Par Luniwave - spécialiste des comportements clients dans l’hôtellerie, entrepreneur dans l’hôtellerie durable, CEO de Luniwave
En mars 2026, dix-neuf organisations représentatives du commerce ont déposé un recours contentieux devant le Conseil d'État. En cause : l'arrêté « Valeurs absolues VI », pris dans le cadre du dispositif Éco-énergie tertiaire, que ces acteurs jugent déconnecté des réalités du terrain. Ce recours n'est pas un acte d'obstruction, c'est un signal d'alarme sur une méthode qui rate sa cible.
Un dispositif qui sanctionne la pierre, pas la consommation
Issu de la loi ELAN de 2018, le dispositif Éco-énergie tertiaire impose aux bâtiments de plus de 1 000 m² des réductions de consommation énergétique progressives : moins 40 % en 2030, moins 50 % en 2040, moins 60 % en 2050, par rapport à une année de référence. Des travaux conduits sur plus de 500 sites montrent qu'à l'horizon 2030, près d'un établissement sur deux ne pourra pas atteindre ces seuils y compris des bâtiments récents, conformes aux normes actuelles en vigueur, qui se retrouveraient non conformes dès leur ouverture.
Plus frappant encore, la majorité des hôtels indépendants, dont la surface est inférieure au seuil de 1 000 m², n'est soumise à aucune obligation. Et pourtant, ils subissent la même explosion des coûts d'exploitation et font face à la même urgence environnementale.
Le critère du mètre carré ne fait pas de politique énergétique mais produit de l'arbitraire sans aucune efficacité réelle. Le dispositif surtranspose par ailleurs le droit européen. La directive sur la performance énergétique des bâtiments prévoit que seuls 16 % des acteurs les plus énergivores agissent en priorité d'ici 2030. Le droit français, lui, soumet l'intégralité des sites dépassant le seuil réglementaire, qu'ils soient performants ou non, récents ou vétustes.
La même chambre, la même nuit : deux marges radicalement différentes
Dans l'hôtellerie, 70 % de la consommation d'eau et 60 % de la facture énergétique sont directement générés par les comportements des clients en chambre. Un voyageur consomme en moyenne trois fois plus d'eau et d'énergie qu'à son domicile. Les chiffres sont éloquents. Pour une nuitée facturée 130 euros, face à un client sobre, l'hôtelier dégage une marge nette de 66 %. Face à un client à consommation intensive dont l'usage de l'eau peut atteindre 500 litres par nuit, cette marge s'effondre à 32 %. La facture d'eau et d'énergie, multipliée par trois, dévore le résultat d'exploitation. Aucun ravalement de façade, aucune pompe à chaleur ne résoudra ce problème tant qu'on ne s'attaque pas à celui qui tient le robinet.
Le client veut de l’éco responsabilité mais pas pendant ses vacances.
70 % des voyageurs déclarent privilégier des établissements engagés dans une démarche durable. Mais 90 % réagissent négativement dès lors qu'une mesure de sobriété telle que la restriction d'eau ou le refus du changement quotidien du linge leur est imposée de manière contraignante. Le consommateur veut la transition écologique. Il refuse l'écologie punitive sur ses congés. Ce n'est pas de la mauvaise foi, c'est le fonctionnement ordinaire de la psychologie humaine, et c'est précisément ce que l'approche coercitive ignore dans sa conception comme dans son application.
Des solutions qui réduisent de 30 % la consommation sans toucher au bâtiment
Des dispositifs fondés sur l'incitation comportementale permettent déjà d'atteindre 30 % de réduction des consommations d'eau et d'énergie, directement sur le terrain, sans travaux, sans frustration client et sans pénaliser la rentabilité. Ils attendent d'être enfin reconnus et intégrés au sein des plans publics de transition écologique, cette fois-ci en adéquation complète avec la réalité de terrain.
Ce recours des dix-neuf organisations devant le Conseil d'État n'est pas un refus de la transition écologique, c'est la démonstration que la méthode est mauvaise. Il n'y aura pas de victoire climatique durable tant que la politique énergétique s'obstinera à sanctionner la pierre plutôt qu'à transformer et accompagner les comportements de ceux qui y vivent.