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Sandrine de Saint Sauveur, présidente du groupe APG : Le grand entretien


Publié le : 09.03.2026 I Dernière Mise à jour : 09.03.2026
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Auteur

  • Rémi Bain Thouverez

20 ans de présidence avec la satisfaction d’afficher une profitabilité saine, 170 compagnies aériennes clients, des produits novateurs, 3000 contrats et un effectif en progression de 10 % dans le monde. Des bonnes raisons pour mieux connaître Sandrine de Saint Sauveur

Tour Hebdo : APG est une entreprise multinationale. Comment se porte-t-elle dans le contexte actuel ?

Sandrine de Saint Sauveur : Oui, nous sommes une entreprise multinationale, mais une petite multinationale avec une croissance saine car organique et mondiale.

Tour Hebdo : Quand même plus de 100 bureaux dans le monde et 170 pays représentés…

Sandrine de Saint Sauveur : Pour apporter un service complet à nos clients, il s’agit en effet de couvrir la quasi-totalité du monde ? Mais plus que l’étendue de notre réseau, je considère que la plus forte valeur ajoutée d’APG réside dans la qualité du maillage que nous avons construit patiemment depuis des années. Vous me demandez comment se porte l’entreprise dans le contexte actuel ? Et bien justement c’est notre solidarité, notre entraide et surtout notre altérité qui nous permettent d’affronter les difficultés successives du moment et de parvenir à les dépasser.

Tour Hebdo : Pourquoi ‘’surtout altérité’’ ?

Sandrine de Saint Sauveur : Ce mot représente celui qui reflète le mieux notre identité. L’altérité c’est l’acceptation de l’autre dans sa différence. Cette notion prend tout son sens dans un réseau mondial ou cohabitent des cultures et des religions ou s’entrechoquent des points de vue opposés et une façon de penser différente. Chez APG, cette diversité représente pour nous une richesse qui rapproche et non une différence qui oppose.

Tour Hebdo : Ça semble magique, justement dans le contexte actuel

Sandrine de Saint Sauveur : Aucune magie dans ce que je viens d’évoquer, mais bien une volonté de construire ensemble, depuis des années, des relations fructueuses basées sur la considération de chacun et la faculté de se solidariser à travers différents savoir-faire métier. Le World Connect en est l’illustration la plus visible. Nous réunissons en un seul lieu des personnes qui viennent de très loin pour rencontrer les grands décideurs du transport aérien. Une belle occasion de partager les informations essentielles sur le business tout en faisant fructifier les connaissances et les amitiés.

Tour Hebdo : Vous organisez également les déjeuners APG

Sandrine de Saint Sauveur : Même ambition : réunir 4 fois par an les protagonistes du secteur à l’occasion de déjeuners conviviaux où chacun peut rencontrer et échanger avec ses concurrents en toute transparence. Nous tenons à maintenir et favoriser cet ADN d’entreprise : placer l’humain au même niveau que les considérations liées au business lui-même.

Tour Hebdo : C’est une belle phrase qui fait échos aux approches RSE du moment

Sandrine de Saint Sauveur : Sauf que chez APG c’est natif. Ce ne sont pas de belles phrases, mais une réalité qui permet à notre bureau en Jordanie de communiquer, de partager ou d’échanger avec son collègue à Tel Aviv et vice versa. L’ensemble de notre réseau fonctionne de cette façon. Nous avons construit une interdépendance constructive basée essentiellement sur la confiance.

Tour Hebdo : À vous entendre, nous pourrions penser que vous préférez parler d’altérité ou de confiance plutôt que de performance ou de chiffres …

Sandrine de Saint Sauveur : Je peux les évoquer : une croissance à 2 chiffres avec une profitabilité saine, plus de 170 compagnies aériennes clients, des produits novateurs comme notre plateforme de distribution directe, 3000 contrats et un effectif en progression de 10 % dans le monde. Mais vous avez raison, pour moi la réussite repose, certes, sur sa rentabilité, mais aussi bien sûr, sur notre capacité à donner à nos collaborateurs un cadre de travail qui s’organise autour de la confiance et du respect.

Tour Hebdo : Mais vous êtes à la tête d’une entreprise qui pour perdurer doit faire du profit. Comment concilier les valeurs de confiance et de respect avec la réalité des affaires ?

Sandrine de Saint Sauveur : En tant que chef d’entreprise, je peux vous affirmer que vous en avez toute la latitude. Au cours d’une journée, il se présente 10 ou 20 occasions de faire des choix avec les alternatives qui vont avec. Si vous vous posez la question systématiquement : qu’est-ce qui est le plus favorable pour l’entreprise tout en étant juste pour mes équipes, mes collaborateurs, mes partenaires ? Je vous assure que vous pouvez construire sur la durée un climat de confiance qui sera de toutes les façons bénéfiques pour les affaires.

Tour Hebdo : Permettez-moi de grossir le trait pour tenter de bien vous comprendre. Vous évoquez les choix. Très bien. Mais dans la vraie vie, les choix peuvent être douloureux ou difficiles. APG ne peut pas y échapper ?

Sandrine de Saint Sauveur : Permettez-moi de répondre, avec ma petite expérience, que ce n’est pas le choix en lui-même qui compte, mais la façon dont vous le gérez.

Tour Hebdo : C’est-à-dire ?

Sandrine de Saint Sauveur : Il ne s’agit donc pas de se focaliser sur la nature du problème, mais dans la façon de l’appréhender. Ce comportement apporte davantage de marges de manœuvre à votre libre arbitre pour insuffler l’esprit d’entreprise qui vous anime. Autrement dit : ne pas se retrouver comme le lapin tétanisé par les phares de la voiture. Devant les évènements, il faut agir et non pas réagir.

Tour Hebdo : Plus précisément ?

Sandrine de Saint Sauveur : Si vous réagissez, c’est l’évènement qui prend le pouvoir sur vous. Vous ne le contrôler pas ou mal. Si vous le considérez comme de la matière à travailler, vous garder tout votre potentiel pour mettre en œuvre les solutions que vous considérez être les plus justes.

Tour Hebdo : minimiser les choses en quelque sorte

Sandrine de Saint Sauveur : Non, c’est n’est pas ce que je dis. Il ne s’agit pas de se mettre des œillères. Au contraire, il faut affronter la réalité en face. Mais si vous n’avez pas le contrôle sur les évènements que le destin détermine pour vous, vous avez la liberté de choisir comment vous comporter face à eux. Cette démarche vous donne plus de moyens pour prendre les décisions les mieux adaptées à la situation et en particulier à celles concernant l’équilibre de vos équipes. Votre énergie peut alors se concentrer sur la portée du choix que vous allez mettre en action.

Tour Hebdo : Vous avez une approche très RH ?

Sandrine de Saint Sauveur : Je ne me reconnais pas dans ce point de vue et d’ailleurs je trouve ce mot RH très laid. Je préfère m’identifier à une personne animée par une philosophie d’entreprise qui s’efforce d’apporter un contexte humanisant pour ses collaborateurs. Cela peut vous paraître idéaliste, mais je constate tous les jours qu’une organisation interne basée sur la confiance et le respect devient une ligne directrice vertueuse qui s’impose à tous : salariés et partenaires. Il faut croire que ça ne marche pas trop mal, puisque le ressenti de nos collaborateurs, que nous mesurons à l’occasion de nos réunions comme de nos séminaires, est bien celui-là.

Tour Hebdo : Et quel est votre ressenti à vous ?

Sandrine de Saint Sauveur : Un constat qui fait suite à nos propos et qui me paraît primordial. Un problème, une difficulté ou un évènement problématique ne sont pas négatifs en eux même ou la conséquence d’une justice immanente, arbitraire voir injuste. Au contraire, ce sont des occasions de rebondir, de grandir et d’évoluer. Un concurrent arrive ? Quels sont ses points forts et comment nous améliorer par rapport à lui. Un client nous quitte ? Avons été suffisamment attentif. Un collaborateur est débauché ? Quelle solution pour mieux nous organiser… les exemples sont infinis, mais toujours avec la même finalité : chercher à nous améliorer en prenant appui sur les épreuves de l’existence. Il en est de même pour votre vie personnelle comme celle à l’intérieur de l’entreprise.

Tour Hebdo : ça marche ?

Sandrine de Saint Sauveur : Excellemment, car l’expérience vous apprend que les bonnes solutions sont les plus faciles à mettre en œuvre. Quand tout devient rugueux, alambiqué, complexe, soyez persuadé que vous faites fausse route. Tout réside finalement dans une philosophie comportementale appropriée.

Tour Hebdo : On peut être chef d’entreprise et philosophe ?

Sandrine de Saint Sauveur : Les grands mathématiciens sont tous des philosophes. Je ne suis pas à la tête d’une grande entreprise et je ne suis pas une grande philosophe. Mais je peux aspirer à rendre mon entreprise plus grande et progresser dans le domaine des valeurs humaines. Pourquoi y aurait-il une dichotomie entre les 2 mondes ?

Tour Hebdo : Justement, quelle est votre philosophie d’entreprise ?

Sandrine de Saint Sauveur : Elle n’est pas différente de celle qui m’anime personnellement. Tout doit marcher ensemble et en même temps. Le principe de l’évolution s’applique de la même façon dans votre quotidien comme dans votre travail. Vous évoluez grâce aux personnes dans votre entreprise et ensuite, vous en faites profiter l’entreprise pour la faire évoluer à son tour. Vous entrez dans un cercle vertueux.

Tour Hebdo : Vous ne vous donnez pas trop de pression ?

Sandrine de Saint Sauveur : Non, pourquoi ? Au contraire. C’est tout l’inverse. Savoir que vous n’êtes jamais seul apporte beaucoup de rassurance. Avoir la conscience de faire partie d’une entité, même si c’est de l’ordre de l’impalpable, vous libère de la matérialité qui généralement s’accompagne de peurs ou des frustrations. Affronter la vie sous l’angle de l’évolution non seulement donne un sens à votre existence, mais apporte aussi davantage de sérénité.

Tour Hebdo : Pour conclure comment faire exister une Sandrine à côté d’un Jean Louis Baroux

Sandrine de Saint Sauveur : Mon père est un bâtisseur. Mieux que ça, il est un chaman qui s’ignore. Je veux dire par là qu’il superpose à ses qualités objectives d’entrepreneur, une faculté plus intuitive de percevoir les directions à prendre. Je l’écoute. Mais j’ai ma propre démarche. Celle qui consiste à animer une communauté qui se construit autour de la solidarité afin d’évoluer ensemble pour le bien de tous. Voilà le moteur de mon existence, pour mon entreprise et pour moi.

Tour Hebdo : C’est exigeant ?

Sandrine de Saint Sauveur : J’avoue qu’il faut s’imposer une discipline rigoureuse. Oui, elle est exigeante et demande de l’autorité, mais elle euphorise.

Tour Hebdo : Dernière question plus personnelle : est-il possible d’être heureux malgré les responsabilités d’une entreprise multinationale ?

Sandrine de Saint Sauveur : Une dernière question qui appelle à bien des réponses… mais je n’élude pas. Je vous réponds de la façon suivante : tous les matins je m’émerveille. Ça peut être avec le chant des oiseaux, la lumière du jour naissant, la musique que j’ai entendue et qui me reste dans la tête, une belle conversation, etc. J’ai le choix de m’émerveiller ou non. J’exerce ma liberté, qu’il fasse beau ou pas. Cette philosophie comportementale basée sur une disponibilité intérieure vous rend moins dépendant de l’extérieur. C’est une question de conscience et c’est celle-ci qui vous mène au bonheur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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