Cet observatoire met en lumière l’impact direct de la crise au Moyen-Orient sur l’activité touristique. Cette situation pèse à la fois sur les destinations de la zone et sur une partie du long-courrier, notamment asiatique, en raison des perturbations affectant les grands hubs du Golfe.
Dans ce climat incertain, les comportements évoluent nettement : les clients retardent leurs décisions, rendant les tendances plus instables et difficiles à anticiper.
Des départs en recul malgré un panier moyen en hausse
En mars 2026, le nombre de voyageurs recule d’environ 10 % par rapport à l’année précédente (-9,7 % en nombre de dossiers), dans la continuité du repli amorcé en février (-5 %). La progression du panier moyen (+6 %, soit 1 852 €) ne suffit pas à compenser la contraction du volume d’affaires (-4,4 %).
Trois facteurs principaux expliquent cette évolution :
- La France enregistre le recul le plus marqué, avec une chute significative du volume d’affaires (-20,6 %), liée à une baisse du nombre de dossiers (-17 %) et du panier moyen (-4,4 %).
- Le moyen-courrier suit une orientation négative, avec un volume d’affaires en diminution (-2,5 %), malgré une légère hausse du panier moyen (+3,3%).
- À l’inverse, le long-courrier affiche une meilleure résistance, avec des niveaux globalement stables.
Cette situation s’inscrit dans la continuité du ralentissement observé en février, amplifié par les tensions au Moyen-Orient qui freinent les départs de dernière minute.
Le classement des destinations illustre cette tendance : la majorité des pays affiche un recul. La France conserve la première place malgré une forte baisse (-17%). Sur le bassin méditerranéen, la tendance reste orientée à la baisse, même si la Jordanie (+102 %) et l’Égypte (+19,8 %) progressent grâce à des réservations antérieures. Le long-courrier montre davantage de résilience, porté notamment par la Martinique (+25,1 %) et la Guadeloupe (+5,8 %), tandis que certaines destinations comme le Sri Lanka, la Thaïlande ou les États-Unis reculent.
Globalement, la répartition des ventes traduit un intérêt accru pour le moyen et le long-courrier, au détriment du marché domestique.
Des réservations en forte baisse et des comportements plus prudents
Les réservations enregistrées en mars affichent un net repli, avec environ -15 % de voyageurs et une diminution du volume d’affaires proche de 20 %. Le panier moyen recule également (-5,4 %), à 1 786 €.
Ce contexte incertain modifie les habitudes : le délai moyen de réservation s’allonge de 3 jours pour atteindre 83 jours, signe d’une prudence accrue. Parallèlement, les réservations de dernière minute progressent et représentent désormais 28,2 % des dossiers en mars 2026.
Toutes les zones géographiques subissent ce ralentissement, avec un impact particulièrement marqué sur le long-courrier (-29 % en nombre de dossiers), fortement pénalisé par les perturbations des flux aériens via les hubs du Golfe. Le moyen-courrier recule également, tandis que la France montre une relative résistance, sans pour autant capter un report massif.
La France apparaît plus résiliente, sans pour autant devenir une destination de report. Elle enregistre un recul du nombre de dossiers (-8%), tandis que la hausse du panier moyen (+7%) permet d’atténuer partiellement la baisse du volume d’affaires (-2%).
Les destinations proches des zones de tension, comme l’Égypte ou la Turquie, figurent parmi les plus affectées avec une diminution de -66,8%. Les destinations asiatiques disparaissent du classement, en lien direct avec les difficultés de transport aérien. Certaines zones tirent toutefois leur épingle du jeu, notamment le Canada (+12,1%) ou la République dominicaine (+10,7%).
L’ensemble reflète un marché profondément désorganisé, où les arbitrages de destinations évoluent rapidement sous contrainte géopolitique.
Des vacances de printemps encore soutenues
À fin mars, les réservations pour les vacances de printemps, du 4 avril au 3 mai 2026 selon les zones, affichent un léger recul (-1,3 % en nombre de dossiers), après une dynamique positive le mois précédent. La hausse du panier moyen (+1,3 %, à 1 964 €) permet néanmoins de stabiliser le volume d’affaires.
Le moyen-courrier conserve une bonne tenue, contrairement à la France en retrait et au long-courrier plus stable. L’attrait pour les destinations ensoleillées se confirme, avec une forte présence de l’Espagne, de la Tunisie et de Marrakech. L’Albanie poursuit également sa croissance, soutenue par des tarifs attractifs et une meilleure accessibilité aérienne.
Les familles et les couples dominent largement les réservations près de 79% au total), tandis que les voyageurs solo et les groupes d’amis affichent une progression notable pour cette période.
Du côté des produits, les forfaits et les hébergements reculent, alors que les séjours à la carte progressent, portés par une recherche accrue de flexibilité. Les croisières enregistrent également une forte croissance (+20 %), contribuant au maintien du panier moyen.
Une saison estivale encore incertaine
Les réservations pour l’été 2026 (juillet-août) reculent d’environ 7 % en nombre de voyageurs par rapport à l’an dernier. Toutes les zones se trouvent concernées, avec un impact plus marqué sur le long-courrier.
À l’exception de l’Indonésie, les destinations asiatiques disparaissent du Top 20, en cohérence avec les perturbations du transport aérien. Certaines destinations progressent néanmoins, comme le Canada (+19,2%), la République dominicaine (+13,1%), l’Espagne (+4,6%) ou la Norvège (+18,7%), illustrant des reports de choix.
Le panier moyen, stable autour de 3 040 €, ne compense pas la baisse des volumes. À ce stade, la dynamique estivale reste moins favorable qu’en 2025, traduisant une prudence persistante des voyageurs.
Valérie Boned, Présidente des Entreprises du Voyage, rappelle aux professionnels une reprise possible malgré les incertitudes :
« Le conflit au Moyen-Orient a un impact immédiat sur les intentions de réservation : il affecte directement certaines destinations et, plus largement, désorganise une partie des liaisons long-courriers via les hubs du Golfe. À cela s’ajoute la hausse du prix du carburant, qui renchérit le coût du transport aérien et pèse sur les arbitrages des voyageurs, notamment sur les destinations les plus lointaines.
Malgré tout, dans ce contexte où le manque de visibilité sur la durée du conflit agit directement sur la prise de décision des vacanciers, nous savons que les réservations peuvent repartir rapidement. Certains voyageurs reportent leur départ ou réorientent leur choix de destination, tandis que d’autres préfèrent attendre avant de réserver.
Le désir de voyager reste fort, de nombreuses destinations sont possibles, les professionnels restent prêts à accompagner leurs clients dans leur choix. »