Tout juste un équilibre tout au long de l’année 2025 mais un net redressement en décembre
L’hôtellerie française a réalisé en 2025 une croissance de 2% de son chiffre d’affaires hébergement. L’indicateur-clé du secteur, le RevPAR1, est resté proche de l’équilibre tout au long de l’année, et a finalement bénéficié d’un mois de décembre favorable.
Organisée par In Extenso Tourisme Culture et Hôtellerie en partenariat avec Deloitte, Les Tendances de l’Hôtellerie est un rendez-vous attendu pour les acteurs clés du secteur.
Cette moyenne nationale cache évidemment des disparités :
Après une année 2024 atypique, marquée par la tenue des Jeux Olympiques, Paris a transformé l’essai : les retombées ont été au rendez-vous en 2025, permettant de réaliser une très belle progression de taux d’occupation (+5% à 82%). Parallèlement les prix moyens n’ont connu qu’un très léger tassement (-1% à 239 €) permettant d’afficher une hausse de 5% du RevPAR.
En dehors de Paris, l’Ile-de-France a été davantage à la peine en 2025. Les prix moyens, qui avaient été influencés l’an dernier par les Jeux Olympiques, ont logiquement reculé (-8% à 105 €), et la tendance a été amplifiée par une légère baisse du taux d’occupation (-1%). Ce dernier s’établit sur l’année à 64%, soit près de dix points au-dessous de son niveau pré Covid-19.
Entre temps il faut dire que le parc hôtelier a connu d’importantes évolutions. D’un côté, de nombreux hôtels Super-économiques ont disparu. De l’autre depuis 2022 plus de 10 000 chambres d’hôtels ou logements de résidences hôtelières ont été créés en petite et grande couronne, s’ajoutant aux 3 000 unités des nouveaux produits mis en marché dans Paris. L’absorption de cette croissance n’est pas facilitée par la morosité économique, qui rejaillit sur le volume des déplacements d’affaires, et le retour à la normale devrait ainsi être progressif.
Cette situation contraste avec celle de la Côte d’Azur, qui a fait encore mieux que Paris en 2025 : les hôtels ont connu une hausse de 5% des prix moyens et une légère croissance de la fréquentation (+1% à 60%). Cela leur a permis de réaliser une croissance de chiffre d’affaires de 6% en 2025, après un gain de 5% en 2024. La performance est particulièrement notable dans un contexte d’évolution importante de l’offre à Nice (+9% en trois ans).
Elle illustre une tendance plus générale favorable à l’hôtellerie de loisirs : en 2025 l’hôtellerie des littoraux français a elle aussi réalisé un gain de RevPAR de 6%, porté par une croissance de 4% des prix moyens. Cela coïncide avec la rénovation et la montée en gamme d’une partie de l’offre, et aux attentes d’une demande croissance de séjours plaisir et bien-être.
Enfin, la situation dans l’hôtellerie en Régions est plus hétérogène, et le gain de RevPAR en 2025 a été limité : +2%. C’est un peu mieux qu’en 2024 (0%) mais une certaine fébrilité se fait toujours sentir sur les marchés d’entrée de gamme, davantage exposés à la morosité économique. Les professionnels interrogés évoquent souvent la crise du BTP, qui limite les besoins d’hébergement d’ouvriers, ou les restrictions de budget pour les déplacements d’affaires. Les pôles urbains qui ont terminé 2025 en zone positive sont souvent ceux qui ont bénéficié d’une demande forte de séjours d’agrément : exposition de la Collection Pinault à Rennes, Transat Café l’Or au Havre, etc.
Comme l’an passé, les perspectives anticipées par In Extenso TCH pour 2026 relèvent d’un optimisme prudent :
A Paris, les professionnels restent confiants et envisagent une tendance dans la continuité de 2025 : demande forte et évolution raisonnable des prix moyens.
En Ile-de-France, l’enjeu réside désormais dans l’absorption des nouvelles capacités, en attendant un regain d’activité sur les segments d’affaires. Sans l’Airshow du Bourget, les professionnels devront consolider la fréquentation et stabiliser les prix moyens.
Après deux années consécutives de hausse des performances, les hôteliers de la Côte d’Azur perçoivent toujours des marges de progression, notamment en termes de prix moyens grâce aux investissements lourds consentis ces dernières années.
En Régions, où l’offre reste majoritairement orientée vers la clientèle d’affaires, 2026 s’annonce encore mitigée. Un gain modéré de 1% du RevPAR est ainsi anticipé.
Béatrice Guedj, Head of Research and innovation chez Swiss Life Asset Managers France, a présenté l’environnement économique dans lequel le secteur se place. Elle a précisé : « L’hôtellerie européenne a sous-performé par rapport à l’indice Euro-Stoxx 50 et par rapport aux tendances de long terme. Cette situation tient en partie en raison d’un déplacement des investissements vers le secteur de la défense. Toutefois, dans un contexte marqué par la volatilité des marchés boursiers et des taux longs américains, les investisseurs se tournent davantage vers l’Europe avec, surtout, un glissement des investissements du côté vers le non-côté. A la clef, des portefeuilles intégrant davantage d’hôtellerie. L’hôtellerie demeure, en ce sens, stratégique, pour les investisseurs en étant une classe offrant des rendements attractifs. Elle permet également d’adopter des stratégies diversifiées mixant sécurité (Core) et création de valeur (Value-Add) sur un marché porteur de croissance ».
Samantha Mardkhah, Directrice Régionale Europe Sud & Ouest chez STR (CoStar), a remis en perspectives les bilans français et européens par rapport aux données mondiales.
La croissance mondiale ralentit mais reste positive, tirée par l’hémisphère Est. L’Europe du Sud et les destinations balnéaires continuent d’afficher de bonnes performances. Le tourisme demeure résilient malgré un contexte politique tendu, bien qu’il n’en soit pas totalement protégé. Le segment MICE reste en dessous de son niveau de 2019. Globalement, le marché est stable mais la croissance s’annonce plus modérée.
Samantha Mardkhad souligne : « Dans un environnement en évolution, notre secteur démontre une résilience solide et une capacité d’adaptation durable, tout en avançant avec pragmatisme vers une croissance maîtrisée. »
L’évènement s’est poursuivi par un échange entre Luis Monteiro, Principal - Travel and Hospitality EMEA chez Amazon Web Services (AWS) et Joanne Dreyfus, Associée Transportation, Hospitality and Services chez Deloitte.
Répondant aux six facteurs de changements identifiés par Deloitte, Luis Monteiro souligne : « D'autres changements se profilent à l'horizon pour le secteur hôtelier… Face aux six forces qui transforment le comportement des consommateurs, les stratégies doivent évoluer. La nouvelle génération souhaite voyager autrement… Qui aurait cru que nous réserverions un séjour à l'hôtel à partir d'une simple photo sur les réseaux sociaux ? Grâce à la technologie, ce sera possible et une pré-réservation automatique se fera en un clic, sans même connaître le nom de l'établissement… ».
Enfin, après ces différentes interventions, place a été faite à une table-ronde intitulée " Canaux de distribution, piloter la rentabilité à l’ère de l’IA", animée par Olivier Petit, Directeur Général d’In Extenso Tourisme Culture et Hôtellerie, qui a réuni Jonathan Cassaigne, Référent Expert IA & Innovation chez Bpifrance, Olivier Cohn, Directeur Général de Best Western France, Timothée Hainguerlot, Directeur Général de SOHOMA, Pierre-Jean Puig, Director of Commercial - Southern Europe, CIS & Georgia chez IHG Hotels & Resorts et Alexandra Saenz, Vice-President Consulting de HRS Group.
En résonnance avec l’intervention de Luis Monteiro, les experts de la table-ronde ont partagé leur vision des changements stratégiques liés à l’IA dans la distribution hôtelière.
Après un retour sur l’essor des OTAs des dernières années, l’accent a été mis sur la manière dont chaque acteur appréhende cette nouvelle révolution et ses impacts sur la distribution hôtelière, en partageant expérience et perspectives de développement.
Olivier Petit a conclu : « La transition numérique et l’intégration de l’IA redéfinissent les codes de la distribution hôtelière. La maîtrise de la technologie, combinée à des stratégies de contenus et de fidélisation, permettra sûrement aux hôteliers de tirer parti des opportunités offertes. L’avenir repose sur un équilibre entre innovation technologique et stratégies humaines. »