Entretien exclusif de Prakit Saiporn de l’office du tourisme de Thaïlande
Pour Tour Hebdo, Prakit Saiporn, représentant de l’Office du tourisme de Thaïlande, revient sur les ambitions et les enjeux de ce territoire.
Tour Hebdo : Pourquoi la Thaïlande mise-t-elle aujourd’hui sur la région de l’Isan ?
Prakit Saiporn : On parle beaucoup de surtourisme dans le monde. Si ce mot vous inquiète, il faut commencer dès maintenant à développer d’autres destinations. L’Isan représente une formidable opportunité. Cette région compte une vingtaine de provinces, avec une richesse culturelle et naturelle encore peu exploitée par le tourisme international.
Tour Hebdo : Quels sont vos objectifs en termes de fréquentation ?
Prakit Saiporn : En 2024 nous avons accueilli environ 22 000 visiteurs français dans l’Isan. C’est encore peu mais la progression reste significative. L’objectif est d’augmenter progressivement ces chiffres tout en conservant l’authenticité de la région.
Tour Hebdo : Comment comptez-vous structurer cette montée en puissance ?
Prakit Saiporn : Nous avons commencé par identifier des événements forts. Trois festivals sont au cœur de notre stratégie : le festival des fusées, le festival des bateaux illuminés et le festival des bougies. Ce sont des expériences uniques qui permettent une première découverte de l’Isan.
En parallèle, nous travaillons avec les tour-opérateurs, les compagnies aériennes et les acteurs locaux pour structurer l’offre.
Tour Hebdo : Vous évoquez souvent le modèle français. En quoi vous inspire-t-il ?
Prakit Saiporn : La France a accueilli plus de 100 millions de visiteurs internationaux. Pourtant, on ne parle pas de surtourisme généralisé. Pourquoi ? Parce que les flux sont bien répartis sur l’ensemble du territoire. Les touristes vont aussi dans les villages et les petites villes.
C’est exactement ce que nous voulons faire en Thaïlande : encourager la découverte de régions comme l’Isan.
Tour Hebdo : L’Isan est-il prêt à accueillir davantage de touristes internationaux ?
Prakit Saiporn : Oui, même si tout n’est pas encore au niveau des grandes destinations. On trouve des hébergements de qualité correcte, principalement des hôtels locaux, et certaines chaînes commencent à s’implanter.
Les infrastructures de transport sont bonnes : routes, aéroports régionaux, trains… Il est tout à fait possible de construire des itinéraires complets dans la région.
Tour Hebdo : Qu’en est-il de l’expérience client sur place ?
Prakit Saiporn : C’est justement l’un des grands atouts de l’Isan. Le contact avec la population est très authentique. Il y a encore peu de tourisme de masse, donc les échanges sont naturels, spontanés.
C’est une expérience différente, plus immersive, qui correspond aux attentes actuelles des voyageurs.
Tour Hebdo : La francophonie joue-t-elle un rôle dans cette stratégie ?
Prakit Saiporn : Absolument. Nous avons de nombreux guides formés en français, notamment dans les universités. Le défi, c’est de les garder dans l’Isan, car ils sont souvent attirés par le sud, où l’activité touristique est plus développée.
Mais avec l’augmentation des flux, nous espérons créer un cercle vertueux.
Tour Hebdo : Quels types de circuits recommandez-vous aux professionnels du tourisme ?
Prakit Saiporn : L’idéal est de combiner l’Isan avec d’autres régions. Par exemple, commencer par un circuit culturel dans le nord-est, puis terminer par quelques jours dans une destination balnéaire.
Cela permet d’offrir un produit complet, équilibré et différenciant.
Tour Hebdo : Un dernier message aux professionnels français ?
Prakit Saiporn : Nous avons tous les acteurs autour de la table : tour-opérateurs, compagnies aériennes, institutions… Il nous manque encore les touristes.
C’est ensemble que nous devons faire découvrir cette région. Une idée, un circuit, une programmation peuvent faire la différence.
Conclusion
Avec l’Isan, la Thaïlande ouvre un nouveau chapitre de son développement touristique. Une destination encore confidentielle, mais appelée à jouer un rôle clé dans un tourisme plus durable et mieux réparti.