Indaba 2013 Les effets cumulés de la baisse du Rand avec celle des tarifs aériens, associés à une image qui s’est améliorée grâce à l’effet coupe de monde de football en 2010, restituent une réelle attractivité à l’Afrique du Sud.
L’année 2012 s’est terminée d’une manière quasi-euphorique pour le tourisme sud-africain. Le ministre du Tourisme, Marthinus van Schalkwyk n’a pas manqué de s’en réjouir. « Avec une croissance du nombre de visiteurs de 10,2 %, nous faisons plus du double du score enregistré au niveau mondial par la World Tourism Organisation », souligne-t-il. L’ensemble des marchés est au diapason. Les traditionnels européens conservent un véritable dynamisme (+ 9,5 %). De ce fait, leurs poids dans le visitorat international, hors pays africains, se maintient encore à 56 %. Mais les évolutions les plus remarquables sont à mettre au compte des pays émergents: la Chine progresse de 55,9 %, de 44 % pour le Brésil, de 18,2 % pour l’Inde… Quant à la France, sa performance de 2012 se situe à 16 % au-dessus de celle de 2011, ce qui la positionne à la cinquième place des marchés, hors continent africain. Une évolution favorable qui s’explique toutefois de façon contrastée auprès des participants à la dernière édition du salon professionnel du tourisme Indaba, qui s’est déroulé du 11 au 14 mai derniers à l’Inkosi Albert Luthuli Convention Center de Durban.
L’appréciation de cet engouement retrouvé est, en fait, loin d’être uniforme. Il semblerait que les grands voyagistes généralistes, engagés sur des clientèles de loisirs, celles qui sont très sensibles au tarif, en aient moins profité que les autres. « Cette clientèle, dans la recherche de prix bas, utilise de plus en plus des structures telles que TripAdvisor, booking.com, hotels.com… En revanche, la clientèle engagée sur des prestataires thématiques ou spécialisés, pour des safaris, des circuits golfs… est davantage à la recherche de service, moins regardante quant au prix et continue à faire confiance aux prestataires », analyse Gilles Guiot, directeur général de Go Tourism, au Cap, l’un des principaux réceptifs des voyagistes français. Safaris à la Carte, structure spécialisée présente à Nantes, Paris, Lyon, Marseille et Genève, illustre cet avis. « Nous avons lancé l’Afrique du Sud fin 2011 et nous sommes satisfaits d’avoir enregistré, pour la première année, 250 clients », explique Naïta Zappa, directrice de produit. Plus décalé encore par rapport à l’annonce de cette hausse, Patrick Génie, directeur des ventes pour la France et la Belgique du groupe Sun International: « notre activité depuis la France en Afrique du Sud est constituée pour 60 % de groupes Mice. En 2012, du fait de la conjoncture économique française et de l’évolution de la réglementation, nous sommes en forte baisse, qui n’est que partiellement compensée par la hausse de la clientèle individuelle ». Sun International dispose d’une quinzaine d’hôtels en Afrique du Sud, et Patrick Génie avoue que certains établissements ont recours à des promotions et à des baisses de prix. « Depuis la rentrée 2012, nous observons un renversement de tendance, un frémissement qui nous laisse présager d’un prochain retour à un niveau d’activité satisfaisant », poursuit-il.
« Le Rand a quasiment perdu 20 % en dix-huit mois et a surcompensé l’inflation qui s’établit autour des 6 % », souligne Hélène Bezuidenhoudt, représentante d’Atout France à Johannesburg. Un élément qui explique en grande partie l’aspect quantitatif de la fréquentation 2012. Le tourisme sud-africain ne compte pas en rester là. Il souhaite également améliorer la qualité de ses prestations réceptives. Dans cette optique, une labellisation des structures professionnelles d’accueil vient d’être mise en place, avec le lancement des « Lilizelas Tourism Awards », dont les premières attributions sont prévues pour septembre. Cette initiative s’inscrit dans l’objectif affiché d’atteindre, à l’horizon 2020, le chiffre des 15 millions de visiteurs internationaux, contre 9,2 millions en 2012. Quant à la France, Linda Sangaret, directrice du South African Tourism à Paris, va pouvoir s’appuyer sur une manifestation d’envergure: « la saison de l’Afrique du Sud en France ». Depuis fin mai et jusqu’à la fin de cette année, toute une série de manifestations vont être organisées à travers plus d’une centaine de villes. Plus d’un millier de Sud-africains y prendront part. « Pour le marché français, nous avons pour objectif d’atteindre les 134 000 visiteurs à l’horizon 2015 », espère Linda Sangaret.
Dans un autre registre, le salon Indaba, qui figure déjà parmi les plus importants du secteur (le plus important?), en Afrique, souhaite s’inscrire dans cette perspective expansionniste: « il est temps de moderniser et d’étendre ce salon », a lancé le ministre du Tourisme d’Afrique du Sud, à l’occasion de l’inauguration de l’édition 2013. Ce salon affiche dorénavant de nouvelles ambitions. « Il faut donner une nouvelle dimension à l’Indaba, de façon à ce que cette manifestation devienne le salon du tourisme de l’ensemble du continent africain, en vue de positionner l’Afrique du Sud comme la plaque tournante, un hub touristique, de l’ensemble du continent africain », a ajouté Marthinus van Schalkwyk. D’ores et déjà, des contacts ont été lancés dans ce sens auprès des pays africains, et des annonces fermes sont attendues pour le mois de décembre, en vue de l’organisation de l’édition 2014.
Cela fait une vingtaine d’années que Jean-Michel Juloux, gérant de Savanna Tours & Safaris à Lille, programme l’Afrique du Sud sur les marchés de l’Europe francophone, aussi bien pour des groupes loisirs qu’affaires. Avant que sa société n’élargisse considérablement son catalogue à d’autres pays africains, l’Afrique du Sud représentait jusqu’à 70 % de son activité. Mais, la multiplication des destinations (aujourd’hui Savanna Tours & Safaris travaille sur 22 pays à travers le continent africain) a fait qu’aujourd’hui, c’est la destination Tanzanie qui occupe la première place dans ses activités, et que l’Afrique du Sud a glissé jusqu’à la sixième place chez Savanna Tours & Safaris. « La hausse des prix qui a précédé et suivi la coupe du monde de football de 2010, explique en large partie le détournement de la clientèle de ce pays vers la concurrence », explique Jean-Michel Juloux. Quant à la hausse du trafic 2012 annoncé (+ 16%) sur le marché français en Afrique du Sud, il ne l’a pas vue passer. « Chez nous, l’année 2012, s’est terminée avec une hausse du trafic des Foreign Individual Tourists (FIT) que nous avons traités, justement pour compenser la baisse de notre trafic groupes, qui est encore loin d’atteindre son niveau d’avant coupe du monde, analyse-t-il. Sauf, que depuis la seconde partie de l’année dernière, nous assistons à un véritable retournement de tendance, sous l’effet de trois phénomènes. Le premier consiste dans la baisse sensible du Rand, le deuxième dans les promotions venant des hébergeurs, et le troisième, dans la baisse du transport aérien. Résultat, la destination Afrique du Sud est véritablement redevenue attractive ». Des compagnies aériennes pour qui la destination offre, à travers Johannesburg, Durban et Le Cap des escales incontournables dans le nouvel équilibre économique mondial qui se dessine, et dont l’Afrique du Sud est l’un des animateurs. Par rapport aux compagnies traditionnelles, Air France (la seule à offrir des relations directes depuis l’Hexagone, à destination de Johannesburg et du Cap), South African Airways et d’autres compagnies européennes, sont venues progressivement s’ajouter, à l’exemple d’ Etihad Airways, d’Emirates Airlines, de Qatar Airways… Elles ont considérablement renforcé leur présence en France et génèrent, via leur hubs respectifs des pays du Golfe, une pression à la baisse sur les tarifs.
Des week-ends au départ de France
« Aujourd’hui, il nous arrive même de proposer des week-ends avec deux nuits sur place. C’est ce que nous avons réalisé avec un groupe Samsung d’une vingtaine de personnes, en provenance de Bretagne: un séjour éclair, en all inclusive dans une réserve privée de Waterburg, animation et safari inclus, pour un package terrestre inférieur à 550 euros! », lance Jean-Michel Juloux. Aujourd’hui, s’il semble que le tourisme d’affaires prend une longueur d’avance sur ce phénomène de reprise, le tourisme de loisirs devrait suivre. « Je ne sais pas s’il faut mettre cela sur un frémissement de l’économie française, mais les agences de voyages nous questionnent pour des incentives en Afrique du Sud. Je pense que 2014 sera l’année des comités d’entreprise. C’est pour cela que la destination sud-africaine devrait commencer à effectuer son rattrapage sur nos autres destinations africaines », conclut Jean-Michel Juloux.