Il fallait bien un thème fédérateur pour la prochaine convention du CEDIV. Il était tout trouvé : l’IA. Mais comment mettre à profit cette intelligence dans un monde qui apparaît déstructuré ? Cette année le CEDIV va donc investiguer les leviers pour trouver notre équilibre dans ce monde
Pandémies, conflits géopolitiques, crises économiques, révolution numérique, intelligence artificielle, dérèglement climatique… Les crises ne se succèdent plus, elles se superposent. Par voie de conséquence, le changement devient ….permanent.
Le secteur du voyage, en prise direct avec les évènements, subit ces désordres avec plus d’intensité encore. Depuis que le tourisme existe, notre profession évolue au rythme des disfonctionnement du monde…
Adrian Minchella, la présidente du Cediv explique : « Nous avons choisi comme thème de notre prochaine convention ‘’Trouver l'équilibre dans un monde en déséquilibre’’, pour nos mieux piloter nos entreprises, bien entendu mais aussi et surtout pour nous engager personnellement :
- Comment continuer à avancer dès lors que les repères changent ?
- Comment prendre des décisions lorsque nous ne disposons pas de toutes les réponses ?
- Comment rester fidèles à nos valeurs tout en nous adaptant à un environnement en perpétuelle évolution ?
- Comment trouver le juste équilibre entre performance et bien-être, entre innovation et humanité, entre ambition et qualité de vie ? »
Accepter avant d’agir
Face à l’imprévu, notre premier réflexe consiste souvent à résister. Nous cherchons à retrouver les repères du passé ou à anticiper avec précision un avenir qui nous échappe. Pourtant, comme le soulignent de nombreuses traditions philosophiques et spirituelles, la véritable efficacité naît d’abord de l’acceptation du réel.
Adrian Minchella poursuit : « Depuis sa création, notre réseau a traversé de nombreuses tempêtes : faillites de compagnies aériennes, l'arrivée d'Internet, les plateformes en ligne, le Covid, les difficultés de recrutement ou encore aujourd'hui l'intelligence artificielle. Mais les défis ne viennent pas toujours de l'extérieur : comme toute organisation vivante, le CEDIV a également connu des périodes de questionnement, des débats, des remises en cause, des évolutions de gouvernance, des départs, des divergences parfois et des choix difficiles »
Alors ?
Alors, la présidente du Cediv, du haut de son expérience, opte pour une attitude quasi philosophique : « Ces moments difficiles m’ont appris quelque chose d'essentiel : l'équilibre ne se décrète pas, il se construit, il se préserve et il se réinvente chaque jour. Avec le temps, nous avons compris qu'il n'existait pas d'équilibre définitif et que celui-ci n'est pas un état, mais un mouvement. »
Cette idée rejoint la pensée d'Edgar Morin, dont les réflexions semblent aujourd'hui plus actuelles que jamais. Sa célèbre formule, « Attends-toi à l'inattendu », résume parfaitement notre époque. Adrian Minchella commente : « J’aime cette pensée d'Edgar Morin : l'incertitude n'était pas une anomalie à corriger, mais une réalité à intégrer. L'enjeu n'est donc pas de supprimer l'imprévisible mais d'apprendre à vivre avec lui. »
Oui, mais comment ?
Adrian Minchella pense avoir trouvé la martingale : « Accepter une situation telle qu'elle est nous permet d'agir plus efficacement que de lutter contre une réalité que nous ne pouvons changer. Nous avons souvent le réflexe de vouloir retrouver les certitudes ou de chercher à maîtriser parfaitement l'avenir. Pourtant, la véritable force naît souvent de l'acceptation du réel. »
Cela dit, sans aucunement vouloir minimiser cette idée forte, Adriana n’invente rien. Depuis 2500 ans les bouddhistes le professe avec leur fameux ‘’ici et maintenant’’. Plus proche de notre civilisation, la tradition orthodoxe le résume aussi avec cette formule lumineuse : ‘’Ferme la porte du passé, n’ouvre pas celle de demain, mais regarde celle qui se présente aujourd’hui.’’
Adrian Minchella insiste : « Loin d’être une forme de résignation, cette posture constitue une force. Accepter une situation ne signifie pas s’y soumettre ; cela signifie la regarder telle qu’elle est afin de mieux la comprendre et mieux agir. Se rebeller contre les faits mobilise de l’énergie sans modifier la réalité. Les accepter permet au contraire de reprendre la maîtrise de ses choix. »
Faire du changement un allié
Dans un monde instable, les organisations les plus résilientes ne sont pas forcément les plus puissantes. Ce sont celles qui savent observer, apprendre, expérimenter, corriger leurs erreurs et ajuster leur trajectoire sans perdre leur cap. C’est la théorie du chêne et du roseau. Savoir se plier sous le vent.
L’agilité plutôt que la rigidité
Les outils évoluent à une vitesse inédite et personne ne peut prédire avec certitude ce que sera notre environnement dans quelques années. Avec l'intelligence artificielle, nous assistons ‘’en live’’ à la transformation de nos métiers.
Mais pour Adrian Minchella : « le véritable défi n'est peut-être pas technologique : il est plutôt humain. »
Derrière chaque agence, il y a des femmes et des hommes, des entrepreneurs qui prennent des décisions chaque jour sans disposer de toutes les réponses, des collaborateurs qui s'adaptent en permanence à de nouvelles attentes, des personnes qui cherchent elles aussi leur propre équilibre…
Elle explique : « La question n'est pas seulement de savoir quels outils utiliser. La question consiste à savoir comment nous allons apprendre, évoluer, transmettre et accompagner le changement. Car il faut se rendre à l’évidence, plus le monde devient technologique, plus l'humain reprend de l'importance. »
C’est vrai aussi pour les voyageurs
« Il recherchent aujourd'hui davantage de confiance, d'écoute, d'accompagnement et de sens. Ils attendent des professionnels capables de les guider dans un environnement devenu plus complexe. »
Eggar Morin opposait le programme à la stratégie. Le programme repose sur une trajectoire prédéfinie. Il fonctionne dans un environnement stable mais se révèle fragile lorsque surgit l’imprévu. La stratégie, elle, s’adapte en permanence aux circonstances nouvelles sans perdre de vue son objectif.
La leçon est précieuse pour les entreprises comme pour les individus : la réussite dépend souvent moins des événements eux-mêmes que de notre manière d’y répondre.
La question n’est donc plus de savoir comment éliminer l’imprévisible. Elle consiste à développer notre capacité cognitive à l’accueillir, à le comprendre et à nous adapter.
Adrian Minchella de conclure : « Le véritable enjeu n'est sans doute pas de retrouver un équilibre perdu. Il est d'apprendre à construire le nôtre dans un monde qui ne cesse de bouger. »
Bon congrès du 16 au 19 juin