Menu
S'identifier
Marché

Quand le client bouscule la tradition


Publié le : 01.10.2013 I Dernière Mise à jour : 01.10.2013
{ element.images.0.titre }}
Quand le client bouscule la tradition I Crédit photo Florence Le Méhauté

Auteur

  • Florence Le Méhauté

Malgré la crise économique, les spas d’hôtels et de résidences se portent plutôt bien dans l’Hexagone. Preuve que prendre soin de son corps est devenu un moment incontournable des vacances. Face à cette déferlante, les centres de thalassothérapie et de thermalisme ont été obligés de s’adapter.

Plus une seule ouverture d’hôtel 4* ou 5* sans son spa. En l’espace de dix ans, c’est devenu un ingrédient indispensable à l’attractivité de ces hébergements. « On estime qu’en France, 20 % des établissements hôteliers haut de gamme sont aujourd’hui équipés d’un spa, au sens où je l’entends : un espace avec un bassin, une zone humide incluant hammam et/ou sauna, une ou des salles de soins dispensés par un personnel qualifié », avance Caroline Marcoux, fondatrice de Coach Omnium, société de conseil en création et gestion de spas. « Ce n’est pas un effet de mode, insiste-t-elle, c’est un phénomène durable, qui répond aux besoins des clients de prendre soin d’eux, alors que l’espérance de vie s’allonge. » Et qui se propage à vitesse grand V dans les autres formes d’hébergement.

FORFAITS COMMISSIONNÉS

Le Club Med a fait du spa le fer de lance de sa stratégie de montée en gamme. Pierre & Vacances et Lagrange en ont équipé leurs résidences les plus prestigieuses depuis le milieu des années 2000. Même MMV s’y est mis, depuis l’hiver 2011-2012. Pour doper les ventes, la plupart optent pour une distribution multicanal : ces quatre groupes commissionnent par exemple leurs forfaits en prévente. « Contrairement aux instituts de thalassothérapie et aux centres thermaux, le spa peut s’implanter partout, sans contrainte de proximité de la mer ou d’accès à une source thermale, explique Caroline Marcoux. C’est pour cette raison que l’on voit les campings 4* ou 5* investir des sommes importantes dans de grands spas avec espace intérieur et bassin extérieur. Depuis deux à trois ans, le mouvement s’accélère aussi dans les hôtels 2* et 3*, car la pratique du spa se démocratise, en termes de budget mais aussi de sexe. Les hommes sont presque aussi nombreux que les femmes à en profiter aujourd’hui. Je travaille notamment sur un concept de spa pour les hôtels Campanile, dont la date de mise en place n’est pas encore définie. Même les chambres d’hôtes suivent la tendance, en transformant une chambre en cabine de soin intégrant un hammam ou un sauna. »

UNE VÉRITABLE SOURCE DE PROFIT

Si au départ certains établissements ont dû fermer leurs spas, faute de rentabilité, aujourd’hui, la professionnalisation est en bonne marche. Les grands opérateurs du tourisme, à l’instar du Club Med ou de Pierre & Vacances, font appel à des gestionnaires de spas spécialisés comme Deep Nature, et s’associent à de grandes marques de cosmétiques pour les soins. Et les hôteliers n’hésitent plus à embaucher du personnel qualifié spécifique ni à réaliser des études de marché avant toute ouverture. « La présence d’un spa de qualité permet de se démarquer de la concurrence, mais aussi d’augmenter légèrement le prix de la nuitée », confirme Hervé Bécam, président de l’Umih (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie). « C’est un moyen d’optimiser les taux d’occupation en basse et moyenne saison, en palliant les contraintes climatiques, assure de son côté Caroline Marcoux. Et il peut constituer une véritable source de profit. L’année 2012 a, de l’avis général, été marquée par une baisse de la demande, mais s’il y a eu de nombreux dépôts de bilan dans les spas urbains (indépendants de toute structure hôtelière, ndlr), les hôteliers ont réussi à tirer leur épingle du jeu en adaptant leur politique tarifaire. » Et ce ne sont pas forcément les soins, en particulier les massages, qui rapportent le plus, mais la vente de produits additionnels. « Sur 2012, le chiffre d’affaires spa de la zone Europe-Afrique est à l’étale par rapport à 2011, confie Séverine Mérit, responsable de la filière spa du Club Med. Nous avons “sauvé les meubles” grâce aux ventes de produits. C’est pour cette raison que nous essayons de pousser les soins du visage, car il est beaucoup plus facile de vendre une crème à la suite. » « Le prestige de la marque est très important dans ce cas : nous vendons plus de produits Clarins que de crèmes Algotherm », précise Nathalie Gaume, directrice administrative et financière de Deep Nature. Cette société, qui travaille notamment pour P&V et InterContinental, n’a pas connu l’effet « crise » de l’année dernière, affichant un CA de 8 millions d’euros sur la France, en hausse de 3,5 % en métropole et de 6,5 % en Polynésie par rapport à 2011. « Malgré tout, les gens ont besoin de se détendre, peut-être justement parce qu’ils sont stressés, estime la directrice. Cet hiver, nous avons remarqué que la demande de soins n’avait pas faibli en résidence, alors que les clients se restreignaient sur d’autres dépenses comme la sortie au restaurant. »

LA THALASSO SE RENOUVELLE

Les centres de thalasso ont moins le sourire. « L’offre s’est beaucoup étoffée ces dix dernières années, pour atteindre une cinquantaine d’établissements aujourd’hui, alors que le nombre de curistes – la clientèle traditionnelle – n’augmente plus », constate Jean-Luc Pleuvry, membre du bureau du syndicat France Thalasso et directeur des opérations de Thalazur. Le nombre de nuitées recule, car les habitués segmentent de plus en plus leur séjour. Ils viennent toujours une semaine en moyenne, mais en plusieurs fois. Et de poursuivre : « Il n’y a pas eu encore de fermetures massives, mais il y a énormément de centres – et de beaux centres – à vendre ». La déferlante des spas à l’atmosphère intime et chaleureuse a notamment eu pour conséquence de « ringardiser » les établissements de thalasso, obligés de rénover leurs locaux dans une ambiance moins médicale et de mettre à leur carte des massages et soins qui tiennent plus du cocooning que de la thérapie par l’eau de mer. Les investissements dans le secteur ont progressé de 25 % entre la période 2005-2008 et 2009-2012, selon le tableau de bord des investissements touristiques publié par Atout France en juin dernier, même s’ils se tassent aujourd’hui avec 31 millions d’euros dépensés en 2012 (- 6 % en un an) en raison de l’arrivée à terme de la plupart des travaux. « Cela nous a apporté une nouvelle clientèle, plus jeune et surtout présente le week-end, qui nous a permis de maintenir nos chiffres d’affaires, confie Jean-Luc Pleuvry. Mais elle “zappe” énormément, de lieu et de thème : elle peut très facilement troquer un week-end bien-être par un week-end nature. Alors que nos curistes traditionnels sont fidèles à la thalassothérapie. » Pour pallier la diminution de ces « puristes », les stratégies divergent. Relais Thalasso a mis au point une suite thalasso de 40 m2, dotée d’une baignoire hydromassante et d’un hammam privé, qui permet aux curistes d’enchaîner leurs soins sans changer de salle. « Nos clients ne veulent plus attendre en peignoir dans des couloirs humides, l’œil rivé sur la pendule ! » atteste Anne Phélippeau, vice-présidente du groupe. Thalazur, qui a ouvert en janvier dernier l’hôtel Les Bains de Cabourg 4* avec centre de thalassothérapie et spa, se repositionne depuis quelques années sur les séminaires et séjours incentive en aménageant des salles de réunions dans ses hôtels, pour dynamiser la fréquentation en semaine. « C’est ce qui nous a permis de maintenir un CA stable à périmètre constant, à 45 millions d’euros en 2012, certifie Jean-Luc Pleuvry. Cette clientèle ne consomme pas forcément du soin, mais profite de nos installations. »

LE THERMALISME JOUE LA CARTE DU LOISIR

L’investissement dans le secteur du thermalisme est en hausse de 9 %, à 38 millions d’euros en 2012, selon Atout France, et les stations thermales aussi diversifient leurs activités. Depuis une dizaine d’années, les instituts ont développé des minicures de « remise en forme », dans des espaces spécifiques comme des spas thermaux, pour éviter que la nouvelle clientèle ne croise celle des cures conventionnées. Ces courts séjours représentaient un total de 200 000 journées-cures en 2011 (derniers chiffres disponibles), selon un rapport du Conseil national du tourisme. Dans le même temps, les communes ont également aménagé des centres thermoludiques, gérés par des prestataires divers, avec de grands bassins et des jeux d’eau. Il en existe une trentaine désormais, selon la Fédération thermale et climatique française. Peut-on y voir une manière de compenser la baisse du nombre des curistes conventionnés, passés de 609 000 en 1986 à 507 885 en 2011 selon le Conseil national du tourisme, qui a entraîné la fermeture d’une dizaine d’établissements ? « Ah non, je m’inscris en faux contre cette idée, tempête Jean-François Béraud, trésorier de la fédération et directeur général de Thermauvergne-Royat. Depuis trois ans, le marché des cures conventionnées repart à la hausse, notamment grâce aux nouvelles pistes de développement, comme les cures de prévention. Nous avons accueilli environ 550 000 curistes conventionnés en 2012. Ces diversifications visent un nouveau marché de touristes qui viennent en court séjour ou qui agrémentent un séjour sportif par des pauses bien-être. C’est intéressant pour redorer l’image des stations, mais c’est surtout du plus-produit. » Un bonus qui a déjà intégré les offres de TO spécialisés comme Thalasso n° 1 et qui pourrait tout de même finir par rapporter.

QUOI DE NEUF ?

UN NOUVEAU RELAIS THALASSO PRÈS DE LA BAULE

Le groupe Phélippeau a inauguré mi-juillet le Relais Thalasso Baie de la Baule, à Pornichet. Doté de 105 chambres, il associe le Château des Tourelles, une demeure du XIXe siècle, à des ailes plus contemporaines. Le centre n’est équipé que de suites Relais, nouveau concept de cabines personnalisées avec hammam et sauna privés.

CLARINS JETTE L’ANCRE À MARSEILLE

La marque de cosmétiques a ouvert son premier spa dans la cité phocéenne, au sein du nouvel InterContinental 5*, inauguré fin avril dans l’ancien Hôtel-Dieu. Géré par Deep Nature, cet espace de 1 000 m2 doté de six cabines propose en exclusivité le soin signature « Clarins en Provence », avec hammam, gommage aux poudres de plantes et modelage aux pochons de lavande.

LAGRANGE CHANGE DE PARTENAIRE BIEN-ÊTRE

Après Decléor, le spécialiste de la résidence de tourisme confie la gestion de ses « spas by Lagrange » à Thalgo depuis cet été. La carte a entièrement changé et inclut désormais un rituel bio avec soin du visage à l’huile d’amande douce et modelage à l’huile de lavande.

THALAZUR RÉNOVE À TOUT-VA

Le groupe de thalasso a rouvert en juillet dernier son centre d’Antibes, l’hôtel Baie des Anges, entièrement rénové et désormais spécialisé dans l’aromathérapie. Le Thalazur de Port-Camargue est le prochain sur la liste : il baissera le rideau en novembre pour un grand relooking qui lui permettra d’accueillir des clients Mice. Arcachon doit quant à lui fermer le ban en 2014. Par ailleurs, le groupe a entamé cet été des négociations avec Helianthal pour racheter ce centre de thalassothérapie, créé à Saint-Jean-de-Luz en 1989.

REMISE EN FORME DE HAUT NIVEAU À QUIBERON

L’institut de thalasso breton de Thalassa Sea & Spa, la marque du groupe Accor, a ouvert au grand public cette année le Cercle Réathlétic, son centre spécialisé dans la prise en charge des sportifs. Comme les athlètes de haut niveau, tout un chacun peut y bénéficier de programmes complets associant entraînement physique et massages revigorants. Le centre y propose en outre des équipements dernier cri, comme l’Alter-G, tapis de course en apesanteur.

UN SECOND CENTRE POUR SERGE BLANCO

L’ancien capitaine du XV de France, déjà à la tête d’un centre de thalasso à son nom à Hendaye, se lance dans un nouveau projet. Il va construire un centre de thalassothérapie haut de gamme et à visée médicale à Claouey, dans la forêt de Lège-Cap-Ferret. Le bâtiment, doté de 37 cabines de soins et de 96 logements, devrait ouvrir en juin 2015.

LA CORSE VEUT DOPER SON THERMALISME

Le 25 juillet dernier, une élue UMP a présenté une motion à l’Assemblée de Corse, adoptée à l’unanimité, pour développer l’activité thermale. L’île de Beauté recèle cinq grandes sources aux propriétés très variées. Seules celles de Pietrapola et de Baracci sont pour l’instant réellement exploitées.

DÉTENTE CARIBÉENNE CHEZ P&V

Un massage relaxant après la baignade ? Pa ni pwoblem ! Le village-club de Sainte-Anne en Guadeloupe a profité de grands travaux de rénovation pour aménager un espace bien-être, ouvert depuis juin. En plus d’une salle de fitness, le centre propose deux salles de soins, décorées dans une ambiance colorée et zen. Des massages express sont aussi assurés en extérieur, au bord de la piscine.

THALASSOLINE FORME LES AGENCES

Depuis le mois de juin, le spécialiste des séjours thalasso et spa dispense des formations bien-être aux agents de voyages qui le souhaitent. Et pas seulement à ceux du réseau Prêt à Partir, avec qui Thalassoline a conclu un partenariat. Des éductours sur le terrain compléteront la formation.

THOMAS COOK SUPPRIME SA BROCHURE BIEN-ÊTRE

Dans une logique de rapprochement de ses deux marques, le groupe Thomas Cook France ne garde plus cette saison qu’une seule brochure bien-être, la « Corps et Esprit » de Jet tours, dédiée au moyen-courrier. Les agences TC peuvent continuer à réserver des séjours bien-être en France, via le site BtoB de Thalassa Sea & Spa, avec qui le groupe a conclu un accord commercial.

BIENTÔT UNE NORME POUR LES SPAS ?

Cela fait déjà trois ans que l’Afnor planche en concertation avec les professionnels du secteur pour établir un texte régissant l’appellation « spa de bien-être ». Après avoir fait face à de nombreux désaccords, l’organisme a lancé fin mai une enquête sur la base d’une nouvelle définition, très large, qui repose notamment sur des critères comme l’offre de soins de bien-être et de bien-être par l’eau, une prise en charge « personnalisée », et l’exclusion de toute « finalité thérapeutique ». Une publication devrait enfin voir le jour d’ici la fin de l’année, après prise en compte des remarques. Cette norme doit garantir une qualité de soin, d’espace et de service. Elle permettra aussi d’établir des statistiques… qui n’existent pas à ce jour.

Div qui contient le message d'alerte

Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire

Mot de passe oublié

Déjà abonné ? Créez vos identifiants

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ? Remplissez les informations et un courriel vous sera envoyé.

Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format