Interview Bastien Crochet, VP Sales & Marketing de Orchestra : “Nous passons de plusieurs heures de traitement à quelques minutes"
Tour hebdo : Vous annoncez dans les colonnes du Quotidien du Tourisme une avancée technologique majeure. De quoi s’agit-il concrètement ?
Bastien Crochet : Notre métier, historiquement, consiste à faire circuler la donnée entre les tour-opérateurs et les distributeurs. Cela peut sembler invisible, mais c’est absolument critique : derrière chaque prix affiché ou chaque disponibilité, il y a des millions de lignes de données à traiter.
Jusqu’à récemment, l’intégration de ces flux pouvait prendre plusieurs heures. Aujourd’hui, grâce à un nouveau format de données beaucoup plus performant, nous avons réussi à réduire ce temps… à quelques minutes. C’est un changement radical, presque un changement d’échelle.
Tour hebdo : En quoi cette avancée est-elle significative ?
Bastien Crochet : Parce que l’impact est immédiat sur toute la chaîne de distribution. Avant, entre le moment où un tour-opérateur mettait à jour ses prix et celui où ils étaient visibles chez un distributeur, il pouvait se passer plusieurs heures, voire plusieurs jours.
Dans un marché où les prix évoluent en permanence, notamment à cause du transport aérien, ce décalage créait mécaniquement des erreurs des écarts, et parfois des frustrations côté client.
Passer de plusieurs heures à quelques minutes, cela signifie que la donnée est beaucoup plus fraîche. Et une donnée plus fraîche, c’est : moins d’erreurs, moins d’écarts de prix et plus de ventes finalisées.
C’est un gain de productivité très important, mais aussi un gain de fiabilité pour toute l’industrie.
Tour hebdo : Qu’est-ce qui permet ce saut de performance ?
Bastien Crochet : L’innovation repose sur le format de données. Nous nous sommes inspirés de technologies utilisées en Allemagne, où les volumes sont encore plus importants.
Concrètement, nous avons repensé la manière dont les fichiers sont structurés et ingérés. Cela permet de traiter des volumes massifs beaucoup plus rapidement comme de réduire les temps de calcul. En un mot, c’est toute la chaîne technique qui est optimisée.
Tour hebdo : A ce point ?
Bastien Crochet : Oui, car ce n’est pas juste une amélioration incrémentale. C’est une vraie refonte de la mécanique d’intégration.
Tour hebdo : Les professionnels de tourisme sont très familiers avec le cache dans le tourisme. Vous pouvez nous en rappeler le principe ?
Bastien Crochet : C’est fondamental. Imaginez que vous preniez une “photographie” des prix et des disponibilités à un instant donné. Cette photo est ensuite stockée pour être affichée très rapidement sur les sites de vente ou en agence.
C’est grâce à ce cache que l’on peut afficher une offre en quelques millisecondes, comme un séjour « à partir de 699 € ». Sans cela, nous ne pourrions pas proposer de calendrier des prix en agences de voyages et sur le web, et chaque affichage de disponibilité prendrait beaucoup de temps.
Mais ce principe a une limite : la photo peut devenir obsolète. Le prix ou la disponibilité peuvent changer entre le moment où l’information est stockée et celui où l’agence ou le client final réserve.
C’est pourquoi, au moment de la réservation, on repasse toujours sur du temps réel pour vérifier l’information auprès du tour-opérateur.
Tour hebdo : En quoi votre innovation améliore-t-elle ce fonctionnement ?
Bastien Crochet : Elle agit précisément sur la fraîcheur du cache. Si vous mettez à jour vos données toutes les 4 heures, votre “photo” peut être très décalée par rapport à la réalité. Si vous la mettez à jour toutes les quelques minutes, vous vous rapprochez beaucoup plus du temps réel.
C’est exactement ce que permet notre nouvelle solution. On ne supprime pas le cache — il reste indispensable — mais on le rend plus fiable.
Tour hebdo : Peut-on dire que cela résout les problèmes d’écarts de prix ?
Bastien Crochet : On les réduit drastiquement, oui. Les écarts de prix et les indisponibilités viennent souvent d’un manque de synchronisation entre les acteurs. En accélérant notre maillon de la chaîne, on améliore l’ensemble du système.
Mais il faut être clair : c’est un travail collectif. Si un producteur met 48 heures à mettre à jour ses données dans son système, nous retrouverons ces 48 heures dans le cache sur Orchestra. Il est donc essentiel de travailler de concert avec les tour-opérateurs et les distributeurs.
Tour hebdo : Cette évolution va-t-elle devenir un standard du marché ?
Bastien Crochet : C’est déjà en train de le devenir.
Nous avons déployé cette technologie auprès des tour-opérateurs utilisant notre système de production, et nous l’étendons progressivement aux autres qui distribuent leurs produits sur Orchestra. Nous sommes convaincus que le marché va naturellement l’adopter.
L’étape suivante, c’est de se rapprocher encore davantage du temps réel, en travaillant main dans la main avec tous les acteurs.
Tour hebdo : Au final, quel est l’enjeu principal ?
Bastien Crochet : Il est très simple : afficher le bon prix, au bon moment.
Dans un environnement où les clients comparent tout, en permanence, la fiabilité devient un levier de confiance et de conversion majeur.
Notre rôle, chez Orchestra, c’est de faire en sorte que la promesse affichée soit la bonne. Et aujourd’hui, grâce à cette avancée technologique, nous faisons un pas dans cette direction.