Après trois années de turbulences sans précédent pour le secteur du tourisme, le groupe Salaün affiche aujourd’hui une trajectoire claire : celle d’un acteur performant, rentable et de nouveau en croissance.
Un rebond qui s’appuie sur une préparation d’avant-crise solide, une forte capacité d’adaptation et des choix stratégiques assumés.
« Avant le Covid, le groupe était en pleine croissance, avec un réseau solide et un vrai potentiel de rebond », rappelle Michel Salaün, président du groupe.
Au 1er janvier précédant la crise sanitaire, le groupe comptait déjà près de 200 agences de voyages, renforcées par une politique active de croissance externe : intégration de 57 agences, reprise du réseau parisien Boiloris, acquisition d’un réseau dans le Sud, sans oublier les agences issues de Thomas Cook. Parallèlement, le groupe poursuivait une croissance organique, avec l’ouverture de nouveaux points de vente.
Une crise inédite, mais un groupe préparé
Comme l’ensemble de la profession, le groupe Salaün a été brutalement frappé par la pandémie. « Trois ans de quasi-non-activité, c’est forcément très secouant, y compris psychologiquement, quand on a toujours connu la croissance », reconnaît Michel Salaün. Mais cette crise n’était pas la première : guerre du Golfe, attentats, volcan islandais, Printemps arabe, puis plus récemment séismes, conflits géopolitiques et tensions internationales… « Nous avons appris à gérer les crises à répétition. »
Face à l’urgence, le groupe a engagé une réorganisation en profondeur : réflexion sur la gouvernance, rationalisation des dépenses de structure, réduction des frais de communication et arrêt de certains sponsoring. « Nous avons pris des décisions parfois drastiques, souvent douloureuses, mais indispensables pour préserver la vie de l’entreprise dans son ensemble. »
Le réseau d’agences a également été optimisé. Certaines fermetures ont été décidées dans des zones en doublon, comme à Quimper ou Nantes, héritage de rachats successifs. « Avec le Covid, nous avons revu notre maillage territorial de manière pragmatique. »
Le rôle clé du retail physique
Dans un contexte de digitalisation accélérée, le groupe Salaün revendique un positionnement clair qui s’affiche comme un fondamental : « le conseil reste au cœur de la relation client. Notre clientèle veut être accompagnée. Elle n’achète pas uniquement sur Internet. La réassurance du retail physique est fondamentale. »
Si le virage digital a bien été pris – avec des sites performants – l’acte d’achat se concrétise majoritairement en agence. Le modèle repose sur une clientèle fidèle, attachée à la marque et à l’expertise des conseillers, notamment sur des produits complexes comme les circuits accompagnés.
Le redressement avec le moteur du “revenge travel”
La réouverture progressive des frontières et la simplification des procédures sanitaires ont déclenché un fort désir de voyage. « Le “revenge travel” a clairement joué en notre faveur. Les clients aspiraient à repartir dès que possible. »
Résultat : après une chute vertigineuse du chiffre d’affaires consolidé, le groupe affiche un net redressement. Voici les chiffres :
- 2019= 240 M€
- 2021= 17 M€
- 2022 = 105 M€
- 2023 = 148M€
- 2024 = 172M€
- 2025 = 184 M€
Pour autant, le niveau de 2019 n’est pas encore totalement atteint, mais la structure du groupe a évolué : moins d’agences, certaines activités non reparties, et une approche plus sélective des marchés.
Le groupe annonce un Ebitba de 8,5 M€
Au-delà du chiffre d’affaires, c’est surtout la rentabilité qui marque le retour en force du groupe. « Nous avons retrouvé une belle rentabilité, fruit d’efforts normaux pour un chef d’entreprise et ses équipes : créer de la valeur et de la richesse. »
Rappelons que l’Ebitba est l’équivalent français du résultat avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements. Précision importante, car ce résultat est avant la dette, en l’occurrence pour le groupe Salaun avant son PGE que l’on sait très élevé ! Michel Salaün s’en explique : « Nous avons obtenu un échéancier qui court jusqu’en 2030. Nous remboursons donc au fur et à mesure. Parallèlement, L’APST nous a demandé une caution, assez importante, qui a été donnée ».
Rentabilité retrouvée et marges optimisées :
Les projections à horizon 2026 se révèlent encourageantes. L’amélioration repose sur deux leviers : la reprise de l’activité et une optimisation des marges, dans un contexte concurrentiel exigeant.
Le modèle économique reste très spécifique : le groupe est spécialisé dans les circuits accompagnés sur les cinq continents, entièrement conçus et tarifés en interne. « Nous ne sommes pas organisateurs de séjours balnéaires standardisés. Nous fabriquons nos produits de A à Z. »
Un volume d’affaires solide et une Belgique très dynamique
En volume d’affaires cumulé (chiffres sociaux), le groupe atteignait 399 M€ en 2019, contre 343 M€ en 2025, confirmant une reprise progressive. Le réseau de distribution représente 41 % de l’activité, la Belgique occupant une place stratégique avec près de 20 % du volume.
« La Belgique a connu une reprise plus dynamique que la France, sur la distribution comme sur la production », souligne Michel Salaün. Présent dans le pays depuis 2004, le groupe y bénéficie d’une excellente image et d’implantations solides, notamment en Wallonie.
Un groupe plus agile, tourné vers l’avenir
Si le secteur reste exposé aux aléas géopolitiques et économiques, le groupe Salaün aborde l’avenir avec lucidité et confiance. « Le voyage n’est jamais acquis, mais notre capacité à nous adapter, à nous renouveler et à rester proches de nos clients fait la différence. »
Une conviction qui semble aujourd’hui confirmée par les chiffres… et par le retour durable des voyageurs.