Au congrès des Entreprises du Voyage (EDV), Jean‑François Copé a livré un discours sans détour, mêlant analyse économique, plaidoyer politique et mise en garde contre les dérives populistes
Une prise de parole offensive, en réponse aux injonctions bien pesées de Marc Rochet, marquée par une volonté assumée de « dire les choses » dans un contexte qu’il décrit comme un véritable basculement mondial.
Un rejet des postures radicales et du populisme
D’emblée, l’ancien ministre a dénoncé les élus « qui hurlent plus fort que les minorités », fustigeant une instrumentalisation des tensions locales, notamment autour des nuisances aéroportuaires. Pour lui, céder à la surenchère émotionnelle revient à abandonner toute responsabilité politique.
Dans le même esprit, il a vivement critiqué les partis populistes, citant à la fois le Rassemblement national et La France insoumise, accusés de bâtir leurs propositions sur « la peur, la colère et la frustration » sans solutions viables. En contrepoint, il a mis en garde contre des exemples étrangers comme celui de Viktor Orbán, évoquant un pouvoir verrouillé et un bilan économique dégradé.
Écologie : un discours pragmatique et assumé
Sur la transition écologique, Jean-François Copé a revendiqué une ligne « responsable mais réaliste ». Refusant toute vision qu’il juge dogmatique, il a insisté sur la nécessité de concilier impératifs environnementaux et contraintes économiques : « mourir guéri, ce n’est pas une solution ».
Il a salué le « rétropédalage intelligent » de Union européenne sur certaines politiques industrielles, notamment dans les secteurs automobiles, nucléaire et aérien. À ses yeux, l’avenir passe par des solutions progressives comme les carburants durables (SAF), tout en reconnaissant les limites technologiques actuelles, notamment sur l’avion à hydrogène.
Une critique frontale de la technocratie
L’ancien maire de Meaux a également ciblé la bureaucratie française, qu’il juge excessive. Selon lui, la responsabilité incombe avant tout au politique : « quand la technocratie est trop présente, c’est que le politique ne l’est pas assez ».
Il a plaidé pour un État plus stratège, capable de piloter son administration et de fixer des orientations claires, afin de mettre fin à la prolifération des normes inefficaces.
Travail, dépenses publiques et réformes structurelles
Sur le terrain économique, Jean-François Copé a défendu une ligne résolument libérale et réformatrice. Il propose notamment :
- d’augmenter le temps de travail avec une demi-journée supplémentaire hebdomadaire, compensée par une hausse significative du pouvoir d’achat ;
- de repousser l’âge de départ à la retraite en l’indexant sur l’espérance de vie ;
- de réduire massivement les dépenses publiques en s’attaquant aux réformes structurelles, plutôt qu’à des économies symboliques.
Il déclare : « je ne connais pas un parent au monde capable de dire : ‘’mes enfants pour réussir dans la vie, il faut travailler moins à l’école’’. C’est pourtant exactement ce qu’on dit au français en ce moment. Il faut avoir le courage de leur dire que pour maintenir notre rang dans l’univers des nations, la France doit travailler plus ».
a également évoqué la fin de l’emploi à vie dans la fonction publique pour les nouveaux entrants, estimant que l’État doit devenir un employeur plus efficace et flexible.
Atouts français et stratégie nationale
Malgré un diagnostic sévère, Jean-François Copé a tenu à rappeler les forces du pays : première destination touristique mondiale, infrastructures de qualité héritées notamment de figures historiques comme Charles de Gaulle, et grandes entreprises capables de se moderniser.
Pour lui, l’enjeu central est stratégique : aligner volonté politique, performance économique et transition écologique.
Un avertissement politique à un an de la présidentielle
À l’approche des échéances électorales, l’ancien dirigeant de l’UMP a lancé un appel à la clarté : les Français devront choisir entre des solutions « complexes mais solides » et des promesses simplistes.
Écartant toute fatalité, il a insisté sur la nécessité d’une majorité claire à l’Assemblée nationale et d’un leadership fort, sans céder aux extrêmes. Dans une formule provocatrice, il a ironisé sur le choix entre Jean‑Luc Mélenchon à 76 ans et Jordan Bardella à 14 ans et demi, appelant à une alternative crédible.
« Un changement de monde »
Enfin, Jean-François Copé a replacé son discours dans une perspective plus large : celle d’un « changement de monde » marqué par le retour des puissances autoritaires et l’affaiblissement des démocraties.
Face à cette recomposition, il appelle à une réaction lucide et déterminée : défendre l’État de droit, refuser la victimisation et reconstruire un projet collectif sans compromis.
« Il faut renouer avec le positivisme et ne plus laisser le bashing prendre le leadership dans les opinions »
Une intervention dense, directe et résolument politique, qui confirme la volonté de Jean-François Copé de peser dans le débat public à l’approche des prochaines échéances nationales.