Intervention de Pascal de Izaguire, président de la FNAM : « L’objectif de la FNAM reste une réduction de la fiscalité »
Alors que l’IATA se félicite d’une année 2025 record pour le transport aérien mondial, la France apparaît à contre-courant. Fiscalité excessive, contraintes réglementaires, recul du pavillon français qui fragilisent durablement le secteur.
Pascal de Izaguire, président de la FNAM, dresse un état des lieux sans concession.
2025 est présentée comme une très bonne année pour le transport aérien mondial.
« Il est vrai que les chiffres publiés récemment par l’IATA sont impressionnants : près de 5 milliards de passagers transportés dans le monde en 2025, avec une progression marquée du trafic. Mais il faut immédiatement apporter des bémols essentiels.
La croissance du transport aérien sur le long terme ne sera ni européenne ni américaine. Elle se concentre désormais très clairement sur d’autres zones géographiques beaucoup plus dynamiques. Les prévisions de croissance moyenne du chiffre d’affaires du transport aérien européen s’établissent autour de 2,3 %, quand toutes les autres régions du monde affichent des performances bien supérieures. »
L’Europe parvient malgré tout à tirer son épingle du jeu en 2025
« L’Europe a effectivement connu en 2025 un rattrapage post-Covid, avec une croissance du trafic de +3,8 %. Fait marquant : le nombre de mouvements aériens en Europe est revenu exactement à son niveau de 2019, à quelques dizaines de vols près.
La progression du trafic s’explique principalement par une meilleure optimisation des capacités : hausse des coefficients de remplissage et utilisation d’avions de plus grande capacité. C’est un point positif.
Mais cette dynamique européenne reste relative à l’échelle mondiale, et surtout, elle ne profite pas à la France dans les mêmes proportions »
la situation spécifique de la France en 2025
« En France, le trafic total a atteint 183 millions de passagers en 2025, soit +1,9 % par rapport à 2019. C’est une année charnière : nous sortons enfin de la période post-Covid pour entrer dans une phase de croissance.
Cependant, cette croissance est plus faible que celle de l’Europe. Le trafic aérien en France a progressé de 2,8 %, quand le trafic européen augmentait de 5 %. Cet écart de plus de deux points est extrêmement préoccupant.
Résultat : à l’été 2025, la France n’était plus que le sixième marché aérien européen, alors qu’elle occupait encore la quatrième place en 2024. »
Les principaux freins à cette croissance du secteur
« Ils sont multiples.
D’abord, les contraintes géopolitiques : fermetures d’espaces aériens, interdictions de survol, instabilité internationale. Ces facteurs perturbent profondément l’activité des compagnies aériennes.
Ensuite, un élément majeur : la pénurie d’avions. Les capacités de production et de livraison des constructeurs sont insuffisantes. En 2025, Airbus a livré 793 avions, contre 863 en 2019. Boeing, de son côté, reste très en deçà de ses niveaux d’avant-crise.
Pour les compagnies, cela se traduit par des délais de livraison de plus en plus longs et un marché de l’occasion totalement asséché. Les compagnies sont contraintes de prolonger la durée de vie de leurs flottes ou de se battre pour trouver des appareils disponibles. C’est un frein majeur à la croissance future du secteur. »
Evolution de la structure du trafic aérien français
« Le trafic français est aujourd’hui très majoritairement international : 85 % du trafic total. Ce segment progresse fortement, avec +7,3 % en 2025 par rapport à 2019.
En revanche, le trafic domestique s’effondre :
- –21 % par rapport à 2019
- –30 % sur les lignes radiales
Seul le trafic vers l’outre-mer résiste, avec +3,1 %. À titre de comparaison, le trafic sur les lignes radiales est revenu à son niveau de 1983, et celui des transversales à celui de 2015. Ce sont des tendances lourdes et structurelles. »
Lire aussi : Aérien 2026 : année charnière pour le pavillon français
L’impact de la fiscalité
« Les effets sont désormais visibles. La hausse de la fiscalité décidée par la France a introduit de véritables ruptures.
En 2025, la croissance du trafic et de l’offre aérienne en France est inférieure de plus de deux points à celle de l’Europe. Cela signifie que, dans un marché européen déjà en perte de vitesse relative à l’échelle mondiale, la France décroche encore davantage.
Plus inquiétant encore : la fiscalité française influence désormais les choix d’allocation de capacité des compagnies, y compris étrangères. Celles-ci réduisent leur présence sur le marché français pour la reporter vers des pays européens à fiscalité plus favorable. »
Le pavillon français
« Le pavillon français est en recul continu depuis vingt ans, avec une perte régulière de parts de marché. En 2025, un phénomène paradoxal est apparu : le pavillon étranger a crû moins vite que le pavillon français, non pas grâce à un regain de compétitivité française, mais parce que la fiscalité pénalise le marché français dans son ensemble.
C’est extrêmement préoccupant, car cela affaiblit la souveraineté aérienne, l’emploi, et l’attractivité économique du pays. »
L’aviation d’affaires
« L’aviation d’affaires est également touchée de façon dramatique. En 2025, le trafic français d’aviation d’affaires a chuté de 20 % par rapport à 2024, dans un marché pourtant en croissance au niveau mondial.
Aujourd’hui, 90 % du trafic d’aviation d’affaires vers et depuis la France est assuré par des pavillons étrangers. Nous assistons à une quasi-destruction du pavillon français dans ce segment. C’est une alerte majeure. »
Des signaux plus positifs pour l’avenir
« La bonne nouvelle, c’est qu’en 2026, nous pourrions assister à une stabilisation de la fiscalité, après une année 2025 marquée par 1,3 milliard d’euros de taxes supplémentaires imposées au transport aérien français.
Nos arguments commencent à porter. Les administrations et les pouvoirs publics prennent désormais conscience de l’impact négatif d’une fiscalité excessive sur la croissance, l’emploi et la compétitivité du pays.
Mais soyons clairs : la stabilité ne suffit pas. L’objectif de la FNAM reste une réduction de la fiscalité, condition indispensable pour restaurer la compétitivité du transport aérien français et préserver sa souveraineté. »