Face à l’explosion des coûts du kérosène et à un contexte géopolitique particulièrement instable, la Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers (FNAM) affiche une confiance mesurée pour la saison estivale
Son président, Pascal de Izaguirre, a insisté sur les signaux de stabilité envoyés par le gouvernement, notamment concernant la sécurisation des approvisionnements en carburant aérien.
« Nous restons extrêmement prudents sur nos annonces, cat nous sommes dans un environnement extrêmement mouvant, mais nous ne constatons pas de forte dépréciation du maché ». a-t-il déclaré en préambule lors de la conférence de presse qui vient de se tenir.
Une flambée historique du prix du kérosène
Le principal choc pour les compagnies aériennes françaises reste la hausse brutale du coût du carburant. « Le prix du kérosène était de 600 euros la tonne avant le conflit. Il est monté jusqu’à 1 500 euros la tonne, soit une progression de 150 % », rappelle Pascal de Izaguirre.
Cette envolée bouleverse l’économie du transport aérien : « Le kérosène représentait entre 25 % et 30 % des coûts des compagnies. Aujourd’hui, il peut atteindre jusqu’à 45 % des charges. »
Pour autant, le président de la FNAM souligne que les compagnies ont cherché à limiter les répercussions pour les voyageurs. « Les hausses tarifaires sont restées modérées et très loin d’être à la hauteur du choc subi sur le prix du kérosène », affirme-t-il. Une stratégie assumée pour « ne pas casser la dynamique de la demande » au moment où les réservations estivales sont cruciales.
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Des annulations « extrêmement marginales »
Alors que certaines inquiétudes ont émergé autour des annulations de vols, la FNAM tient à relativiser leur ampleur. « Il n’y a même pas 2 % des vols des compagnies françaises qui ont été annulés », insiste Pascal de Izaguirre.
Selon lui, les suppressions de rotations ont été « très ciblées » et essentiellement concentrées sur les mois de mai et juin, traditionnellement moins porteurs. « Les compagnies ont simplement procédé à des régulations commerciales sur certains vols devenus excessivement déficitaires. »
Le dirigeant veut surtout écarter tout scénario noir pour l’été : « Toutes les compagnies aériennes françaises ont pour ambition d’opérer leur programme de vols. Il n’y a pas de crainte à avoir d’annulations pour des raisons commerciales pendant la saison estivale. »
Le gouvernement rassure sur les approvisionnements
Le point central de la réunion ministérielle du 6 mai concernait la sécurisation du kérosène pour l’été. Sur ce sujet, la FNAM affiche sa satisfaction.
« Nous avons eu une mobilisation gouvernementale importante avec quatre ministres qui n’ont pas ménagé leur temps et nous ont apporté des réponses précises et claires », souligne Pascal de Izaguirre.
Le président de la FNAM insiste particulièrement sur les assurances reçues concernant les stocks stratégiques. « Tous les grands énergéticiens étaient représentés et ont donné des nouvelles rassurantes sur la continuité des approvisionnements. »
Il rappelle également que la France dispose de réserves importantes : « Nous avons eu la confirmation que le transport aérien serait considéré comme une activité prioritaire si les stocks stratégiques devaient être mobilisés. »
Pour la FNAM, ces garanties permettent d’aborder la haute saison avec davantage de visibilité. « Cela nous donne confiance dans notre capacité à opérer le programme de vols de l’été. »
Des réservations estivales qui tiennent bon
Autre motif de relative satisfaction : la demande ne montre pas, à ce stade, de véritable décrochage. « Nous ne constatons pas d’essoufflement de la demande », affirme Pascal de Izaguirre.
Même si « un certain attentisme » existe chez les consommateurs, les carnets de réservation restent solides. « Quand on regarde l’évolution des réservations pour l’été, nous sommes au même niveau que l’an dernier. Nous n’avons pas d’inquiétude particulière à ce stade. »
La saison estivale demeure en effet déterminante pour les transporteurs. « L’été représente une part majeure de l’activité annuelle et une part encore plus importante des résultats financiers des compagnies aériennes », rappelle le président de la FNAM. « Ne pas assurer son programme de vols reviendrait à se tirer une balle dans le pied. »
Des soutiens ciblés pour les compagnies fragilisées
La FNAM affirme également avoir obtenu des garanties sur d’éventuelles mesures d’accompagnement pour les transporteurs les plus exposés.
« Nous avons reçu des assurances extrêmement claires de la part du gouvernement », explique Pascal de Izaguirre, évoquant des dispositifs comparables à ceux déjà utilisés dans d’autres secteurs du transport : reports de cotisations sociales, étalements fiscaux ou encore prêts de trésorerie exceptionnels.
Le président de la FNAM estime toutefois que la crise actuelle remet en lumière les difficultés structurelles du transport aérien français et européen. Il appelle à « réexaminer la fiscalité du secteur » et à accélérer le développement des carburants durables d’aviation (SAF), désormais considérés comme « un enjeu de souveraineté énergétique ».
Vigilance sur l’Europe
Enfin, la FNAM reste attentive aux évolutions réglementaires européennes, jugées potentiellement pénalisantes pour la compétitivité des compagnies européennes.
Pascal de Izaguirre s’inquiète notamment des discussions autour de la révision du règlement européen sur les droits des passagers et de l’extension du marché carbone européen (ETS) au long-courrier. « Nous refusons toute mesure qui viendrait accroître encore les distorsions de concurrence avec les compagnies non européennes », avertit-il.
Malgré ces préoccupations, le mot d’ordre de la profession reste aujourd’hui la stabilité opérationnelle et commerciale pour l’été 2026. « Notre priorité immédiate, c’est de réussir la saison estivale », conclut le président de la FNAM.