Intervention sans filtre, ton direct et chiffres à l’appui : au congrès des EdV, Amir Reza-Tofighi a livré une lecture explosive de la situation économique et sociale.
Entre défense des PME du tourisme, critique du modèle français et mise en garde politique, le président de la CPME a électrisé la salle.
“On est là pour vous, mais il va falloir se battre”
Dès l’entame, le ton est donné : improvisation assumée, mais message structuré. Face à une filière tourisme fragilisée par la crise au Moyen-Orient, Amir Reza-Tofighi insiste sur le rôle de l’interprofession.
« Le monde économique est responsable. On ne demande pas des aides pour tout le monde. On demande du ciblage. Et vous, vous êtes clairement dans les secteurs les plus impactés. »
Dans le viseur : les dispositifs d’activité partielle jugés trop complexes, les reliquats d’aides Covid réclamés par l’administration, et une réponse publique qualifiée de “partielle”.
Le message est limpide : sans mesures adaptées, le dialogue social pourrait se durcir :
« Si vous n’apportez pas de vraies réponses, il n’y aura plus de négociation. »
1er mai : “Un débat lunaire dans un pays en crise”
Impossible pour le président de la CPME d’éviter le sujet polémique de l’ouverture des commerces le 1er mai. Et là encore, le ton monte.
« On a passé un mois sur un sujet anecdotique, alors que des entreprises vont mourir. »
Il dénonce un recul politique face aux pressions syndicales, visant notamment la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet : « Qui gouverne aujourd’hui ? Une menace de grève suffit à faire reculer l’exécutif ? »
Pour lui, le débat est révélateur d’un mal plus profond : une vision du travail où le salarié serait “à protéger contre lui-même”, même lorsqu’il est volontaire pour travailler davantage et gagner plus.
Arrêts maladie : “Une dérive qu’on refuse de regarder en face”
Autre charge frontale : l’explosion de l’absentéisme.
Avec +45 % de hausse des dépenses depuis 2019, Amir Reza-Tofighi parle sans détour de “fraude” et d’“hypocrisie collective” : « Aujourd’hui, en cinq minutes en visio, vous avez un arrêt maladie. Et personne ne veut regarder les abus. »
Selon lui, le système actuel — indemnisation élevée, faible contrôle — crée un effet d’aubaine dangereux pour la soutenabilité : « Si on ne traite pas le sujet, le système à 18 milliards d’euros ne tiendra pas. »
Un modèle à bout de souffle
Le cœur de son intervention repose sur une critique radicale du modèle social français.
Les chiffres claquent :
- 100 € versés par l’employeur
- 52,80 € dans la poche du salarié
« Et encore, avant TVA », insiste-t-il.
En d’autres mots, le travail ne paie plus. Une rupture majeure dans la promesse républicaine d’ascension sociale…
Pour Amir Reza-Tofighi, le diagnostic est sans appel :
- un système financé quasi exclusivement par le travail
- un déséquilibre démographique croissant
- une pression accrue sur actifs et entreprises
Il souligne : « On fait porter à de moins en moins d’actifs le financement de plus en plus de dépenses. Ça ne peut pas marcher. »
Dans son viseur :
- le poids des retraites
- le financement de la santé
- les charges sociales jugées excessives
Et une critique politique assumée : « Les actifs sont les grands sacrifiés du système. »
Dans une formule qui fait mouche, il compare la fiscalité du travail aux politiques de santé publique :
« On taxe le tabac pour que les gens arrêtent de fumer. On taxe le sucre pour qu’ils arrêtent d’en consommer. Et on taxe le travail… sans comprendre qu’on décourage l’emploi. »
L’entreprise, dernier bastion du collectif
Malgré ce tableau sombre, le patron de la CPME conclut sur une note plus fédératrice : « L’entreprise est le dernier lieu où l’on fait du compromis. »
Dans une société fragmentée et un paysage politique bloqué, elle reste selon lui :
- un espace de cohésion sociale
- un moteur d’innovation
- un pilier de souveraineté (industrielle, sanitaire, militaire)
Il rappelle au public : « Derrière chaque défi du pays, il y a des entrepreneurs. »
Un avertissement politique en filigrane
Au-delà du secteur touristique, cette intervention dépasse largement le cadre des EdV. Elle esquisse un débat central à venir : celui du rapport au travail, du financement du modèle social et des choix politiques à horizon 2027.
Tonitruant, clivant, mais structuré, Amir Reza-Tofighi a, le temps d’une intervention, déplacé le débat bien au-delà du tourisme.
Et rappelé une chose aux professionnels présents : dans un environnement instable, la bataille ne sera pas seulement économique — elle sera aussi idéologique.