C’est ce que révèle une étude de la Chaire Pégase Tourisme qui ambitionne de trouver où se trouve le manque à gagner de la France
Près d’un touriste long-courrier sur deux (49%) visitant l’Europe passe par la France mais sans la visiter.
Ainsi, 72% des passagers en correspondance dans les aéroports parisiens ont désormais envie de visiter la France et même 81 % se disent prêts à découvrir Paris et la région parisienne pendant leur correspondance.
Alors que des millions de touristes long-courrier (issus d’Amérique du Nord, d’Amérique Latine ou d’Asie) transitent chaque année par les aéroports français, une part importante d’entre eux ne s’arrête pas sur le territoire français, soit autant de séjours non réalisés et de dépenses touristiques perdues pour l’économie du pays.
C’est ce que montre une étude inédite de la Chaire Pégasequi met en lumière un paradoxe majeur : la France constitue un point de passage central dans les flux aériens internationaux, mais ne parvient pas à transformer pleinement ces passagers en touristes.
Pour éclairer ces dynamiques, la Chaire Pégase a mené une enquête auprès de 2 100 touristes issus de sept marchés clés (États-Unis, Canada, Mexique, Brésil, Inde, Chine et Japon), en distinguant deux profils : ceux ayant visité la France et ceux ayant voyagé en Europe sans pour autant visiter la France au cours des trois dernières années. Cette approche comparative permet d’identifier à la fois les leviers d’attractivité et les freins spécifiques à la destination France.
L’étude met en évidence un double enjeu de compétitivité et de conversion des flux :
D’une part, plus de 55 % des touristes interrogés déclarent avoir renoncé à visiter la France en raison de prix jugés trop élevés ou d’un rapport qualité-prix insuffisant.
D’autre part, même lorsque des touristes étrangers visitent la France, c’est souvent dans des logiques de circuits multi-pays : 64 % des touristes combinent la France avec d’autres pays européens, réduisant ainsi la durée de leur séjour et leurs dépenses sur le territoire français.
‘’leur correspondance leur a donné envie d’effectuer un prochain séjour en France’’
Pour autant, les chercheurs de la Chaire Pégase révèlent l’existence d’un gisement de croissance immédiat lié aux correspondances aériennes :
Près de 49 % des touristes n’ayant pas visité la France y ont pourtant déjà transité au cours des trois dernières années, et une large majorité dispose de temps d’escale significatif. Or, 72 % d’entre eux déclarent que leur correspondance leur a donné envie d’effectuer un prochain séjour en France.
Plus encore, 81 % des passagers avec une correspondance longue se disent prêts à sortir de l’aéroport pour visiter Paris ou l’Île-de-France durant leur escale.
Ces résultats montrent que les correspondances aériennes ne constituent pas seulement un flux subi, mais une opportunité stratégique majeure pour transformer des passagers en touristes.
Ce potentiel est d’autant plus crucial dans un contexte de décrochage relatif de la compétitivité aérienne française, notamment lié à un environnement fiscal et réglementaire moins favorable que dans certains pays concurrents.
Cette situation peut inciter les compagnies aériennes et les passagers à privilégier d’autres hubs européens, limitant ainsi la capacité de la France à capter et retenir les flux internationaux.
« Le transport aérien joue un rôle structurant dans ces dynamiques. Il ne constitue pas seulement un mode d’accès, mais un déterminant clé du choix de destination et de l’organisation des itinéraires touristiques. Mieux exploiter les flux aériens, notamment à travers les correspondances, représente une opportunité majeure pour renforcer la compétitivité touristique de la France », analyse Paul Chiambaretto, directeur de la Chaire Pégase.
Au-delà de ces constats, l’étude rappelle que la France bénéficie d’une image forte et d’un niveau de satisfaction très élevée.
Ainsi, 86 % des touristes internationaux ont une image positive de la France, portée notamment par sa culture (89 %), ses paysages (86 %) et sa gastronomie (78 %).
Une fois sur place, l’expérience est largement à la hauteur des attentes : une majorité de visiteurs se déclare satisfaite de son séjour, et près de 68 % indiquent vouloir revenir en France dans les trois prochaines années.
Ce niveau de satisfaction confirme que le problème ne réside pas tant dans l’expérience vécue, mais bien dans la capacité à attirer et surtout à retenir davantage de visiteurs sur le territoire.
« Ces résultats montrent que la France ne souffre pas d’un déficit d’attractivité, mais d’un déficit de
conversion. Les touristes viennent en Europe, passent par la France, mais ne s’y arrêtent pas ou pas
suffisamment longtemps. L’enjeu est désormais de transformer ces flux en valeur économique », ajoute Sara Laurent, responsable des projets Tourisme et Mobilités durables à la Chaire Pégase.
Dans cette perspective, le rapport souligne la nécessité de mieux articuler les politiques aériennes et
touristiques.
- L’amélioration de la compétitivité prix
- Le développement d’offres de « stopover » attractives (sortir de l’aéroport et visiter la ville pendant une correspondance)
- La simplification des parcours passagers
- La coordination entre acteurs publics et privés
Apparaissent comme des leviers prioritaires. L’enjeu est clair : passer d’une logique de flux à une logique de valeur, en faisant du transport aérien un véritable outil de développement touristique pour la France.
Pour plus d'informations sur l'étude ou pour accéder au rapport complet, veuillez visiter www.chaire-
pegase.com
A propos de la Chaire Pégase
La Chaire Pégase est la première chaire française dédiée à l'économie et au management du transport aérien, du tourisme et de l'aérospatial. Rattachée à MBS School of Business, elle est dirigée par le professeur Paul Chiambaretto et regroupe une vingtaine d’enseignants-chercheurs qui consacrent la totalité ou une partie de leurs travaux aux problématiques du transport aérien, du tourisme et de l’aérospatial.
Ses activités s’articulent autour de trois missions complémentaires : produire des connaissances scientifiques à fort impact, former les managers d’aujourd’hui et de demain, et accompagner les acteurs publics et privés dans leurs réflexions stratégiques. À travers ses travaux, la Chaire Pégase vise à éclairer les transformations des secteurs de l’aérien, du tourisme et de l’aérospatial, en apportant des analyses rigoureuses et des recommandations opérationnelles au service de leur compétitivité et de leur développement