Carnet de terrain d’un infatigable voyageur au service d’un tourisme à la recherche de sens, des steppes mongoles aux mutations numériques du voyage
Le vent balaie la steppe mongole, sans obstacle, sans bruit parasite. À l’horizon, une yourte solitaire se détache sur un ciel d’un bleu presque irréel. Benoît Tredez ajuste son bonnet, observe, écoute. Ici, dit-il, « le tourisme ne peut pas tricher. Soit il respecte, soit il détruit. »
Tout semble être dit pour notre observateur au long court. Avec lui se dessine cette volonté de s’enrichir des cultures du monde et d’évoluer aux contacts des hommes lointains. Ainsi va la vie d’un voyageur en quête de sens qui se construit dans le respect des différences des autres.
Cette scène, vécue loin des salons institutionnels et des discours standardisés, résume assez bien la démarche de celui qui sillonne la planète depuis des années pour comprendre le tourisme d’aujourd’hui.
Le terrain avant les théories
Benoît Tredez ne parle pas de destinations, il parle de gens. En Amazonie péruvienne, il se souvient des heures passées à écouter un ancien Machiguenga raconter la forêt, les esprits. En filigrane la crainte de voir arriver un tourisme mal intégré n’est jamais loin : « Avec ces témoignages nous touchons du doigt à quel point le voyage peut être une menace autant qu’une chance. »
En Mongolie, il partage un thé brûlant sous une yourte battue par le vent. Les familles nomades lui expliquent comment l’ouverture au tourisme est devenue une nécessité économique, mais aussi un risque sociétal.
« Le développement du tourisme dans des destinations émergentes doit garder à l’esprit que l’identité des populations doit être respectée en premier lieu dans le respect de leur culture et de leurs traditions locales. Ce ne doit pas être une option, mais une priorité », écrit-il après ce séjour.
Voyager dans les angles morts de la carte
Hanoï, 6 heures du matin. La ville s’éveille dans un chaos parfaitement organisé. Les scooters envahissent les rues. Les marchés improvisés surgissent sur les trottoirs…
À l’occasion des célébrations de la réunification vietnamienne, Benoît Tredez arpente une capitale encore marquée par son histoire, mais résolument tournée vers l’avenir. Il observe les voyageurs occidentaux, parfois désarmés, souvent surpris, mais toujours enthousiastes.
« Bien au-delà du simple exotisme, ces destinations attirent aujourd’hui des voyageurs en quête de compréhension et d’authenticité. Je mesure la chance pour un tourisme curieux et attentif de pouvoir observer au quotidien combien ces populations sont tournées d’avantage vers l’être plutôt que vers l’avoir. Il pourra, à condition de développer une certaine sensibilité, s’émerveiller des sourires généreux, de constater le contentement de ceux qui servent, de considérer le respect qui s’émissent dans tous les instants de la vie courante, de la reconnaissance pour 3 fois rien de ces gens qui ont si peu »…
Vietnam, Laos, Ouzbékistan, Cuba…
Autant de pays où le tourisme devient un outil diplomatique discret, un moyen de raconter une autre version de l’histoire que celle des manuels scolaires occidentaux. « L’expérience touristique permet souvent de déconstruire des idées reçues héritées de notre façon unilatérale d’écrire le passé », écrit-il encore.
Quand le tourisme raconte la géopolitique
À Tachkent, en Ouzbékistan, Benoît Tredez assiste à une réunion entre acteurs locaux du tourisme. Les mots reviennent souvent : ouverture, contrôle, identité.
Il note cette tension permanente entre désir de développement et peur de la dilution culturelle.
Dans ses carnets, il résume : « Le tourisme n’est jamais neutre. Il révèle les équilibres politiques, les fragilités économiques et les ambitions nationales. »
Un constat qui résonne fortement à l’heure où de nombreuses destinations cherchent à se repositionner sur l’échiquier mondial.
L’autre front, économique et numérique
Changement de décor. Salle de réunion, ordinateur ouvert, notifications Facebook et LinkedIn qui s’enchaînent. Benoît Tredez n’a jamais coupé le lien avec la réalité économique du secteur. À travers Trecom Tourisme, il accompagne agences et tour-opérateurs, demandeur de liens numériques.
Sur LinkedIn, il écrit sans détour :
« Plus de 3 000 agences de voyages et tour-opérateurs se voient challengés en permanence. Il en va de la vie de 35 000 salariés ! »
Pour lui, l’intelligence artificielle n’est pas un gadget, mais une réponse qui se fait jour pour tout acteur économique. Ces dernières s’ajoutent aux règles des surtranspositions administratives en vigueur dans la vente de voyages, de l’ambiguïté que provoque la responsabilité de plein droit, de la concurrence déloyale de certains acteurs…
Il prend une part active pour aider les distributeurs : « L’intelligence artificielle de Trecom ficelle un message prêt à être diffusé sur les réseaux sociaux et recommande les cibles correspondant réellement aux offres. »
Pas de discours futuriste : juste des initiatives en direction d’un secteur encore sous tension et en quête d’adaptation.
Un regard humain, jusque dans l’hommage. Dernièrement, il rend hommage à Serge Fabre, figure respectée de la presse tourisme, le ton est plus personnel.
« J’ai toujours apprécié sa rigueur, sa curiosité et sa manière juste de raconter le tourisme, avec respect pour les territoires et pour celles et ceux qui les font vivre. »
Une phrase qui pourrait aussi servir d’autoportrait : le voyage comme fil conducteur
Sur un ponton des Caraïbes, au coucher du soleil, Benoît Tredez observe... Il parle peu, note beaucoup. Le tourisme, pour lui, n’est ni un simple produit ni une parenthèse enchantée. C’est un miroir du monde, parfois déroutant, souvent lumineux.
Dans un secteur en pleine mutation, son parcours rappelle une évidence souvent oubliée : avant d’être une industrie, le voyage reste une rencontre.
Pourquoi ce regard compte aujourd’hui ? Parce que le tourisme est devenu un enjeu économique et géopolitique majeur. Parce que les voyageurs cherchent du sens autant que des destinations. Parce que raconter le terrain reste un acte humaniste pour celui qui reçoit, comme pour celui qui émet.