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Maurice : vers un nouveau positionnement pour répondre aux attentes des visiteurs


Publié le : 29.06.2026 I Dernière Mise à jour : 29.06.2026
Maurice : vers un nouveau positionnement pour répondre aux attentes des visiteurs I Crédit photo ©Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA)

Auteur

  • Juliette Baron

Tags : île Maurice

L’île repense son modèle pour s’adapter à la donne actuelle : interview exclusive de Dinesh Burrenchobay pour Tour hebdo

 

Tour hebdo : Pourquoi un nouveau positionnement touristique de Maurice ?

Dinesh Burrenchobay : Notre modèle touristique doit être revu et repensé en profondeur pour garantir que notre île demeure parmi les meilleures destinations au monde. Les voyageurs post-Covid ont profondément modifié leurs habitudes et leurs attentes en matière de vacances. Nos concurrents, eux aussi, ont considérablement évolué. Il est donc impératif de comprendre comment l'île Maurice est perçue aujourd'hui en tant que destination, le pourquoi de ce choix, ce que nos visiteurs pensent de leur séjour et quelle expérience ils en retirent. Une fois cette analyse effectuée, nous pourrons nous positionner correctement pour les dix prochaines années et conforter notre statut de référence mondiale. En parallèle, nous avons également entamé un travail de fond pour repenser le fonctionnement de notre office du tourisme.

 

Tour hebdo : Quel message voulez-vous faire passer auprès des professionnels du tourisme ?

Dinesh Burrenchobay : L'île Maurice doit impérativement s'imposer comme le premier choix des voyageurs en quête d'une expérience tropicale unique dans l'océan Indien.

 

Tour hebdo : Ambitieux !

Dinesh Burrenchobay : Oui, mais notre image est portée par un accueil authentique, chaleureux et respectueux, incarnée par un peuple naturellement bilingue et nourri d'expériences mémorables qui dépassent la seule beauté de nos plages et de nos eaux turquoise. Nous voulons que Maurice évoque des vacances inoubliables, gravées dans la mémoire de chaque visiteur — une destination où l'on se déconnecte vraiment du quotidien, où le temps semble s'arrêter.

 

Tour hebdo : Allez au-delà de votre offre balnéaire haut de gamme ?

Dinesh Burrenchobay : Maurice restera une destination premium, mais il est vrai que nous n'avons peut-être pas suffisamment communiqué sur la richesse et la diversité de ce que l'île a à offrir. Nos visiteurs viennent d'abord pour le soleil et la plage, c'est indéniable. Mais notre « storytelling » et nos messages doivent évoluer pour mettre également en lumière une visite à Chinatown dans la capitale ou à Grand Bassin, notre street food, le trekking dans les hauteurs de l'île, ou encore les concerts locaux. Notre communication doit refléter cette richesse, tout en préservant notre positionnement premium. Nous devons également revoir l'ensemble de l'écosystème touristique pour nous assurer de maintenir ce niveau d'excellence.

 

Tour hebdo : Quels avantages compétitifs allez-vous mettre en avant ?

Dinesh Burrenchobay : Le Mauricien lui-même ! Avant tout, il est une personne curieuse, accueillante, et au minimum bilingue. Où qu'il soit dans le monde, le Mauricien fait la différence. Nous sommes un peuple issu de l'immigration des quatre coins du monde, ce qui se reflète dans notre culture, notre scène culinaire, mais aussi dans nos paysages magnifiques et variés, qui se transforment au fil des saisons et de la lumière. L'île Maurice n'est pas un simple banc de sable : son intérieur est d'une luxuriance remarquable avec une population accueillante et heureux de vous faire découvrir leur île.

 

Tour hebdo : Comment évoluent les attentes des voyageurs français ?

Dinesh Burrenchobay : Les voyageurs français viennent souvent en famille ou en couple. La France est traditionnellement notre premier marché émetteur. En 2025, 337 500 Français ont visité l'île Maurice sur un total de 1,4 million de touristes. Pour les cinq premiers mois de 2026, nous enregistrons 138 543 arrivées françaises, contre 136 456 sur la même période en 2025, soit une légère progression, et ce malgré les tensions persistantes au Moyen-Orient et les enjeux économiques en Europe. Les voyageurs français recherchent, eux aussi, une expérience authentique, dans un pays où l'on parle couramment leur langue et où existe une véritable affinité culturelle.

 

Tour hebdo : Quels segments de clientèle que vous visez ?

Dinesh Burrenchobay : Cette année, nous allons concentrer nos efforts sur le marché MICE, un segment que nous n'avons pas suffisamment développé ces dernières années. Nous souhaitons également renforcer notre offre en matière de tourisme culturel et sportif. Depuis le Covid, les voyages en famille intergénérationnels ont pris un essor considérable, et nous demeurons une destination de référence pour les voyages de noces et les lunes de miel.

 

Tour hebdo : Vous avez évoqué le concept de tourisme régénératif. Pouvez-vous nous expliquer ?

Dinesh Burrenchobay : Je crois profondément que nous devons aujourd'hui dépasser la simple notion de tourisme durable — qui vise à être neutre — pour embrasser celle du tourisme régénératif, qui est, lui, résolument positif. Cela implique de travailler en partenariat avec l'ensemble des acteurs liés au tourisme, publics comme privés, pour développer une politique où nos visiteurs deviennent parties prenantes : qu'en quittant notre île, ils aient contribué à la laisser dans un meilleur état qu'à leur arrivée. Un tourisme où le visiteur est pleinement impliqué avec les communautés locales, où ces communautés en ressortent gagnantes, et où l'environnement est préservé pour les générations futures.

 

Tour hebdo : la cible française est concernée ?

Dinesh Burrenchobay : Bien sûr : la France étant notre premier marché en termes d'arrivées touristiques, les professionnels du tourisme français sont nos premiers ambassadeurs et ont un rôle déterminant à jouer. L'île Maurice doit s'imposer durablement dans l'esprit des voyageurs français comme le premier réflexe pour des vacances loin de l'Europe.

 

Tour hebdo : Les tour-opérateurs et les agences de voyages restent un réseau déterminant pour l’île ?

Dinesh Burrenchobay : Bien entendu. C'est un travail continu, mené en direct ou en collaboration avec les hôteliers. Il est essentiel de rester connectés à nos partenaires distribution et de les former régulièrement aux évolutions de notre offre touristique. Nous allons également accélérer la présence de notre office du tourisme sur nos principaux marchés, à travers des rencontres directes avec la presse — seuls ou avec nos partenaires hôteliers et aériens —, ainsi que des roadshows réguliers.

 

Tour hebdo : Des nouvelles des capacités aériennes ?

Dinesh Burrenchobay : Maurice n'a jamais été aussi bien connectée qu'au cours de ces six derniers mois. Le conflit dans le Golfe nous a contraints à revoir notre stratégie de hubs. Notre compagnie nationale, Air Mauritius, a joué un rôle crucial en ajoutant six vols supplémentaires au départ direct de Paris lorsque le hub de Dubaï a été compromis. Cela dit, Dubaï conserve toute sa place dans notre dispositif, tout comme Addis-Abeba avec Ethiopian Airlines à partir du 12 juillet 2026, ou encore Istanbul avec Turkish Airlines et ses dix fréquences hebdomadaires. L'Afrique du Sud bénéficiera également d'une nouvelle liaison depuis Le Cap avec Airlink en décembre. Sur ce front, nous avançons avec le soutien du ministre du Tourisme et des autorités compétentes.

 

Tour hebdo : Quels sont vos nouveaux projets ou initiatives ?

Dinesh Burrenchobay : Le gouvernement vient d'annoncer, dans le cadre du budget national, la mise en place de visas électroniques et de portiques automatisés à l'aéroport. C'est une excellente nouvelle, à condition que le déploiement soit rapide, car la première impression de notre pays se fait dès l'aéroport à l'arrivée — après un long vol pour les Européens — et la dernière au moment du départ. Un travail est également en cours pour améliorer la signalétique sur les sites touristiques. Nous souhaitons par ailleurs développer une application mobile dédiée à nos visiteurs, afin d'être encore plus réactifs face à leurs besoins et leurs demandes durant leur séjour. Enfin, une refonte de l'École hôtelière de Maurice a été annoncée, pour la moderniser et préparer nos jeunes souhaitant embrasser une carrière dans l'hôtellerie et la restauration.

 

Tour hebdo : Enfin, quelle est votre vision de la destination Maurice dans cinq à dix ans ?

Dinesh Burrenchobay : Je le répète volontiers : l'île Maurice doit impérativement rester le premier choix des voyageurs en quête d'une expérience immersive, authentique, paisible et unique. Une destination où l'on se déconnecte vraiment, où l'on prend le temps de vivre, et où l'on a toujours envie de revenir. Nos concurrents ont su faire évoluer leur offre ces dernières années, et nous devons faire de même — en définissant une offre qui soit véritablement le reflet de ce qu'est Maurice aujourd'hui et demain. Maurice restera une destination premium, et nous veillerons à ce que la montée en gamme se fasse par le haut, sans exception.

 

 

 

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