À l’occasion de la convention du Cediv, la question des avantages comparés entre tour-opérateurs français et réceptifs locaux a suscité de nombreux débats
Pour Selatt Erdogan, directeur commercial de Mondial Tourisme, les critères de choix ne peuvent se limiter au seul critère de la flexibilité : garanties juridiques, responsabilité, capacité de négociation et adaptation commerciale constituent autant d’arguments en faveur du modèle TO. Entretien.
Tour Hebdo : Lors de la convention du Cediv, une polémique a émergé autour de l’intérêt de passer par un tour-opérateur plutôt que directement par un réceptif local. Que répondez-vous ?
Selatt Erdogan : L’élément essentiel pour prévenir les difficultés éventuelles est de disposer d’un interlocuteur en France. C’est un point fondamental dans l’organisation de voyages à l’étranger. Aujourd’hui, de nombreux réceptifs sont implantés directement dans les pays de destination, mais ils ne disposent pas forcément d’une licence française.
Or, lorsqu’une agence de voyages travaille avec Mondial Tourisme, nous avons une responsabilité vis-à-vis d’elle et de ses clients. En passant directement par un réceptif local, l’agence est soumise à la législation du pays concerné. C’est un risque qu’il faut prendre en considération.
Tour Hebdo : Quels sont les principaux risques pour les agences ?
Selatt Erdogan : Il faut réaliser une véritable étude comparative, mais celle-ci doit intégrer l’aspect juridique. Nous sommes tenus par la législation française, ce qui constitue une garantie importante pour le voyageur.
En cas de défaillance d’un réceptif à l’étranger, que devient l’agence ? Que devient le client final ? Aujourd’hui, nous bénéficions de la couverture de l’APST, ce qui apporte une sécurité supplémentaire à l’ensemble de la chaîne de distribution.
Tour Hebdo : Certains agents de voyages estiment pourtant qu’il est possible d’obtenir de meilleurs prix en achetant directement les prestations…
Selatt Erdogan : Pour ce qui concerne Mondial Tourisme, nous sommes un opérateur très engagé, aussi bien sur l’aérien que sur les prestations terrestres. C’est ce que l’on appelle l’intégration verticale.
Grâce à nos engagements financiers importants et à nos volumes d’achats, nous obtenons des conditions tarifaires particulièrement compétitives. Très souvent, un package complet comprenant le vol, les transferts et l’hôtel revient moins cher qu’un assemblage réalisé séparément par une agence qui achèterait chaque prestation individuellement.
« Passer par un TO, c’est aussi bénéficier de la protection de la législation française »
Tour Hebdo : Comment se porte actuellement Mondial Tourisme dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques ?
Selatt Erdogan : Nous n’avons pas vécu la même situation que pendant la période Covid. Certes, il y a eu un net ralentissement, mais nous ne sommes jamais tombés à zéro vente.
Aujourd’hui, nous avons progressivement rattrapé une partie du retard. Nous enregistrons une baisse d’environ 12 %, ce qui ne n’est pas catastrophique dans le contexte actuel.
Tour Hebdo : Et pour certaines destinations, certaines soufrent plus que d’autres ?
Selatt Erdogan Oui, clairement. La Turquie est une destination qui connaît davantage de difficultés.
Ce n’est pas uniquement lié au contexte géopolitique. Il y a également un impact important de l’inflation. La Turquie était historiquement perçue comme une destination très économique. Aujourd’hui, lorsque l’on compare les prix, on atteint facilement les niveaux tarifaires des Canaries. L’écart de prix qui existait auparavant s’est fortement réduit.
Tour Hebdo : Quelle destination résiste le mieux chez Mondial Tourisme ?
Selatt Erdogan Sans hésitation, la Tunisie. C’est la destination sur laquelle nous avons le moins souffert en matière de réservations et de ventes. Elle continue d’offrir un excellent rapport qualité-prix et répond parfaitement aux attentes d’une clientèle en quête de maîtrise budgétaire.
Tour Hebdo : Peut-on encore espérer un été satisfaisant ?
Selatt Erdogan : Le principal problème est que nous sommes déjà au 21 juin. Une partie importante de la saison estivale est donc déjà jouée.
Cela signifie qu’il y aura forcément des opérations de dernière minute. En tant que tour-opérateur engagé, nous disposons de stocks importants aussi bien dans l’aérien que dans l’hébergement. Si ces stocks ne sont pas vendus, nous sommes contraints d’ajuster nos prix afin d’éviter les invendus et de limiter les pertes.
Tour Hebdo : Comment gérez-vous cette problématique ?
Selatt Erdogan : Nous pilotons notre activité quotidiennement. Nous analysons les ventes à horizon de trente jours et prenons des décisions en fonction des remplissages constatés.
C’est un exercice particulièrement précis, mené par notre direction transport, qui ajuste en permanence les capacités et les politiques tarifaires pour optimiser les ventes.
Tour Hebdo : Quelles sont vos perspectives pour l’arrière-saison ?
Selatt Erdogan L’année dernière, nous étions très en avance sur les réservations de septembre et octobre. L’après-saison est devenue un moment extrêmement important et ça se confirme cette année.
Aujourd’hui, septembre rivalise largement avec juillet en termes de fréquentation. De plus en plus de voyageurs privilégient cette période pour bénéficier d’une météo agréable et de conditions tarifaires attractives. Le second semestre représente désormais un véritable moteur de croissance.
Tour Hebdo : Les voyageurs recherchent aussi davantage de personnalisation. Est-ce possible chez Mondial Tourisme ?
Selatt Erdogan : Absolument. C’est précisément l’objectif de notre offre « Flex ». Aujourd’hui, environ 20 % de nos ventes sont réalisées sous cette forme. Les 80 % restants reposent encore sur nos engagements traditionnels. Le Flex apporte davantage de souplesse aux clients qui souhaitent raccourcir ou prolonger leur séjour et sortir du schéma classique des sept nuits.
Tour Hebdo : Comment les agences accèdent-elles à cette offre ?
Selatt Erdogan : Tout se fait directement depuis notre espace professionnel, en temps réel.
Les agences identifient immédiatement les disponibilités Flex grâce à un système de codes couleur. Elles savent ainsi si le vol provient de nos stocks engagés ou d’une offre flexible. Nos équipes commerciales ont largement accompagné le réseau dans la prise en main de cet outil.
Tour Hebdo : Quel est le délai de réponse pour une demande Flex ?
Selatt Erdogan : La réponse est instantanée. L’émission des billets est également immédiate.
C’est un véritable gain de temps pour les agences. En revanche, cela suppose une vigilance particulière lors de la réservation, car une fois le billet émis, toute erreur peut avoir des conséquences immédiates.