L’édito de Jean Louis Baroux : « Il semble bien que les planètes ne soient plus alignées devant le transport aérien »
Le secteur avait bien redressé la tête à la suite du désastre du COVID, dont il faut bien rappeler qu’il avait mis à bas tout ce secteur d’activité. Nous pensions qu’il s’en relèverait avant une dizaine d’années. Le contraire est arrivé. En un an les flux de trafic avaient été rétablis, et le chiffre d’affaires était reparti à la hausse, tiré par une forte augmentation des tarifs bien acceptée par les passagers.
Et puis, petit à petit la situation s’est dégradée, et ce, pour de multiples causes, dont chacune pourrait être gérable, mais dont l’accumulation entraîne une certaine morosité.
La première et la plus importante, pour le moment, est la guerre du Golfe. Les conséquences négatives sont immédiates : allongement du temps de vol entre l’Europe et l’Asie et brusque augmentation du prix du baril dont le montant était stabilisé aux alentours de 70 dollars et qui est monté autour des 100 dollars avec des pointes à près de 120 dollars.
Cette difficulté opérationnelle et financière vient se rajouter aux conséquences du conflit entre la Russie et l’Ukraine qui traîne depuis février 2022 sans qu’on en voie le bout, en dépit des nombreuses annonces de négociations qui ne débouchent sur rien.
L’embargo décrété contre la Russie par les pays dits occidentaux a eu pour conséquence l’interdiction du survol de ce pays qui, rappelons-le, est de très loin le plus étendu de la planète. Alors les transporteurs des pays associés à l’embargo sont soumis à des détours qui leur coûtent plusieurs heures de vol dans leurs dessertes entre l’Europe et l’Asie, ce qui n’est pas le cas pour, par exemple, les compagnies chinoises.
Mais la géopolitique n’est pas la seule en cause dans la morosité ambiante
De nombreux pays sont affectés par des grèves à répétition pour d’ailleurs des motifs très variés. C’est le cas en Allemagne, pays pourtant réputé pour la qualité de son dialogue social. Le voilà maintenant frappé de conflits à répétition. Ils atteignent le cœur de l’activité aérienne avec les arrêts de travail chez les personnels navigants de Lufthansa : 800 vols annulés le 12 février, puis ceux des PNT (Personnels Navigants Techniques, en clair les pilotes) les 12 et 13 mars. Et ce n’est pas tout, les grèves ont également touché sévèrement les aéroports, dont ceux de Francfort et de Berlin. La situation n’est d’ailleurs pas meilleure en Belgique. Tous les départs de l’aéroport de Bruxelles ont été, par exemple, annulés le 12 mars. Que se passe-t-il donc dans ce secteur d’activité si prestigieux pour que les salariés manifestent un tel mécontentement ?
Et ce n’est pas tout
La situation aux États-Unis est devenue très complexe depuis quelque temps. Cela a commencé en 2025 lorsque la défaillance du contrôle aérien de Washington a entraîné la collision entre un hélicoptère militaire et un Canadair de la compagnie PSA Airlines qui a fait 67 morts. En novembre de la même année, suite à une perte d’un moteur, un MD 11F du géant UPS s’est écrasé à Louisville entraînant la mort des 3 membres de l’équipage, mais également de 10 personnes au sol. Et dernièrement, le 22 mars, un Canadair de l’opérateur canadien Jazz a percuté un camion de pompiers qui traversait les pistes, suite à une erreur du contrôle arien de l’aéroport new-yorkais de La Guardia. Voilà qui fait un mauvais effet d’autant plus qu’un désaccord sur le financement du Ministère de la Sécurité Intérieure entre la Chambre des Représentants et le Sénat a pour conséquence que les agents chargés du contrôle aux frontières ne sont plus payés, ce qui entraîne une belle pagaille pour les vols internationaux.
D’autres incidents et accidents viennent également entacher la belle image du transport aérien
L’Inde est particulièrement touchée. L’accident du vol Air India 171 le 12 juin dernier dont tout amène à penser qu’il est dû à un acte volontaire du pilote, même si le rapport final n’a pas encore été publié, a fait 260 morts. Cela prouve qu’il reste une fragilité avec le comportement des pilotes pourtant dans cette activité si contrôlée et qui a fait tant de progrès techniques ! L’accident en France du vol de Germanwings, la disparition mystérieuse du vol MH 370 et le crash du vol Air India en font la démonstration. Et on ne sait pas encore comment régler cette si délicate question. Je note également que la situation n’est pas toute rose en Inde si j’en crois la démission un peu surprenante du dirigeant d’Indigo Pieter Elbers qui en avait fait en peu de temps un des transporteurs les plus importants de la planète.
On pourrait également pointer la défaillance d’un logiciel des Airbus 320, abîmé par les radiations solaires. Il a fallu en urgence mettre tous les appareils concernés au sol. Or, même si toutes les versions n’ont pas été touchées 12.257 Airbus des séries 320 avaient été livrés en septembre 2025. Petites causes, grands effets.
Il est temps que le transport aérien se débarrasse de ces aspects négatifs. Il aura besoin de beaucoup d’optimisme pour faire face aux défis qui l’attendent.
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