Ses valeurs : exigence ; engagement et expérience humaine avant tout. Benoit Tredez a rencontré une figure emblématique de l’exploration contemporaine
Depuis plus de vingt-cinq ans, il parcourt les régions les plus extrêmes de la planète, des immensités glacées du Groenland aux terres isolées du Grand Nord canadien.
Aventurier aguerri, mais aussi fin connaisseur des cultures arctiques, il a su transformer ses expéditions en véritables passerelles entre les territoires polaires et le grand public. Son approche repose sur la transmission, la pédagogie et le respect absolu des environnements qu’il traverse.
Cette vision trouve un écho naturel auprès de Ponant, acteur majeur des croisières d’expédition haut de gamme.
Au fil des années, une véritable complicité s’est nouée entre l’explorateur et la compagnie française. Bien plus qu’un simple intervenant à bord, Nicolas Dubreuil accompagne les équipes et les voyageurs dans une immersion authentique des régions polaires, apportant son expertise du terrain, son regard éclairé sur les enjeux climatiques et sa connaissance intime des populations locales.
Dans un secteur du tourisme en pleine mutation, où l’exigence d’authenticité et de responsabilité ne cesse de croître, cette collaboration illustre une ambition commune : proposer une exploration respectueuse.
Interview de Nicolas Dubreuil
Tour Hebdo : Comment votre expérience d’explorateur polaire a-t-elle façonné votre vision du tourisme d’expédition ?
Nicolas Dubreuil : Mon expérience m’a appris une chose essentielle : les régions polaires ne se visitent pas, elles se rencontrent. Lorsque l’on vit sur le terrain pendant des années, que l’on dépend de la glace, de la météo et surtout des connaissances des habitants, on comprend que l’exploration ne peut pas être une simple performance logistique. Elle exige de l’humilité, du temps et une compréhension fine des équilibres humains et environnementaux. Toutes ces années passées au Groenland et dans d’autres territoires isolés m’ont appris à voir les choses depuis le terrain. À écouter avant de proposer.
Tour Hebdo : Et concrètement ?
Nicolas Dubreuil : Il s’agit d’abord de comprendre qu’un territoire n’est pas un produit, mais un espace habité, fragile et structuré par des équilibres anciens. C’est dans cet esprit que nous co-construisons nos expéditions avec les communautés autochtones. Les projets ne naissent pas d’une idée de croisiériste, mais d’une demande, d’une ouverture ou d’un dialogue initié localement. Nous sommes là pour accompagner les communautés dans la gestion du tourisme qu’elles souhaitent voir se développer — à leur rythme, selon leurs valeurs et leurs priorités.
Tour Hebdo : Cela implique, j’imagine, un engagement dans la durée ?
Nicolas Dubreuil : Exactement. Travailler avec une communauté n’est pas un partenariat ponctuel. On ne peut pas créer un projet puis disparaître l’année suivante. Il faut construire des programmes pérennes, maintenir une présence, assurer une continuité. Le tourisme d’expédition responsable est un travail de longue haleine. Dans un secteur en pleine mutation, j’essaie de transmettre cette culture du terrain aux professionnels : comprendre avant d’agir, inscrire les projets dans le temps long et accepter que le territoire dicte son rythme. Je crois que j’apporte avant tout une expérience vécue et un fil conducteur.
Tour Hebdo : Quelle valeur ajoutée apportez-vous lors des expéditions, notamment organisées par Ponant dans les régions polaires ?
Nicolas Dubreuil : Pour moi, une croisière d’expédition ne consiste pas à aller d’un point A à un point B. Ce n’est pas un simple itinéraire. C’est une histoire que l’on construit, un scénario qui donne du sens aux escales et qui transporte le passager bien au-delà du déplacement géographique. Dans les régions polaires, chaque baie, chaque village, chaque banquise porte une mémoire et une logique. Mon rôle est d’aider à relier ces éléments, à transformer un parcours en récit cohérent.
Tour Hebdo : Comment plus précisément ?
Nicolas Dubreuil : Concrètement, nous développons des activités immersives, parfois avec les communautés locales, parfois par nous-mêmes, mais toujours dans un esprit d’exigence et de respect. Dormir sur la banquise, plonger sous la glace, progresser dans le froid, approcher une cascade gelée… Ces expériences ne sont jamais pensées comme des exploits. Elles ont une autre fonction. Elles visent à sortir le voyageur de sa zone de confort. À le placer dans une situation où il ne peut plus contrôler tous les paramètres. Où il doit accepter le froid, le silence, l’incertitude. Où il doit abandonner ses repères habituels. Dans ces moments-là, quelque chose se passe.
Tour Hebdo : C’est-à-dire ?
Nicolas Dubreuil : Le mental se relâche. Les certitudes tombent. Les émotions deviennent plus directes, plus sincères. Le voyageur ne “consomme” plus un paysage, il l’habite, même brièvement. C’est souvent à cet instant que chacun retrouve sa juste place dans la nature — non pas au sommet, mais au sein d’un équilibre plus vaste. Pour les équipes, je suis un lien entre le terrain et le navire. Je contribue à donner du sens aux choix d’itinéraires, à enrichir la narration et à maintenir une cohérence entre ce que nous proposons et la manière dont nous travaillons avec les populations locales.
Tour Hebdo : Un mot de conclusion
Nicolas Dubreuil : L’exploration n’est pas une conquête. C’est une relation. Et lorsqu’elle est construite avec exigence, dans la durée et dans le respect des territoires, elle transforme profondément l’expérience de chacun.