À l’occasion du comité d’été réunissant les partenaires et adhérents du réseau, Laurent Abitbol, président de Selectour, a dressé un état des lieux sans détour de la conjoncture touristique
Laurent Abitbol a d’abord tenu à rappeler les excellents résultats enregistrés en 2025. Sa plus grande satisfaction n’est pas liée aux performances du réseau lui-même mais aux retombées concrètes pour les agences adhérentes.
Pour le président de Selectour, cette redistribution témoigne de la solidité du modèle coopératif et de la qualité de l’exercice écoulé. Une performance qu’il attribue directement à l’engagement des agences et de leurs partenaires qui va permettre le 30 juin de distribuer 35 millions d’euros de commissions aux adhérents.
« Ne bradons pas nos produits, nous affaiblirions durablement notre métier »
Entre la satisfaction d’une année 2025 exceptionnelle et les fortes inquiétudes qui pèsent sur 2026, le dirigeant a livré un message clair : la profession doit résister à la tentation du discount pour préserver sa rentabilité et son avenir.
2026 : un brutal coup d’arrêt
Le ton est devenu beaucoup plus grave lorsqu’il a évoqué l’année en cours.
Après un début d’exercice plutôt satisfaisant, avec des mois de janvier et février comparables à ceux de 2025, la situation s’est fortement dégradée à partir du printemps.
« Mars et avril ont été catastrophiques », a-t-il affirmé.
Selon les chiffres présentés, les baisses observées dans les réseaux de distribution atteignent fréquemment entre 30 % et 40 %. Au sein même de ses agences, Laurent Abitbol évoque un recul moyen d’environ 33 %.
Si le mois de juin montre des signes d’amélioration, avec une activité proche de celle de l’an dernier, cela ne suffit pas à compenser les pertes accumulées.
« On n’a pas rattrapé avril et mai. L’été ne s’annonce pas satisfaisant », a-t-il prévenu.
Le président de Selectour estime néanmoins que le marché semble avoir atteint un point bas et espère une reprise progressive de la demande dans les prochains mois.
Le business travel et les groupes tirent leur épingle du jeu
Tous les segments ne sont toutefois pas logés à la même enseigne.
Le voyage d’affaires fait preuve d’une remarquable résistance, avec une activité globalement stable.
Autre motif de satisfaction : les groupes, qui enregistrent des performances particulièrement solides.
« Les groupes marchent très fort », a-t-il insisté, évoquant des progressions pouvant atteindre entre 10 % et 15 % selon les secteurs.
Une dynamique qui permet de compenser partiellement les difficultés rencontrées sur les voyages individuels.
Un appel ferme contre le bradage
Face au ralentissement de la demande, Laurent Abitbol a consacré une large partie de son intervention à dénoncer les politiques de prix cassés.
Pour lui, les promotions excessives constituent une réponse dangereuse et contre-productive.
« Quand on brade, on casse nos commissions, on casse nous-mêmes notre métier », a-t-il lancé.
Le dirigeant estime qu’un produit vendu à perte ou à marge insuffisante dévalorise durablement l’offre touristique et rend ensuite très difficile un retour à des niveaux de prix cohérents.
Il appelle donc les producteurs comme les distributeurs à conserver une discipline tarifaire.
« Il faut vendre au bon prix. Si on continue à casser les prix, on est mort. »
Selon lui, la période post-Covid a justement permis au secteur de retrouver une certaine rationalité économique après des années de guerre des prix. Un équilibre qu’il ne faudrait pas remettre en cause sous l’effet de la nervosité actuelle.
Une réorganisation du siège et plusieurs départs
Laurent Abitbol a également présenté plusieurs évolutions internes au sein de Selectour.
Le réseau poursuit notamment son installation dans ses nouveaux locaux parisiens, une opération qu’il considère comme une étape importante de son développement.
Plusieurs départs à la retraite interviennent également dans les prochains mois, entraînant une réorganisation de certaines fonctions clés. Le président a notamment salué le travail des collaborateurs concernés tout en souhaitant la bienvenue aux nouveaux arrivants.
Parmi les nominations annoncées figure notamment l’arrivée d’un nouveau directeur financier, chargé d’accompagner le développement du groupe.
« Chez Selectour, il y a de l’amour »
Au-delà des chiffres, Laurent Abitbol a souhaité rappeler ce qui constitue, selon lui, l’ADN du réseau.
Évoquant les nombreux départs et arrivées au sein des équipes, il a insisté sur l’importance de la dimension humaine.
« Chez Selectour, il y a de l’amour », a-t-il déclaré.
Un mot qu’il a répété à plusieurs reprises pour souligner l’attachement qu’il porte à ses collaborateurs, à ses adhérents et à ses partenaires.
Pour lui, la réussite économique n’a de sens que si elle s’accompagne de considération et de respect des personnes.
Un congrès 2026 placé sous le signe du débat
Le président de Selectour a enfin dévoilé les grandes lignes du prochain congrès du réseau, qui se déroulera du 25 au 29 novembre.
Parmi les personnalités attendues figurent notamment Manuel Valls, l’entrepreneur et producteur Nicolas de Tavernost, ainsi que plusieurs experts en géopolitique, économie et société.
Laurent Abitbol promet un rendez-vous mêlant réflexion, débats et moments de convivialité, fidèle à l’esprit des précédentes éditions.
Madrid accueillera le congrès 2027
Dernière annonce très applaudie par l’assemblée : la destination du congrès 2027.
Après Barcelone pour les forces de vente en 2026, Selectour donne rendez-vous à ses adhérents à Madrid du 1er au 5 décembre 2027.
Un choix qui confirme l’attachement du réseau à la destination Espagne et qui devrait offrir un cadre privilégié pour poursuivre les échanges entre partenaires, fournisseurs et distributeurs.
Malgré les turbulences actuelles du marché, Laurent Abitbol a conclu son intervention sur une note de combativité : Selectour entend continuer à défendre les intérêts de ses adhérents et à préserver la valeur économique de la distribution de voyages, convaincu que la solidité du secteur passe avant tout par le maintien de prix justes et d’une rentabilité durable.