Tribune de Philippe Bauer, Président de l’UNPLV
À chaque campagne municipale, il faut un coupable. Cette année encore, c’est la location meublée touristique. Facile. Mais les Français sont-ils encore dupes ?
La crise du logement est bien réelle, brutale. Mais au lieu d’affronter les causes structurelles -pénurie de construction, explosion des coûts, raréfaction du foncier - on préfère taper sur les meublés. C’est plus simple.
Dans les grandes villes comme Paris, la réglementation s’empile depuis plus de dix ans. Autorisations, quotas, contrôles, sanctions. Résultat ? La crise du logement est toujours là. Plus aiguë que jamais.
Et pourtant certains candidats promettent encore de réduire la durée annuelle de location des résidences principales. Comme si s’attaquer à la location de résidences déjà principales allait créer des logements pour d’autres familles.
Depuis 2014, cinq lois ont encadré les meublés de tourisme. Là où les restrictions ont été les plus dures, on communique sur la baisse du nombre d’annonces. Très bien. Mais combien de logements sont réellement revenus sur le marché résidentiel ? Silence.
On brandit New York en exemple ou en contre-exemple selon le moment. Là-bas, l’interdiction des locations de moins de 30 jours n’a pas fait baisser les loyers. Ils ont continué à grimper. L’offre longue durée n’a pas explosé. En revanche, les prix des hôtels, eux, ont flambé. Réglementer ne suffit pas à fabriquer du logement.
En France aussi, on commence timidement à mesurer les résultats de cette politique anti-meublés. À Honfleur, la chute des recettes de la taxe de séjour a conduit la municipalité à assouplir des règles trop rigides. Au Pays Basque, après une interdiction de fait des résidences secondaires, les maires d’Hendaye, Saint-Jean-de-Luz, Biarritz alertent sur l’impact économique. Un million de nuitées en moins entre 2023 et 2025. Des millions d’euros de recettes perdues. Derrière ces chiffres, il y a des emplois, des commerces, des territoires entiers qui vivent du tourisme.
Rappelons une réalité que l’on évite soigneusement : 92 % des meublés de tourisme sont des résidences principales ou secondaires occupées une partie de l’année par leurs propriétaires. Les interdire ne crée pas magiquement des logements pour les habitants permanents. Seuls 8 % des biens sont loués de façon intensive toute l’année.
Pour ces logements-là un arbitrage entre location de courte et longue durée est possible. Pas ailleurs. On parle de 8% d’un million d’hébergements loués en France pour de courtes durées. Un chiffre à mettre en perspective avec près de 4 millions de logements vacants.
Dans les stations de montagne ou sur le littoral, la location meublée empêche les “volets clos”, maintient l’activité, fait vivre les centres-villes hors saison. Supprimer brutalement ces locations ne fera pas revenir les classes moyennes si l’offre globale de logement continue de s’effondrer.
En pleine campagne municipale, promettre que la restriction des meublés résoudra la crise du logement relève du slogan. La réalité est plus rude : sans relance massive de la construction, sans politique foncière ambitieuse, sans vision de long terme, rien ne changera durablement.
Opposer logement et tourisme est un faux débat. La France vise 100 milliards d’euros de recettes touristiques en 2030. On ne les atteindra pas en asséchant l’offre d’hébergement diffus qui permet à des millions de Français de partir en vacances en famille et à moindre frais dans leur propre pays. Les trois quarts des clients de la location meublée touristique en France sont des Français.
Il est temps d’arrêter de chercher des coupables faciles. La crise du logement mérite mieux que des symboles. Elle exige des moyens et du courage politique.