Analyse de Patrice Caradec lors de la conclusion du Forum des tour-opérateurs
La dégradation rapide de la situation géopolitique au Moyen-Orient depuis février pèse lourdement sur l’activité des tour-opérateurs français et européens.
Lors de sa prise de parole de clôture au Forum des tour-opérateurs, Patrice Caradec le président du Seto, a dressé un état des lieux lucide, marqué par un net ralentissement des réservations, mais aussi par une capacité d’adaptation structurelle du secteur.
Une chute brutale des prises de commandes
Le constat est sans appel : depuis trois semaines, le marché accuse un recul significatif avec une dégradation progressive en mars :
- –15 % sur la première semaine
- –25 % sur la deuxième
- –30 % sur la troisième
Certaines destinations sont désormais « quasiment à l’arrêt », tandis que d’autres subissent des baisses de réservations allant de –50 % à –80 %. « Nous allons terminer le mois de mars autour de –30 % par rapport à l’an dernier en prises de commandes », précise-t-il.
Un secteur habitué à encaisser les chocs
Malgré ce contexte tendu, le président du SETO insiste sur la résilience historique des tour-opérateurs : « Nous sommes des généralistes, avec un éventail de destinations extrêmement large. »
L’enjeu immédiat est clair : préserver les capacités sur les destinations sinistrées afin de pouvoir redémarrer rapidement dès que la situation s’améliorera. Une reprise progressive est espérée à horizon d’une à deux semaines sur certains axes majeurs, notamment l’Égypte.
Des fondamentaux solides avant la crise
Cette dégradation intervient alors que les indicateurs étaient au vert. L’année 2025 avait affiché de bonnes performances, et la saison hiver s’annonçait prometteuse :
- Une activité à 95 % à fin février
- Une projection à 107 % sans la crise
- Une dynamique positive sur la montagne française (+5 %)
« Sans ce conflit, nous aurions été largement au-dessus de l’an dernier », souligne-t-il. Finalement, l’hiver devrait se clôturer à un niveau proche de 2024, un résultat jugé acceptable dans le contexte.
Une recomposition des flux touristiques
Face aux difficultés, le marché s’oriente vers une redistribution des flux. Certaines destinations devraient tirer leur épingle du jeu cet été :
- L’Égypte
- Le Maroc
- L’Espagne, notamment les Canaries
- Les façades atlantiques
À l’inverse, d’autres marchés resteront sous pression, en particulier les États-Unis.
L’Asie, quant à elle, subit un impact indirect en raison des perturbations du transport aérien via les hubs du Golfe, bien que la demande estivale y soit traditionnellement plus faible.
Le rôle déterminant de l’aérien
Le principal frein identifié n’est pas tant la désaffection pour les destinations que leur accessibilité. Les voyageurs manifestent une réticence croissante à transiter par les hubs du Golfe, notamment le Qatar ou les Émirats.
« Les clients veulent partir, mais ils ne veulent pas passer par le Golfe », résume Patrice Caradec.
Cette situation affecte particulièrement les destinations long-courriers comme les Maldives ou les Seychelles, non pas pour leur attractivité intrinsèque, mais en raison du risque perçu de blocage en cas d’aggravation du conflit.
Une crise européenne, pas uniquement française
Le phénomène dépasse largement l’Hexagone. L’ensemble du marché européen est touché, avec des baisses comparables :
–30 % à –40 % de prises de commandes depuis fin février
Les échanges avec des acteurs majeurs comme TUI ou Kuoni confirment cette tendance. « Nous ne sommes pas en train de perdre des parts de marché au profit d’autres tour-opérateurs », insiste-t-il.
Adapter l’offre : proximité et accessibilité
Dans ce contexte, la stratégie des tour-opérateurs repose sur trois piliers :
- proposer des destinations de proximité
- garantir une accessibilité directe
- maintenir un haut niveau de qualité produit
Les destinations moyen-courriers apparaissent ainsi comme les grandes gagnantes potentielles de la saison.
Perspectives : vigilance sur le printemps
Les mois d’avril et de mai, traditionnellement peu dynamiques en matière de réservations estivales, ne devraient pas inverser immédiatement la tendance. Entre vacances scolaires et ponts, la décision de départ se fait rarement à cette période.
L’enjeu sera donc de restaurer la confiance des voyageurs, dans un contexte où la demande reste intacte mais devient plus sélective.
« Les clients veulent toujours voyager. À nous de leur proposer les bonnes alternatives », conclut Patrice Caradec.
Lire aussi: Forum du SETO à Tétouan : entre vigilance réglementaire et valorisation des outils sectoriels
En creux, cette crise confirme une constante du secteur : la capacité d’adaptation rapide reste la clé de la performance dans un environnement géopolitique instable.