Défis climatiques, industriels et géopolitiques du secteur aérien… Florence Parly intervient sur le thème : “Dépasser l’aviation bashing pour construire un transport aérien responsable et souverain”
Une invitée à la double légitimité
Invitée d’honneur de la conférence organisée par l’association Marco Polo sur le thème « L’aviation bashing : dépasser la caricature pour construire l’avenir », Florence Parly, aujourd’hui présidente du conseil d’administration d’Air France-KLM, a été présentée comme une figure singulière du transport.
Ancienne ministre des Armées, passée par la direction d’Air France et de SN.CF Voyageurs, elle incarne une vision transversale entre rail et aviation.
Enjeux climatiques et croissance du trafic
Dès l’ouverture, Florence Parly a posé le cœur du débat : la tension entre croissance et climat.
« La demande de transport aérien est une réalité mondiale, notamment en Asie et en Afrique. La question n’est pas de la nier, mais d’y répondre de manière responsable. »
Elle rappelle que, malgré une hausse du trafic, Air France-KLM a réduit ses émissions de CO₂ :
« En quinze ans, nous avons diminué nos émissions de 6 %, alors même que le trafic augmentait. »
Trois leviers structurent cette transition :
« Le premier, c’est le renouvellement de la flotte, avec un objectif de 80 % d’avions modernes d’ici 2030. Le deuxième, ce sont les carburants durables. Le troisième, c’est l’optimisation opérationnelle, souvent invisible, mais essentielle. »
C’est Didier Brechemier Senior Partner chez Roland Berger et Arnaud de Lamezan vice-président de Marco Polo qui se sont chargé n’animer les échanges.
Le défi du SAF et les contraintes industrielles
Sur les carburants durables (SAF), le discours laisse paraître une large préoccupation :
« La biomasse n’est pas réservée à l’aviation. Elle est en concurrence avec d’autres usages, comme le chauffage, alors que pour l’aviation, il n’y a pas d’alternative. »
Elle alerte sur l’insuffisance de production :
« Si toutes les compagnies utilisaient du SAF aujourd’hui, la production mondiale ne suffirait pas. »
Quant aux carburants synthétiques : « L’e-SAF reste aujourd’hui un concept. Il n’existe pas encore de réalité industrielle. »
Elle souligne également un paradoxe industriel :
« Les retards de livraison d’avions neufs, liés à la désorganisation post-Covid, nous obligent à conserver des appareils plus anciens, au moment même où nous cherchons à moderniser nos flottes. »
Intermodalité : la complémentarité train-avion
Forte de son expérience ferroviaire, Florence Parly défend une vision intégrée :
« La SNCF est la meilleure amie d’Air France. »
Elle constate l’évolution du marché :
« Le réseau domestique a fortement diminué, sous l’effet du TGV, des nouvelles habitudes et de la visioconférence. »
Et insiste sur la convergence :
« L’avenir, ce n’est pas d’opposer train et avion, c’est de connecter la France et l’Europe au reste du monde. »
Fiscalité et concurrence internationale
Sur le terrain économique, le ton se durcit :
« Notre priorité n’est pas de compenser nos émissions, mais de les réduire. Nous refusons une logique où, parce qu’on paye, on aurait le droit de polluer. »
Elle dénonce des distorsions majeures :
« Les compagnies européennes sont soumises à des contraintes qui n’existent pas ailleurs. Cela crée un désavantage compétitif considérable. »
Illustration concrète : « Sur certaines lignes, comme Paris-Doha, des compagnies ont injecté des capacités massives, rendant impossible une présence équilibrée. »
Et sur la fiscalité française :
« Avec jusqu’à 43 % de taxes sur certains billets, nous affaiblissons notre pavillon. Cela fait vingt ans que nous perdons un point de part de marché par an. »
Technologies futures : entre espoir et réalisme
Florence Parly tempère les discours technologiques :
« L’avion électrique ou à hydrogène pour le long-courrier, aujourd’hui, relève de la science-fiction. »
Elle précise : « Faire voler 200 passagers au-dessus de l’Atlantique nécessite un saut technologique qui n’est pas prêt d’être franchi à court ni à moyen terme. »
Sociologie des passagers et libertés
Elle déconstruit ensuite certaines idées reçues :
« L’aviation n’est pas réservée aux plus riches : les catégories populaires représentent un tiers des passagers. »
Sur les jeunes :
« Les moins de 35 ans n’ont pas déserté l’avion, malgré leur conscience climatique. »
Et défend un principe fondamental :
« Limiter le nombre de vols par personne reviendrait à remettre en cause la liberté de circuler dans un pays libre. »
Aviation et ouverture au monde
La dimension philosophique de son propos s’affirme :
« Il serait terrible de condamner la possibilité de connaître et comprendre d’autres cultures. »
Elle oppose deux modèles historiques :
« Le ferroviaire s’est construit avec une logique de fermeture. L’aviation, dès la Convention de Chicago, a été pensée comme un outil d’ouverture. »
Géopolitique et souveraineté
Enfin, Florence Parly conclut sur une note stratégique :
« Le monde est devenu très dangereux. »
Elle insiste sur l’importance du transport aérien :
« Maintenir des compagnies européennes capables de relier l’Europe à l’Asie est une nécessité stratégique. »
Évoquant les crises récentes :
« L’évacuation d’Afghanistan a montré notre capacité d’action, mais aussi notre isolement. »
Et appelle à un sursaut :
« L’Europe doit reconnaître que le transport aérien est une fonction souveraine. »
Au fil de cette intervention dense, Florence Parly aura défendu une ligne claire : refuser les caricatures, affronter les réalités industrielles et climatiques, et replacer l’aviation au cœur des enjeux de souveraineté et d’ouverture du XXIe siècle.