inauguration sous enseigne Van der Valk en novembre 2024.
Tour Hebdo : Vous avez engagé un vaste programme de rénovation. Où en êtes-vous et à quoi ressemblera l’hôtel une fois le chantier achevé ?
Nanda Luiten : Nous avons commencé très vite, dès janvier 2025, soit quelques semaines après la reprise. La priorité absolue était l’hébergement. Les clients viennent d’abord pour dormir, donc les chambres devaient être à la hauteur de nos ambitions, avec un premier lot de cent chambres livrées en juin 2025. Un second lot de 80 chambres supplémentaires, dans le même bâtiment nord, permettra de disposer fin 2025 d’un premier corps de bâtiment entièrement neuf côté hébergement. Nous n'avons gardé que les murs et mis les chambres complètement à nu. Électricité, climatisation, réseau, mobilier, salle de bain… Tout a été changé et modernisé.
Crédit photo : VDV Paris by Rob van der Voort Photography
En 2026, nous enchaînons avec les phases 3 et 4 sur le bâtiment sud : environ 200 chambres supplémentaires, avec l’objectif de proposer plus de 300 chambres Deluxe rénovées d’ici mi-octobre 2026. En parallèle, nous travaillons sur les espaces communs : création d’un nouveau restaurant, requalification du jardin intérieur pour relier de façon fluide l’Atrium, rénovation de la terrasse extérieure, modernisation progressive de l’atrium, du lobby, des circulations… afin de faire de l’hôtel un véritable lieu de vie.
Plus loin dans le calendrier, nous avons un très beau projet autour de la piscine et d’un futur spa (hammam, sauna, éventuellement un bain froid). L’espace existe déjà, sous le centre de fitness, avec une belle hauteur sous plafond et un accès à une terrasse extérieure semi-privative avec transats. Nous visons une réouverture de la partie piscine et bien-être en 2027, le temps de repenser complètement le concept et le parcours client.
Crédit photo : Violaine Cherrier
Tour Hebdo : Vous revendiquez une « hospitalité hollandaise » et un esprit « Maison ». Concrètement, qu’est-ce que cela change pour le client ?
Nanda Luiten : D’abord, cela se voit dans le design et l’aménagement. Nous avons un bureau d’architecture intérieure en interne et, pour Paris CDG, c’est ma sœur qui a signé le projet. Nous faisons nous-mêmes nos choix : matériaux, couleurs, mobilier, détails fonctionnels. L’idée est que le client se sente « comme à la maison, mais un peu mieux » : des chambres spacieuses (27 m² minimum), des rangements ouverts, pratiques quand on reste une nuit ou deux, des prises judicieusement placées, des ports USB, du Chromecast pour retrouver sa série Netflix, des couleurs chaleureuses (beaucoup de vert, ma couleur préférée…), des matières naturelles, des canapés que les clients ont envie d’avoir chez eux… et qu’ils nous demandent régulièrement ! Ce n’est pas un luxe ostentatoire ; c’est un confort sincère, chaleureux, sans fioriture, typiquement nord-européen, auquel on ajoute la convivialité et une grande attention au détail.
Crédit photo : VDV Paris by Rob van der Voort Photography
Tour Hebdo : Vous êtes issue de la 4ᵉ génération Van der Valk. En quoi cet héritage familial influence-t-il votre manière de diriger l’hôtel ?
Nanda Luiten : C’est un point clé de notre modèle : dans chaque hôtel Van der Valk, un membre de la famille est réellement à la tête de l’établissement. Nous ne sommes pas simplement des noms sur un organigramme. Concrètement, cela veut dire que je suis présente sur le terrain, visible, accessible pour les équipes comme pour nos clients ; que nous prenons des décisions avec une vision de long terme, en pensant au patrimoine que nous construisons pour la génération suivante ; et que nous mettons beaucoup de nous-mêmes dans les hôtels : un style, des couleurs, des détails qui nous ressemblent.
Je suis née en France, j’ai grandi dans l’hôtel familial de Saint-Aygulf, j’ai dirigé des établissements à Barcelone, Liège, Eindhoven, puis Bloom aux Pays-Bas. L’hôtellerie, je l’ai dans le sang. Chez nous, on ne dirige pas un hôtel comme un simple actif financier : on le fait vivre comme une maison que l’on transmet. Donc nous préservons ce modèle héréditaire et cette transmission de génération en génération. C'est ce qui fait véritablement la particularité de notre marque. Et c’est ce qui rend un hôtel bien plus humain.
Tour Hebdo : Votre ambition est affichée : devenir « le meilleur établissement de Roissy ». Comment comptez-vous vous différencier dans un environnement dominé par des marques internationales très puissantes ?
Nanda Luiten : Nous sommes lucides : Van der Valk n’a pas la puissance de feu internationale d’Accor, Hilton ou Marriott. Alors nous nous sommes posé une question très simple : comment jouer dans la même cour sans être un géant ? La réponse est simple : en étant meilleurs !
- Un meilleur produit : des chambres entièrement refaites, des espaces généreux, une vraie montée en gamme des équipements.
- Un meilleur service : une équipe stable – certains collaborateurs sont là depuis plus de dix ans – reconnue par les clients pour son accueil et son professionnalisme.
- Une expérience plus humaine : un esprit maison, un lien direct avec la direction, des événements qui font vivre l’hôtel au-delà du simple transit.
C’est un gros défi, mais nous savons le faire : nous avons déjà des hôtels 4* très haut de gamme au sein du groupe. Et le bouche-à-oreille fonctionne très bien sur un marché comme Roissy. À nous de créer cette préférence. Finalement, tout le monde se connaît dans le milieu de l'hôtellerie à Roissy. Nous sommes concurrents mais il y a beaucoup d’échanges. Nous sommes pleinement intégrés à la zone Paris Nord 2, dont nous faisons partie. Il y a eu beaucoup de curiosité autour de notre arrivée, et aussi beaucoup d’encouragements. Les acteurs locaux veulent que ce projet réussisse : c’est bon pour l’attractivité de la zone.
Crédit photo : VDV Paris by Rob van der Voort Photography
Tour Hebdo : Quel est votre mix de clientèle et quelle est la place du MICE dans votre stratégie ?
Nanda Luiten : Nous avons une clientèle très diversifiée : des clients affaires, des compagnies aériennes et équipages, des voyageurs en transit qui recherchent confort et efficacité, des groupes loisirs internationaux (notamment asiatiques) qui visitent Paris, sans oublier la clientèle locale, qui vient pour le brunch, le restaurant ou certains événements. Mais l’ADN de l’hôtel, c’est clairement le MICE. Aujourd’hui, la part MICE est encore inférieure à 50 %, car l’hôtel a souffert de la vétusté des installations avant la reprise. Notre objectif est clair : atteindre 60 % de MICE et 40 % de clientèle individuelle, en reconstruisant progressivement notre portefeuille et notre notoriété.
Crédit photo : VDV Paris by Rob van der Voort Photography
Tour Hebdo : Quelles sont vos priorités pour renforcer l’activité MICE ?
Nanda Luiten : Nous avons déjà commencé par le plus urgent : moderniser l’infrastructure technique. 90 000 € ont été investis, dans un premier temps, dans le matériel de séminaire : écrans géants intégrés, vidéoconférence, connectivités renforcées, écrans modulables, etc. La grande plénière a été rééquipée avec des écrans et des systèmes bien plus performants et faciles à utiliser. Nous écoutons nos clients aussi pour améliorer notre offre en continu. Nous avons ainsi acheté 200 nouvelles tables de séminaire, plus qualitatives et modulables. Nous sommes en cours de refonte complète du Wi-Fi, devenu un critère non négociable pour les organisateurs. Ensuite, nous jouons à fond la carte de la polyvalence : cocktails dans l’Atrium, ateliers en petits groupes dans les salles du campus, dîners privatisés, événements à thème… L’idée, c’est que les organisateurs puissent raconter une histoire à leurs participants en exploitant la diversité des espaces.
Crédit photo : VDV Paris by Rob van der Voort Photography
Tour Hebdo : On parle beaucoup d’IA, de check-in automatisé, de robots en hôtellerie. Comment voyez-vous l’évolution des hôtels aéroportuaires d’ici 2030 ?
Nanda Luiten : On l’a vu avec le Covid. On s’est dit que tout le monde allait télétravailler. Et finalement, non. Nous avons besoin de nous voir, de nous rencontrer, d'échanger. Et c’est ce que nous souhaitons mettre en avant. Van der Valk Paris CDG Airport, c’est un espace où l’on échange et où l’on se sent bien. Et dans lequel on peut aussi travailler. Ici, tout le monde se mélange : familles, touristes, professionnels.
Toutefois, il y aura, c’est certain, de plus en plus de technologie, à travers des parcours clients digitalisés, des check-in et check-out automatisés, des robots pour certaines tâches de service. Mais je suis convaincue d’une chose : l’humain restera au centre. Notre positionnement chez Van der Valk consiste à mettre la technologie au service de la relation, et non l’inverse. La tech est là pour faciliter les choses. Donc nous digitalisons ce qui peut faciliter la vie de nos clients et de nos équipes. Mais nous voulons garder des espaces où l’on se parle, où l’on se retrouve en famille, entre collègues, entre amis. Pour moi, l’avenir de l’hôtellerie premium, c’est cet équilibre entre la technologie et le côté humain. Et c’est exactement notre ambition avec le Van der Valk Paris CDG Airport : transformer l’établissement en un lieu vivant, durable et inspirant, qui compte dans l’écosystème MICE parisien.