Initiative Alors que le réchauffement climatique réunit à Paris en décembre prochain des chefs d’État qui devront s’engager pour limiter les émissions de gaz à effet de serre de leur pays, le tourisme ne peut rester à l’écart de cette prise de conscience. Des actions ont fleuri parmi les opérateurs de tourisme pour limiter les dérangements que pourraient provoquer les voyageurs sur la nature et les gens des régions ou des pays où ils se rendent, mais la communication reste discrète à ce sujet. Le tourisme durable va pourtant dans le sens du vent, y compris pour les groupes.
Il y a trente ans, le glacier Athabasca venait lécher la route 93 entre Banff et Jasper, dans les Rocheuses canadiennes. Après un rude hiver, il passait même de l’autre côté. Aujourd’hui, le bord de la route n’est plus que pierrailles et il faut marcher plusieurs centaines de mètres à travers ce paysage lunaire pour retrouver la langue de glace de six kilomètres de long et d’un kilomètre de large qui glisse de la montagne. Le glacier le plus visité d’Amérique du Nord, notamment en raison de son accessibilité, a reculé de plus d’un kilomètre et demi en cent vingt cinq ans ans et perdu la moitié de son volume. Essentiellement au cours des dernières décennies. Même phénomène à la Mer de Glace dans le massif du mont Blanc, où les 450 000 visiteurs annuels doivent descendre de nouvelles marches chaque année pour s’en approcher. A l’opposé, les rives du golfe arabo-persique seront invivables pour l’homme à la fin du siècle: trop chaud pour être supportable, selon une étude publiée le 26 octobre dernier par la revue scientifique Nature Climate Change. Sauf à mettre Dubaï sous cloche climatisée, le tourisme des générations futures risque d’être compromis. Même l’organisation du pélerinage à la Mecque s’en trouverait sérieusement compromis. Trop chaud d’un côté, trop d’eau de l’autre, en particulier pour les archipels, îles et îlots à fleur de mer du Pacifique, de l’océan Indien ou encore des Caraïbes, avec des menaces de submersion des atolls, par exemple aux Maldives ou à Kiribati. Les changements climatiques touchent déjà certaines destinations, affectent les paysages, modifient les accès à certains sites, imposent de réfléchir à deux fois avant de bétonner un rivage ou d’ouvrir un resort.
Le tourisme ne peut donc se tenir à l’écart du débat sur le développement durable et la sauvegarde de la nature qui doit faire l’objet d’un accord mondial au prochain rendez-vous parisien de la COP21
Et le tourisme ne fait pas que subir les changements climatiques, il y contribue aussi. Plus de 1,1 milliard de touristes ont franchi les frontières de leur pays en 2014, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). Sur les six premiers mois de 2015, pas moins de 538 millions de touristes ont circulé à travers le monde hors de leur pays d’origine, soit 21 millions de plus qu’au premier semestre de l’an dernier. Forcément, ces grands déplacements ne sont pas neutres au regard des équilibres naturels et humains.
« En France, les déplacements touristiques essentiellement effectués en voiture, représentent 8 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) soit environ 30 millions de tonnes de CO2 par an. On évalue à environ 4 à 5 % des émissions totales le pourcentage de GES produites par les déplacements aériens au niveau mondial. En poursuivant les tendances actuelles, ces émissions représenteraient 10 à 20 % des émissions mondiales en 2050 », affirme le ministère français de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie.
Le tourisme risque donc de scier la branche sur laquelle il est assis, en détruisant ou en compromettant l’environnement et les cultures qu’il souhaite faire découvrir.
Les touristes, de leur côté, n’intègrent pas nécessairement ces données lorsqu’ils choisissent de partir en voyage. « Il n’y a pas de demande particulière de leur part, sauf pour une minorité sensible à ces questions qui savent également vers quels organisateurs se tourner pour voyager dans des conditions propres au tourisme durable, assure Jean-Marc Rozé, secrétaire général du Snav. Le gros de la clientèle cherche un prix, un hôtel agréable. Il est extrêmement rare que la question soit formulée par la clientèle généraliste, de savoir si le voyage se fera dans les conditions d’un tourisme durable ». Pour autant, poursuit-il, « les clients ne sont pas contre cette idée. Si on leur dit que ce « plus » fait partie de leur voyage, ils trouvent que c’est très bien, surtout si cela ne leur coûte rien! Le prix est déterminant. Quand on achète un séjour dans un hôtel, on ne demande pas si l’eau est recyclée! ». La question du prix d’un côté, de la rentabilité de l’autre, est effectivement régulièrement soulevée dans les débats relatifs au développement durable. Pourtant, elle est en grande partie liée à des a priori.
Lors des premières universités d’été du tourisme durable organisée par les Acteurs du tourisme durable les 10 et 11 septembre derniers à Paris, Régis Laurent, dirigeant de Bol d’Air, qui organise des activités découvertes et propose des hébergement proches de la nature dans les Vosges, a eu ce cri du cœur: « Je suis surpris que l’on se pose la question de la rentabilité, c’est sans doute typiquement français. Lorsque l’on a mis sa maison en hypothèque et toute son énergie dans son projet, la question ne se pose pas: il faut que cela soit rentable! En tant que chef d’entreprise, c’est une évidence. » Exit l’idée que s’investir dans le tourisme durable rime avec bénévolat. La philanthropie n’est de toute façon jamais gratuite.
Du côté du coût des voyages, là aussi la question est mal posée si elle induit que, fatalement, cela coûtera plus cher. Il est évident qu’un guide pour 50 pax reviendra moins cher que trois guides pour le même groupe divisé en trois. Mais la visite n’aura probablement pas la même saveur, ni le même intérêt. Une prestation de meilleure qualité a forcément un coût plus élevé. Cela ne se compare pas. Le juste prix est celui qui correspond à la prestation proposée. Mais il est évident que « plus on a de groupes, plus on a de guides et l’on contribue à faire vivre des populations locales dans les endroits visités. C’est au client de décider ce qu’il veut », estime Julien Buot, directeur de l’association Agir pour un tourisme responsable (ATR).
Autre obstacle souvent mis en avant, comment s’y retrouver dans les prestations proposées pour savoir si elles s’inscrivent dans la démarche d’un tourisme durable?
Le Snav n’a plus de commission technique du développement durable depuis quelques mois. « Nous avions essayé d’élaborer un référentiel « privé », mais il y a déjà beaucoup de choses qui sont produites dans ce domaine et nous avons considéré qu’il n’était pas pertinent de créer un label Snav du développement durable », explique Jean-Marc Rozé.
Au bout du compte, le syndicat considère que « c’est avant tout un problème de producteurs ».
De fait, ce sont des producteurs tournés vers le tourisme d’aventure qui ont pris à bras le corps la problématique au tournant du siècle. L’état de dégradation du désert ou les déchets abandonnés en montagne les ont poussés à réfléchir.
Une dizaine d’entre eux ont fondé Agir pour un tourisme responsable (ATR) en 2004. L’association compte aujourd’hui 13 membres et Julien Buot, son directeur, compte bien élargir encore le nombre d’adhérents autant que le champ d’activités des membres d’ATR en se tournant vers des tour-opérateurs plus généralistes.
« En 2013, ce sont 205 000 touristes qui ont choisi un voyagiste responsable générant un chiffre d’affaires d’environ 357 millions d’euros », indiquait ATR à l’occasion de son dixième anniversaire. C’est certainement trop peu, mais toutes les démarches allant dans le sens d’un tourisme durable ne sont pas l’apanage des opérateurs du tourisme d’aventure.
Le cas du Club Med ou celui d’Air France le démontrent (voir encadrés). Les autocaristes, comme Place Voyages, qui travaille avec le parc naturel régional de l’Avesnois, l’Aquarium de La Rochelle, attentif à sa consommation d’énergie, les tour-opérateurs comme Salaün Holidays ont aussi développé des actions s’inscrivant dans une démarche respectueuse de l’environnement et des cultures locales.
« Puisque nous roulons propre, nous voulons aussi voler propre. Nous avons les mêmes exigences dans le choix des compagnies aériennes avec lesquelles nous travaillons, et ne retenons que celles qui respectent les conventions européennes et internationales en matière de développement durable », affirme le voyagiste breton. Il s’est aussi investi en faveur du tourisme solidaire.
« Notre première opération a démarré en 2008 et avait pour cadre Maïntepa, un petit village au nord de Samarcande, en Ouzbékistan. Pendant cinq ans, nous y avons aidé l’école, en participant à des réalisations concrètes avec le souci que les enfants en soient les premiers bénéficiaires », explique Salaün Holidays. Depuis d’autres actions similaires ont été lancées ailleurs en Ouzbékistan, mais aussi au Vietnam, en Inde ou encore au Pérou.
Le tourisme durable va bien au-delà de la seule préoccupation écologique et inclut d’autres éléments comme les facteurs humains et le développement des pays visités. S’ils sont nombreux à intégrer des éléments relevant d’une démarche de tourisme responsable, peu cherchent cependant à le faire savoir trop ouvertement.
Face à des clients qui pensent que le tourisme durable est coûteux ou qui n’ont pas d’autre envie que de se détendre, difficile en effet d’asséner ces préoccupations sur l’état de la planète ou des considérations sur le développement économique des régions déshéritées. « Il n’est pas nécessaire de culpabiliser le client », assure Julien Buot qui pense que le message peut passer d’une autre manière. « Cela peut être intégré directement dans la stratégie de l’entreprise », estime Guillaume Cromer, directeur-gérant du cabinet de conseil ID-Tourism, et rester neutre pour le client. « Même si ce n’est pas un critère d’achat pour lui, le client pourra faire la différence ». A chacun de réfléchir sur sa façon de voyager.
Le tourisme durable aura tout à y gagner et le client aussi, qui aura vécu, comme le relève Guillaume Cromer, « une vraie expérience de voyage en rencontrant les habitants de la région qu’il visite » et en évoluant dans un environnement le plus préservé possible.
(*) La 21e conférence des parties de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP21) se tiendra essentiellement au Bourget, en Seine-Saint-Denis du 30 novembre au 11 décembre 2015. Elle vise à obtenir un accord international sur le climat, applicable à tous les pays, dans l’objectif de maintenir le réchauffement mondial en deçà de 2oCelsius.
L’Adonet, qui fédère les offices de tourisme étrangers à Paris, recense chaque année les dernières initiatives ou nouveautés relatives au tourisme responsable et durable. Dans tous les domaines, des options existent pour s’assurer de faire du tourisme sans trop nuire à la planète. Tour d’horizon des initiatives.
En Afrique du Sud, Johannesburg ou encore Durban peuvent se visiter à pied tout en dégustant des produits locaux. L’Allemagne, qui a retenu le tourisme « nature » comme thématique 2016, met en avant ses 200 pistes cyclables comme ses 200 000 km de sentiers de randonnée. L’Angleterre s’appuie sur Bristol, capitale verte européenne 2015 pour souligner les initiatives en faveur du cyclo-tourisme. En 2016, c’est Ljubljana, la capitale slovène, qui hérite de ce titre et en profite pour faire découvrir ses zones vertes. L’Autriche suggère aux touristes de visiter ses paysages alpins en train panoramique. Les Bahamas créent de nouveaux parcs nationaux sur Grand Bahama et San Salvador, dont une réserve marine. Bruxelless’affiche en vert, avec une multitude d’initiatives qui permettent de visiter la ville en préservant l’environnement ou de se loger dans près d’une trentaine d’établissements éco-labellisés. La Catalogne a édité un guide recensant 200 adresses sensibles au tourisme durable et fait classer par ll’Unesco la biosphère du delta de ll’Ebre avec un volet tourisme durable. L’Espagne incite à visiter ses 14 parcs nationaux.
Chypre a choisi d’encourager l’agro-tourisme et de « reverdir » ses plages. La Croatie privilégie aussi le tourisme rural, en Istrie par exemple, et propose des séjours « éco-solidaires » dans les îles du Kvarner. Israël suggère des hébergements et des rencontres dans les Kibboutz, les villages druzes ou chez les bédouins. Malte entend rendre d’ici 2020 l’île de Gozo « totalement écologique » et suggère des visites en voiture électrique. La Norvège plaide pour le libre accès à la nature tout en déclarant 37 parcs nationaux où une attention particulière à l’environnement est accordée. Le Portugal compte un parc national qui s’inscrit dans les objectifs du tourisme durable. Au Québec, des visites sans voiture des grandes et petites villes sont proposées, de même que des excursions éco-responsables, comme dans l’île-aux-Perroquets. En République dominicaine, la certification permet de proposer une trentaine d’activités et de services dans ses principaux sites touristiques. Les Seychelles ont aussi instauré un label reconnaissant l’investissement de prestataires dans un développement « soutenable ». En Thaïlande, l’association Teata regroupe des prestataires sensibles au tourisme durable.
La prise de conscience se répand à travers le monde, sans doute encore en s’appuyant sur des clichés ou le sentiment qu’un peu de nature et un peu de verdure au cours d’un voyage participent du tourisme durable, mais avec l’idée, la réflexion progresse.
A priori, le tourisme de groupe paraît peu adapté aux critères d’un tourisme durable, qui veut que les visiteurs aient le moins d’impact possible sur la nature et les habitudes culturelles et sociales locales, ne serait-ce que par le nombre de touristes arrivant simultanément sur un site ou par la taille des hébergements qu’il suppose. Mais il faut se garder des a priori. Surtout que le tourisme de groupe ne saurait être confondu avec le tourisme de masse, qui réunit d’ailleurs plus souvent des individuels que des groupes, ces derniers étant qui plus est plutôt friands de circuits.
D’une part, les groupes ne sont plus nécessairement de la taille d’antan, d’autre part le choix des prestations proposées aux groupes sont forcément adaptées à sa taille. Il ne viendrait à l’idée d’aucun groupiste de proposer un dîner dans une yourte de Mongolie à 50 pax!
L’impact des transports collectifs sur l’environnement supporte aussi la comparaison en certaines circonstances: un autocar avec 48 passagers à bord pollue moins que 24 véhicules suivant le même parcours en autotour!
« Parfois, un seul touriste, c’est déjà trop et, dans d’autres cas, 10 000 touristes bien gérés peuvent s’inscrire dans une démarche responsable », observe Julien Buot, directeur d’Agir pour un tourisme responsable (ATR) qui réunit des tour-opérateurs français investis dans le tourisme durable. Il n’y a pas de règle absolue et définitive en la matière. C’est aussi l’avis de Guillaume Cromer, directeur-gérant du cabinet de conseil ID-Tourism: « Le tourisme durable n’est pas fonction de la taille du groupe en soi, mais de l’adaptation à la destination. C’est une question de bon sens. Un groupe de 50 pax à New York ne bouleversera pas les équilibres locaux, mais les mêmes dans un village reculé de Thaïlande, ce sera sans doute moins approprié », fait-il remarquer.
De fait, cependant, les membres d’ATR qui ont, les premiers, formalisé leur engagement en faveur d’un tourisme durable il y a déjà une bonne dizaine d’années, proposent des voyages de groupe souvent réservés à une taille limitée. Cela fait même partie des arguments de vente en certains cas.
Chez Atalante, la taille maximale pour un séjour « Entre chien et loup » dans l’hiver québécois est par exemple restreinte à huit pax. Allibert Trekking souligne que « pour évoluer dans les plus beaux canyons », les groupes qui descendent la Roya, dans les Alpes-Maritimes sont « de petite taille ». La Balaguère, tour-opérateur spécialisé dans les randonnées et voyages à pied, explique de son côté à ses clients que « le groupe auquel vous allez vous joindre sera composé de quatre à 15 personnes maximum, dix en moyenne, de tous âges et de tous horizons professionnels ».
Cette préoccupation concernant la taille des groupes est logique pour des acteurs du tourisme d’aventure qui font voyager leurs clients dans des zones où l’écosystème peut être fragile et les populations avec des modes de vie à mille lieues des clients occidentaux. En outre, il est toujours possible de diviser un grand groupe en plusieurs petits, ce que ne manquent pas de faire les tour-opérateurs lorsque cela s’impose. Les groupistes peuvent ainsi adopter une démarche tournée vers le tourisme durable sans nécessairement en avoir conscience. Et dans l’intérêt de tous.
La question de la taille du groupe n’est donc pas véritablement contradictoire avec une démarche intégrant la notion de tourisme durable. Au contraire même puisque davantage de personnes sont du même coup impliquées dans une problématique de responsabilité. ATR compte bien d’ailleurs attirer dans ses rangs des tour-opérateurs plus classiques ou de plus grande envergure. « Le tourisme durable n’est plus une niche réservée à quelques opérateurs » organisant des voyages au plus près de la nature et des gens, estime Julien Buot. « C’est même une tendance qui est devenue incontournable et concerne tous les voyagistes », affirme-t-il.
Sur son site internet, le Club Med ne mentionne ses engagements en faveur du tourisme responsable et durable que dans un onglet discret concernant l’entreprise. Pourtant, cette philosophie est « inscrite dans les gênes du Club Med depuis plus de soixante ans », reconnaît Lætitia Laurent, responsable Communication et Marketing pour le développement durable et la Fondation d’entreprise Club Méditerranée.
La communication est discrète, mais les engagements du Club Med en faveur d’un tourisme durable et responsable sont multiples et très variés, allant de la sensibilisation du personnel à l’intégration de leurs « villages » dans le paysage, de la consommation optimale d’eau et d’énergie à la composition des menus, du soutien aux structures locales à la compensation des gaz à effet de serre.
Cette préoccupation quant à l’impact environnemental du tourisme n’est pas née d’une attente ou d’une demande insistante de la part des clients, elle correspond à la philosophie du Club et se trouve de fait intégrée dans le fonctionnement même de l’entreprise. Une sorte d’évidence qui veut qu’on serve plutôt des produits locaux à table, si possibles fournis par de petits agriculteurs ou pêcheurs de la région d’implantation du « village », ou qu’on organise pour les enfants des activités ludiques autour de la sauvegarde de l’environnement qui leur plaît tant.
« Aujourd’hui, 70 % de nos « villages » sont certifiés « Green Globe » en satisfaisant à plus de 300 critères, 49 % de nos établissements utilisent de l’eau recyclée pour l’arrosage de leurs espaces verts, 65 % de l’énergie consommée par nos « villages » en France est d’origine renouvelable, 90 % de l’électricité qui alimente les villas des Maldives est d’origine solaire », énumère Lætitia Laurent.
Contrairement aux idées reçues, ces choix en faveur de la protection de l’environnement et du développement local ne grèvent pas particulièrement les finances du Club Med. « Durable ne veut pas dire plus cher », assure-t-elle, estimant que tout le monde est gagnant: les clients, les fournisseurs et l’entreprise. L’adaptation des pratiques, les achats locaux, du fait de circuits courts, ne sont pas forcément plus coûteux. « Il s’agit surtout, pour l’ensemble de nos équipes, d’apprendre à travailler différemment, durablement », résume Lætitia Laurent.
Les initiatives sont multiples et nombreuses et il n’est pas simple de s’y retrouver en matière de tourisme durable. Les plus engagés dans ce sens ont d’ailleurs bien conscience de la nécessité de faire converger les labels existants selon des critères d’ailleurs bien différents ou s’adressant à des opérateurs exerçant des activités distinctes.
ATR a, par exemple, mis en place son propre référentiel, certifié par un organisme indépendant, l’Afnor quand il a été lancé, Eco-cert aujourd’hui. Un suivi régulier des membres auxquels il est accordé est assuré par cet organisme. Le label Travel Life, plus européen, s’adresse directement aux agents de voyages et tour-opérateurs s’engageant dans une démarche responsable. Pour choisir son hôtel ou son camping en Europe, on peut s’appuyer sur Ecolabel. En France, la Clé verte est attribuée à des hôtels et campings respectueux de l’environnement. Les « hôtels au naturel » sont implantés dans des zones naturelles sensibles en ayant des pratiques responsables. L’organisation WWF accorde son label aux « gîtes Panda » installés dans les parcs naturels régionaux. Le comparateur Tripadvisor a mis en place de son côté un éco-label, « Green Leaders/Eco Leaders » qui référence des hébergements, pour tous les budgets, engagés dans la protection de l’environnement.
L’un des premiers moyens de voyager en limitant le dérapage de son bilan carbone consiste à « prendre des vols directs », assure Julien Buot, directeur d’Agir pour un tourisme responsable. Le décollage est extrêmement gourmand en carburant, et moins il y en aura au cours d’un voyage, mieux ce sera pour l’environnement. De même, les avions à hélice ont un bilan carbone moins défavorable que les avions à réaction, mais tous n’ont pas le même rayon d’action. Quant à Solar Impulse, l’avion solaire de Bertrand Piccard et André Borschberg, il a interrompu son tour du monde à Hawaï où il est bloqué jusqu’au printemps 2016.
En attendant, les compagnies aériennes entendent améliorer leur performance environnementale. C’est particulièrement le cas d’Air France, qui publie chaque année un rapport très complet de plus de 80 pages sur les actions durables du groupe. Cela touche autant à la consommation de carburant, à l’introduction de nouveaux carburants d’origine non fossiles, au bruit, à la qualité de l’air, à la sécurité qu’aux déchets et consommations à bord. A titre d’exemple, « le nouveau fauteuil court-courrier offre désormais un impact environnemental réduit grâce à un allègement significatif du poids qui passe à 9,1 kg, soit 5,4 kg de moins par place qu’un siège classique », explique ainsi la compagnie, qui évalue l’économie de CO2 rejetés à plus de 80 tonnes par an pour chaque kilo gagné.
Plus globalement, Air France entend réduire de 20 % les émissions de CO2 de ses avions en 2020 par rapport à 2011. Le même objectif est assigné aux consommations d’énergie au sol. Elle entend aussi valoriser et recycler l’intégralité de ses déchets non dangereux. Elle compte aussi augmenter significativement les vols réguliers alimentés en biocarburant, poursuivre la réduction des émissions sonores, qui est déjà de l’ordre de 40 % par rapport à 2005, développer de nouvelles actions solidaires à travers le monde dans les pays d’escale. Les leviers du tourisme durable sont multiples.