Bienvenue dans le Risaralda, au cœur de l'axe du café, à mille lieues des clichés qui collent encore à la Colombie dans l'imaginaire collectif européen
Après une heure de vol depuis Bogotá, l'avion descend sur Pereira en fin d'après-midi. Par le hublot, le spectacle commence déjà : des collines arrondies, couvertes d'un vert si intense qu'il semble irréel, ondulent jusqu'à l'horizon dans toutes les directions. Pas de plaines, pas de côtes. Rien que des courbes, des vallées, des crêtes.
C'est Franck – ou Francko pour les locaux –, guide au sein de l’agence Aventure Colombia, qui accueille le groupe à la sortie des bagages. Ce Français installé en Colombie depuis plusieurs années a cette particularité précieuse des guides qui ont choisi leur pays d'adoption par hasard mais y sont restés par amour : il connaît les routes de montagne comme sa poche, il parle aux producteurs par leur prénom, et il a ce regard double : celui de l'étranger qui voit encore tout, et celui du local qui comprend déjà tout.
Sazagua : un hôtel comme un refuge
La première impression de Pereira ne se fait pas en ville, mais à sept kilomètres au nord-ouest du centre, sur la route de Cerritos. C'est là, niché dans un repli de terrain couvert de jardins tropicaux, que se cache le Sazagua Hotel Boutique. « Se cache » est le mot juste, car on ne le voit pas venir. On tourne, on entre dans une allée bordée de palmes et de bananiers, et soudain : une bâtisse contemporaine, audacieuse, dont chaque recoin est une invitation à s'arrêter.
Le Sazagua n'est pas un hôtel de la région caféière comme les autres. Il n'a pas la nostalgie romantique des haciendas centenaires, ni la froideur fonctionnelle des hôtels de ville. Il est autre chose : un objet de design posé dans la nature, avec ses murs colorés, ses œuvres d'art choisies une à une, ses meubles sur mesure et ses hauts plafonds en bois qui laissent entrer l'air de la montagne.
Une vingtaine de chambres de haut standing seulement, disposées autour d'un patio central planté de palmes royales, avec piscine, spa dont le café est le protagoniste (soins à base d'exfoliants de marc de café, enveloppements au cacao), barbecue traditionnel sous les étoiles avec trio de musique locale sur demande, et restaurant gastronomique ouvert aux résidents comme aux visiteurs extérieurs.
Le matin, les oiseaux font office de réveil. Sur la terrasse du petit-déjeuner, un arbre chargé de graines est rafraîchi chaque jour pour attirer les tangaras multicolores, les colibris et quelques espèces dont les noms sont inconnus de ce côté de l'Atlantique. Pereira, rappelle-t-on, recense à elle seule 310 espèces d'oiseaux sur les 900 que compte le département de Risaralda et les 2 000 de toute la Colombie. Pour un birdwatcher, c'est le jardin d'Éden. Pour n'importe quel voyageur, c'est simplement un spectacle inattendu et gratuit offert avec le café du matin.
Sazagua Hotel Boutique : Km. 7 Via Cerritos, Entrada 4, Pereira. 22 chambres (master lodge, lodges, villas, premium suite, junior suite, garden suite, suite, chambres standard), spa, piscine, restaurant. À 15 min de l'aéroport Matecaña. www.sazagua.com
Pereira, au cœur du triangle d'or
Avant de s'aventurer dans la nature environnante, un mot sur la ville elle-même. Pereira est la capitale du Risaralda, département entièrement inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO dans le cadre du paysage culturel du café. Elle occupe une position géographique stratégique : exactement au centre du « triangle d'or » formé par les trois plus grandes métropoles colombiennes – Bogotá, Medellín et Cali – ce qui en fait la plaque tournante naturelle de l'axe du café, avec l'aéroport et le terminal de bus les plus importants de toute la région caféière.
La ville est jeune, dynamique, sans le poids colonial de certaines de ses voisines, mais entourée de quatorze municipalités, toutes présentées comme des destinations de plein air à part entière. Le Risaralda compte dix-sept réserves naturelles, dont onze sont ouvertes aux touristes. On y pratique le trekking, le cyclisme, l'observation des oiseaux, le tourisme caféier et l'agrotourisme autour du cacao et de la banane. En août, la ville s'anime pour les Fiestas de la Cosecha, les fêtes de la récolte qui drainent chaque année près d'un million de visiteurs, avec carnavals, concerts et défilés. Un pays invité y est mis à l'honneur : en 2025, c'était le Brésil ; cette année, le Mexique.
L'Alliance Française de Pereira contribue depuis des années à animer la scène culturelle locale. Son Festival de la Musique, le 21 juin, est devenu l'un des événements de référence de la ville. Organisé et produit par l'Alliance française, il fait désormais partie intégrante de la vie culturelle de la ville, attendu par tous les citoyens. Douze heures de musique, artistes locaux et internationaux, scène francophone : le festival déborde largement de son cadre institutionnel pour devenir une fête populaire.
Dans la forêt subandine : la Réserve Yarumo Blanco et la Cascada Los Frailes
Le lendemain matin, à huit heures trente, les deux minibus s'engagent sur la route qui monte vers le nord de Pereira, en direction du massif montagneux qui surplombe la ville et lui fournit son eau. La route serpente entre des fincas caféières et des pâturages avant de laisser place, progressivement, à une végétation plus dense, plus sombre, plus ancienne. C'est Franck qui cadre la visite depuis le bus : « Ce que vous allez traverser, c'est une forêt subandine, presque primaire. Ici, l'agriculture a fait des dégâts partout, mais depuis les années 1940, cette zone est protégée et la forêt a repris ses droits. »
L'accueil se fait dans les locaux de l'Association Yarumo Blanco, une organisation communautaire née en 2009, d'abord dans les installations du Parc National qui lui servait de cadre. Quand le parc national a fermé ses portes au tourisme, l'association n'a pas suivi : elle a traversé la rivière, habilité un nouveau site sur une réserve privée et continué. Aujourd'hui, cinquante-deux personnes font vivre ce lieu : guides naturalistes, mères de famille qui assurent la restauration, gardes forestiers, interprètes environnementaux. « L'association est comme une académie, confirme l'un des guides. Des compagnons qui sont entrés ici sont aujourd'hui guides naturalistes, ils voyagent dans tout le pays pour observer les oiseaux. »
La randonnée vers la Cascada Los Frailes commence sur un sentier balisé qui longe un cours d'eau aux reflets jade. Les consignes sont claires et données sans condescendance : ne pas toucher les feuilles inconnues – la pringamosa, plante urticante, ou le manzanillo, dont le contact peut conduire aux urgences – ne pas sortir du chemin, ne pas laisser de déchets, même biodégradables. Les guides – Mauricio et Andrés – ouvrent la marche avec une science tranquille des lieux. Le sentier monte doucement, traverse des zones de forêt secondaire récupérée, puis s'enfonce dans des secteurs où les arbres atteignent des hauteurs impressionnantes et où l'humidité colle aux vêtements.
En chemin, les guides expliquent l'histoire complexe de cette forêt : colonisée au XXe siècle par des familles venues d'Antioquia qui y installèrent des élevages bovins, la zone a connu une déforestation sévère avant que les processus de reforestation et de rachat de terres ne commencent dans les années 1940. Depuis, la forêt se reconquiert sur les pâturages, mais les espèces invasives venues d'Afrique – le popo de Poeta, une plante ornementale qui s'étend comme une pandémie – rappellent que la cicatrice n'est pas entièrement refermée. C'est ce que l'association appelle un exemple de conservation à l'échelle nationale : il n’est pas parfait, mais il est réel, visible et instructif.
Après environ une heure de marche, le bruit s'impose avant la vue : un grondement sourd, de plus en plus fort, qui envahit l'espace. Puis, au détour d'un virage, la cascade apparaît. Soixante-dix mètres de chute libre dans un bassin naturel, bordé de parois végétales. Le débit est impressionnant en cette saison. L'eau du bassin est d'une transparence froide et absolue – et malgré l'envie irrépressible d'y plonger, les guides rappellent qu'elle n'est pas potable (des animaux vivent en amont) et qu'il ne faut surtout pas se placer sous le jet, au risque de recevoir un débris entraîné depuis le haut. Ceux qui veulent se baigner s'avancent prudemment sur les berges. Les autres restent à contempler, en silence relatif, ce que la forêt andine peut encore offrir quand on lui laisse la paix.
Le retour se fait en reprenant le même sentier, les jambes un peu lourdes, les poumons dilatés. Le déjeuner est servi à la réserve même, par les mères de l'association : une bandeja généreuse, soupe et riz, haricots et poulet, avec des fruits de la région pour finir. Simple, direct, mémorable.
Nos conseils
La randonnée est facile et accessible au plus grand nombre, petits et grands. Pour cette balade, prévoir :
- De l’eau ;
- Des chaussures de randonnée aux semelles antidérapantes ;
- Un antimoustique ;
- De la crème solaire, chapeau et lunettes de soleil ;
- Des vêtements légers, si possible couvrant ;
- Un vêtement de pluie.
Réserve Yarumo Blanco : Organisation communautaire, écotourisme certifié. Randonnée vers la Cascada Los Frailes : environ 5 km aller-retour, 3h, difficulté faible. Déjeuner sur place. Renseignements via la Chambre de Commerce de Pereira.
Hacienda Maracay : du cacao à la tablette, en passant par vos mains
L'après-midi réserve une tout autre immersion. Une heure de route depuis la réserve conduit le groupe à l’Hacienda Maracay, une finca rurale nichée dans les collines à une trentaine de kilomètres de Pereira. C'est le domaine de Sanint Nature, une entreprise spécialisée dans ce qu'ils appellent les vivencias rurales : des expériences de vie rurale authentiques et durables dans l'axe du café.
Dix hectares consacrés exclusivement au cacao. Pas de café ici, pas de banane, pas de diversion : le cacao, rien que le cacao, dans ses trois variétés – le criollo (le plus fin et le plus rare), le trinitaire (hybride du criollo et de l'amazone) et le forastero (le plus robuste). La directrice de l'expérience, Diana, accueille le groupe sous la véranda d'une maison coloniale traditionnelle en torchis, bambou et bois d'oie, et annonce d'emblée qu'aujourd'hui, l'ordre habituel de visite sera inversé : on commence par fabriquer le chocolat, et on termine par la plantation.
La raison est simple et un peu frustrante : le programme chargé de la journée ne laisse que deux heures, alors que l'expérience complète dure normalement trois heures. Ce maximum est déjà beaucoup. Sur les tables en bois de la salle principale, des rangées de fèves de cacao torréfiées, de pâte de cacao brute, de beurre de cacao et de panela (sucre de canne non raffiné) sont disposées en vue de la fabrication. Diana explique d'abord le processus dans son ensemble : récolte des cabosses (cinq mois après la floraison, deux fois par an), extraction des fèves enveloppées dans une pulpe blanche et sucrée, fermentation (six jours, en deux phases : anaérobie puis aérobie), séchage au soleil sur des claies de bois, torréfaction, broyage, tempérage. Chaque étape a son langage, sa technique, sa temporalité.
Puis vient la partie pratique. Chacun prend sa fève torréfiée, la croque – amère, intense, rien à voir avec le chocolat industriel – puis sépare la coque de l'amande à la main. Les amandes passent dans un broyeur manuel, la vieille machine de la grand-mère, qui les transforme en une pâte liquide et chaude dont l'odeur envahit la pièce. On ajoute du sucre selon le pourcentage désiré, on tempère le chocolat sur marbre pour faire descendre la température à 28 degrés, et on coule la masse dans des moules. Les toppings s'étalent sur la table : cranberries, macadamia, pistaches, piment de la ficelle, banane séchée, raisins. Chacun compose sa tablette avec la concentration d'un enfant le matin de Noël.
Le résultat repart dans un emballage kraft, encore un peu chaud. Dehors, le soleil décline sur les cacaoyers, et Diana emmène le groupe marcher brièvement dans la plantation pour voir les arbres chargés de cabosses à différents stades de maturité – du vert pâle au rouge orangé – et comprendre comment la pulpe blanche qui entoure les fèves joue un double rôle : elle attire les petites mouches pollinisatrices qui fécondent les fleurs, et se transforme en compost après la récolte pour enrichir la terre. Une économie circulaire qui date de bien avant que ce mot n'existe.
Au mirador qui domine l’hacienda, le coucher de soleil sur les collines du Risaralda offre un épilogue presque trop beau pour être vrai. Un dîner, préparé sous nos yeux, nous attend autour du feu de camp. Au menu des spécialités colombiennes : empanadas, chorizo, guacamole et jus de fruits frais.
Hacienda Maracay / Sanint Nature : expérience cacao complète (de la plantation à la tablette) : 3h, participation active. À 30 km de Pereira. Renseignements : Chambre de commerce de Pereira ou ProColombia France.
La pépinière Siete Colinas : quand la Hollande s'invite en Colombie
En marge du programme principal, le groupe a eu la chance de visiter, le lendemain matin, le Vivero Siete Colinas – une pépinière hors du commun qui illustre à elle seule les paradoxes de la Colombie productrice de fleurs. Alex, le propriétaire, accueille le groupe entre des allées de serres où poussent des milliers d'anthuriums aux couleurs impossibles – rouge sang, rose électrique, blanc ivoire, bicolore – et explique son modèle d'une franchise désarmante.
La Colombie est le deuxième producteur mondial de fleurs coupées, après les Pays-Bas. Et pourtant, les petites plantes d'anthurium que cultive Alex – pour en faire le premier distributeur national, fournissant des enseignes comme Home Center ou Éxito – arrivent d'abord de Hollande. Les Hollandais bourgeonnent, le Costa Rica termine le processus à mi-chemin, Bogotá finalise et Pereira commercialise. Pour une plante native de la région et de l'Équateur, c'est un circuit géographique qui fait sourire. Mais reproduire un anthurium de zéro prendrait cinq ans. Acheter la plante à la Hollande et la revendre en neuf mois est plus rentable.
Siete Colinas stocke jusqu'à 80 000 spécimens en rotation permanente, dans ses installations de Pereira et dans ses entrepôts de la Virginia, dans la vallée. On y trouve aussi des orchidées – dont la fameuse Phalaenopsis, orchidée nomade bourgeonnée en Hollande, traitée au Costa Rica, terminée à Bogotá et dispatchée depuis ici sur tout le territoire – et quelques spécimens sauvages de Cattleya qui rappellent que la Colombie compte plus de 3 500 espèces d'orchidées et que, dans n'importe quelle campagne du pays, des épiphytes poussent en masse sur les troncs d'arbres, capricieuses et royales.
Ce détour par Siete Colinas est aussi l'occasion de rencontrer une autre Française installée dans la région : propriétaire avec son compagnon colombien d'une maison d'hôtes sur les hauteurs (1 930 m d’altitude) – Casa Alta Colombia, quatre suites en bois et bambou avec une vue à couper le souffle sur les collines de l'Eje Cafetero –, elle incarne à sa façon cette nouvelle vague d'entrepreneurs français qui croient en la Colombie. « Pour moi, aujourd'hui, c'est presque plus rentable d'investir ici qu'en France », dit-elle simplement.
Casa Alta : ecolodge situé à 30 min de Pereira ; 4 suites avec terrasse privative de 10 m2 ; propriétaires francophones ; possibilité d’excursions (randonnée, birdwatching, balade à cheval, méditation, visite de villages alentours, expérience autour du café ou du cacao, etc.) ; petit-déjeuner avec produits du jardin ou des fermes voisines ; atelier cuisine ; vue imprenable sur la nature
Ce que les professionnels doivent retenir de Pereira
Pereira et le Risaralda constituent une porte d'entrée idéale pour les circuits dans la région du café – souvent négligée au profit de Salento et du Quindío, plus connus des voyageurs français. Les arguments sont pourtant solides.
L'infrastructure aérienne est la plus développée de l'axe du café. La diversité des expériences est réelle et structurée : nature (forêt andine, cascade, observation des oiseaux), agrotourisme (café, cacao, banane), culture (Alliance Française, festivals, musées), bien-être (thermes à moins d'une heure). L'hébergement haut de gamme existe – le Sazagua en est la démonstration la plus convaincante – et l’ouverture d'une adresse équivalente dans la région de Salento/Cocora (dix chambres, même niveau de prestations) annonce un marché en train de se structurer.
Le tourisme communautaire, lui, est en voie de professionnalisation accélérée, sous l'impulsion du projet TRECC et des acteurs locaux comme la Chambre de Commerce de Pereira et la gouvernance du Risaralda. L'Association Yarumo Blanco – cinquante-deux personnes qui font vivre une réserve depuis quinze ans – en est l'exemple le plus abouti. Une destination à inscrire dès maintenant dans les brochures.
Infos pratiques : Risaralda / Pereira
- Accès : Vol Paris-Bogotá avec Avianca (direct, ~10h45), puis vol interne Bogotá-Pereira (aéroport Matecaña, ~55 min). Vols directs réguliers. À 15 min du centre-ville.
- Meilleure période : décembre-mars et juin-août pour des journées plus ensoleillées. La région est verte toute l'année.
- Hébergements :
- Sazagua Hotel Boutique (Cerritos, Pereira) : boutique de luxe, 22 ch., spa, restaurant. Le meilleur de la région pour une clientèle internationale haut de gamme. www.sazagua.com
- Casa Alta Colombia (hauteurs de Pereira) : maison d'hôtes franco-colombienne, 4 suites, vue panoramique. Ouverture récente. Instagram : @casaaltacolombia
- Activités :
- Réserve et cascade Yarumo Blanco : écotourisme communautaire, randonnée, déjeuner local
- Hacienda Maracay / Sanint Nature : expérience cacao complète, fabrication de tablettes
- Vivero Siete Colinas : visite de la pépinière d'anthuriums et orchidées
- Bioparc Ukumarí (zoo de niveau international, à 15 min du centre)
- Observation des oiseaux (310 espèces répertoriées sur la commune de Pereira)
- Contact institutionnel : Andrea Salazar, Directrice de l'Agence de Promotion de Pereira et du Risaralda – asalazar@camarapereira.org.co
Voyage réalisé dans le cadre du projet TRECC (Tourisme Responsable, Communautaire et Culturel), une initiative de l'Ambassade de France en Colombie, l'Institut Français de Colombie et la Fondation Compás Urbano, avec le soutien de ProColombia.
Crédits photos : ©Violaine Cherrier