Enquête La crise n’a pour l’instant que peu d’effets sur les voyages scolaires qui génèrent une grosse activité pour les autocaristes. Mais c’est un marché très bataillé où les affaires se gagnent ou se perdent pour quelques euros.
C’est peu dire que le voyage scolaire est un marché important pour les autocaristes. Se basant sur un recoupement de données de l’Anateep (Association Nationale pour les Transports Éducatifs de l’Enseignement Public) et de l’Office national de garantie des séjours et stages linguistiques, la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV) estime que près de 700 000 enfants ont, en 2012, été transportés en autocar dans le cadre de voyages scolaires éducatifs. Mais, il faut ajouter à ce chiffre les déplacements à la journée et les classes découvertes des primaires.
De fait, rares sont les autocaristes qui ne font pas des voyages scolaires, et pour beaucoup cela représente 10 % à 20 % de leur activité, voire plus pour certains. Ce marché présente en outre à leurs yeux des avantages. Le premier est de faire rouler les autocars de grand tourisme en semaine et d’être ainsi un bon complément, mais il y en a d’autres. « C’est bon pour l’image de marque de l’entreprise car les gens que nous transportons au quotidien sur des lignes régulières découvrent ainsi des autocars plus confortables », note Sébastien Fouache, président des Voyages Fouache. « Cela permet d’apprendre une destination à un conducteur avant de le mettre sur des voyages de seniors ou à la place », déclare pour sa part Laurent Lhomme, directeur général de Dunois Voyages. « Ce n’est pas une activité très lucrative en soi, mais elle permet de maintenir des postes de conducteurs », ajoute Michel Bellier, président de Bellier Voyages.
De plus, alors que le secteur du tourisme en général n’échappe pas à la crise, tour-opérateurs, affréteurs et autocaristes sont tous d’accord pour dire que le voyage scolaire est pour l’heure peu ou pas affecté. « Il y a une très grande stabilité du marché. Je ne dis pas que cela va durer car on sent que les gens ont moins de moyens qu’avant mais, comme il s’agit de leurs enfants, ils l’incluent dans leur budget », affirme Bernard Boulanger, président de Vivalangues. « Nous avons toujours constaté que, lorsque l’agence de voyages souffre, le scolaire marche bien car les gens se disent qu’au moins leurs enfants partent même si eux ne le peuvent pas », confirme Éric Maier, président d’Euro Moselle Loisirs. « Le fort taux de natalité de la France est un gage d’avenir pour ce marché », déclare quant à lui Yves Verdié, Pdg de Verdié Voyages. « Mais concurrence et conjoncture rendent le marché de plus en plus difficile », constate Annick Bourget des Cars Berthelet. Ceci étant, le marché du voyage scolaire n’est pas monolithique et se décline sous plusieurs formes, chacune ayant des spécificités qui lui sont propres.
Sa composante la plus importante en valeur est le voyage scolaire éducatif qui se déroule pendant les périodes scolaires et concerne presque exclusivement les élèves du secondaire. Les obligations réglementaires pour l’hébergement des élèves du primaire rendent en effet beaucoup plus difficile leur déplacement à l’étranger.
Si les enseignants décident de l’organisation de ces voyages, rares sont aujourd’hui ceux qui s’occupent eux-mêmes de leur montage. La plupart font appel à des organismes associatifs et des voyagistes spécialisés en totalité ou en partie dans les voyages culturels et linguistiques pour jeunes, tels que Cap Monde, CLC, Mije, Vivalangues, AVP, Euro Moselle Loisirs et Verdié. Des sociétés qui affrètent ensuite des autocars en fonction de leurs besoins. Quelques autocaristes, comme les Cars Berthelet, dans le Rhône, proposent également ce type de voyages, mais ils sont peu nombreux. « C’est un métier spécifique qui nécessite une organisation différente, estime Laurent Lhomme. Si nous avons des demandes, nous préférons les transmettre aux tour-opérateurs spécialisés avec qui nous collaborons, lesquels nous font ensuite travailler. Un partenariat gagnant – gagnant ».
L’administration n’autorisant pas plus de cinq jours d’absence, les voyages scolaires éducatifs durent généralement de deux à sept jours, exceptionnellement 10 – 15 jours pour les groupes qui partent aux États-Unis, au Canada, au Mexique ou plus récemment en Chine. Mais le long-courrier demeure une exception, bien qu’ils aient pour 90 % d’entre eux l’étranger comme destination. Ne comptant que pour environ 10 % du total, les séjours en France se concentrent sur Paris, les sites de mémoire, la Provence antique, le Val de Loire et les volcans d’Auvergne. « Les parents ne jugent peut-être pas utile de payer pour un voyage en France, dans des lieux où ils pensent pouvoir emmener eux-mêmes leurs enfants », avance Paul Boulanger.
La Grande-Bretagne reste le pays le plus couru suivie de l’Italie et de l’Espagne, qui est aujourd’hui passée devant l’Allemagne, alors que Belgique et Pays-Bas sont bien plus loin derrière comme les pays de l’Est. « Par la richesse de sa culture et de son histoire, l’Italie est une destination qui permet à des professeurs d’histoire, de géographie, d’art, de musique et de latin de se regrouper pour un voyage commun. Ce qui accroît son attractivité », souligne Ghislaine Couronne, directrice commerciale et marketing du groupe CLC/Nacel. Un constat partagé par Eric Maier qui ajoute, « Mais, quelle que soit la destination, c’est avant tout une découverte de la culture et de la civilisation du pays. Il ne faut pas se leurrer, on ne progresse pas dans une langue en quatre ou cinq jours ».
Les programmes de ces voyages ne comprennent d’ailleurs que rarement des cours de langue. Priorité est donnée à la visite des monuments et des sites emblématiques des pays visités et / ou de lieux en relation avec le projet pédagogique de l’enseignant. « Nous avons certes un catalogue, mais nous construisons aussi beaucoup de voyages en fonction de leur desideratas », souligne Yves Verdié. « L’an dernier, nous avions choisi l’économie comme thème et nous sommes allés à Manchester, à Liverpool et dans les mines d’ardoise du nord du Pays de Galles », explique Laurence Campion, professeur d’anglais au lycée Porte Océane du Havre.
Les tour-opérateurs se voient demandés plus d’échanges, plus de rencontres et des activités plus variées qu’auparavant. Familiarisation au cricket, atelier de mosaïque, cours de cuisine de pizza et de pâtes,… « Au début, il y a trente ou quarante ans, c’était un voyage de fin d’année, une sorte de récompense, faire un tour pour parler la langue. Maintenant il y a souvent un vrai projet éducatif, les professeurs font plus de recherches, et parfois ils ont des idées de visite dont nous n’avons même pas entendu parler par les offices de tourisme », souligne Paul Boulanger. « La découverte des monuments constitue néanmoins toujours le plus gros des visites », tempère Ghislaine Couronne.
Il faut dire que les possibilités sont limitées par le fait que la grande majorité des enseignants recherche avant tout le coût le plus bas. Ce qui a toujours existé et n’est pas le résultat de la crise. « Ils ont pour mission de rendre le voyage accessible au plus grand nombre, d’où cette exigence », rappelle Yves Verdié. « C’est un marché où le prix est primordial, et on peut perdre une affaire pour cinq euros voire trois euros par élève », révèle Éric Maier.
Cette recherche de prix serrés fait que l’autocar reste le moyen de transport le plus utilisé avec souvent des trajets aller-retour vers la destination de nuit pour économiser sur l’hébergement. Ce qui permet de proposer trois jours à Londres pour moins de 150 euros. « Nous n’avons qu’une vingtaine de voyages sur 1100 qui partent en train ou en avion », note Éric Maier. « L’utilisation des vols low cost se développe pour aller en Italie ou en Espagne, mais comme pour le train, il faut y ajouter le car pour les transferts et les excursions sur place », note Pascal Journiac, directeur du département classes découvertes et voyages scolaires chez Cap Monde.
Quant à la SNCF, elle est handicapée par ses pratiques commerciales. « Lorsqu’on demande une cotation, on nous donne un prix mini et maxi », déplore Paul Boulanger.
Budget réduit oblige, les nuitées se font le plus souvent en auberge de jeunesse, dans des hébergements collectifs et en famille d’accueil en Grande-Bretagne et en Espagne. En revanche, en Italie les groupes vont dans des hôtels de catégories deux et trois étoiles habitués à recevoir des jeunes.
Autre caractéristique de ses voyages, ils se déroulent pour 80 à 90 % de fin février à mi juin, contre 10 % à l’automne et le reste en début d’année. Au grand dam de tous les opérateurs qui aimeraient bien une meilleure répartition sur l’année. « Nous refusons des circuits à certaines dates alors que nous avons beaucoup de disponibilités à d’autres. S’ils voyageaient à l’automne, ils auraient en outre de meilleures prestations », regrette Yves Verdié, qui comme ses confrères propose des tarifs incitatifs à cette période de l’année. Mais un voyage en octobre/novembre est, pour les enseignants, compliqué à organiser pour plusieurs raisons. La première est que bon nombre d’établissements les oblige à partir à une date donnée, généralement la semaine précédant les vacances de printemps. Une semaine dite banalisée qui permet de gérer plus facilement les absences des professeurs. « De plus, si nous partions quinze jours avant les vacances, il est certain que la semaine coincée entre notre retour et le début des congés serait totalement improductive », précise Laurence Campion qui n’est toutefois pas hostile à partir plus tôt dans l’année. « Mais uniquement en octobre quand il fait encore beau. En novembre, il commence à faire froid et en janvier la nuit tombe trop tôt, cela réduit les temps de visite », explique-t-elle. Mais, compte-tenu des délais d’obtention des autorisations administratives, partir en octobre implique de s’y prendre au printemps précédent. Or les professeurs n’ont pas forcément les mêmes élèves d’une année sur l’autre. « Ceci dit, dans les voyages nous avons de plus en plus d’élèves qui ne font pas partie de notre classe », révèle Laurence Campion. En effet, avec la crise, un nombre croissant d’élèves ne peut partir. Alors, pour ne pas renchérir le coût du voyage, ce qui est le cas si le car n’est pas plein, les classes se regroupent. « Nous commençons à voir apparaître des voyages de 4e ou de 5e au lieu des voyages de telle ou telle classe », remarque Paul Boulanger. Les voyages d’automne pourraient donc se développer dans le futur d’autant qu’ils présentent des avantages éducatifs. « Cela fédère les classes, crée une cohésion entre les élèves et entre les élèves et les professeurs », remarque Laurence Campion.
Autre effet de la crise, dans certains lycées des professeurs commencent à évoquer la possibilité de ne plus faire de voyages tous les ans, mais seulement une année sur deux. La situation varie toutefois d’un établissement à l’autre, selon l’origine socio-professionnelle des parents.
Car, dans le secondaire, il existe très peu d’aides pour les élèves des familles démunies. « Nous avons beaucoup d’élèves issus de milieux modestes dans notre lycée, mais seuls trois ou quatre ont bénéficié d’aides lors de notre dernier voyage et pour des montants ne dépassant pas 80 à 100 euros sur un total de 260 euros », explique Laurence Campion, qui comme la plupart de ses collègues étale le paiement sur plusieurs mois à partir de la rentrée afin de le rendre moins douloureux pour les familles avec peu de moyens. Les fêtes d’écoles donnent également l’occasion de récolter des fonds pour réduire le coût des voyages. De son côté, CLC a créé un fonds d’aide abondé de 10 000 euros par an pour aider certains élèves à partir. Pour l’heure, la crise se traduit donc surtout par une réduction de la durée des séjours. « Dans beaucoup d’établissements, le cinq jours / quatre nuits est devenu un quatre jours / trois nuits », note Paul Boulanger.
Une tendance qui se retrouve pour les classes découvertes des primaires à la mer, à la montagne ou à la campagne, qui ont lieu de janvier à juin. « Il y a dix ans, des durées de 12/15 jours étaient courantes, désormais la norme est de six à sept jours, et les groupes vont désormais moins loin, rarement à plus de 400 km », souligne Pascal Journiac.
De plus, selon l’association des Maires de France leur nombre aurait chuté de 20 % à 30 % depuis 2002 où l’on en dénombrait 29 636 d’une durée d’au moins deux jours. Un recul dont la cause n’est pas la crise, car des aides basées sur le quotient familial les rendent accessibles aux familles les plus modestes. Les raisons seraient une plus grande peur des parents à confier leurs enfants et une moindre motivation des enseignants, rebutés par les lourdeurs administratives de l’organisation et les responsabilités que cela représente. Signe corroborant cette hypothèse, Cap Monde, qui s’occupe de toutes les démarches administratives, connaît une progression sur ce marché. Mais une grande majorité est encore organisée par les professeurs. Ces classes découvertes se font généralement en France du fait de la réglementation très stricte concernant leur hébergement. « Pour l’étranger, il faut traduire tous les documents des établissements et passer des heures au téléphone avec l’administration pour avoir les autorisations », soupire Paul Boulanger. Initiative originale, pour s’affranchir de ces contraintes et néanmoins proposer des immersions dans une autre culture, CLC a créé sur le territoire hexagonal des « American Villages » dans lesquels on vit à l’américaine, on parle anglais et où tout l’encadrement est anglo-saxon. Sur ce type de séjours, surtout appelé pour des transferts, les autocaristes ont pu compenser en partie la baisse générale de ce secteur grâce à une augmentation de leur part de marché au détriment du train, jadis très utilisé mais aujourd’hui peu compétitif.
Très importantes en nombre de missions mais beaucoup moins en valeur, les sorties à la journée constituent une autre facette des voyages scolaires. À l’instar des classes découvertes, elles s’adressent essentiellement aux primaires, mais ne connaissent aucun recul. Cependant, si les collectivités territoriales adoptent des politiques d’austérité, elles pourraient en pâtir car elles sont largement subventionnées. Elles sont généralement organisées par les enseignants eux-mêmes qui, pour des raison pratiques de proximité font de préférence appel à des autocaristes de la région. Un marché auquel les entreprises faisant le ramassage scolaire ont un accès privilégié du fait des relations qu’elles ont avec les écoles. Mais le prix reste prédominant et des appels d’offres nationaux pour des déplacements d’une demi-journée commencent à apparaître sur internet. Parcs d’attractions, musées, monuments et sites naturels composent le panel des visites dont l’éventail est défini par la distance qu’il est possible de parcourir dans le temps imparti. Les recherches d’économies, quand il y en a, se font pour l’instant par le choix de sorties plus proches de l’école.
De par la loi, que ce soit pour un voyage ou un service d’autocar, les établissements scolaires publics sont en théorie tenus de faire un appel d’offres. Les sommes en jeu étant peu élevées, celui-ci se limite à une procédure allégée, dite adaptée, dans laquelle l’avis de publicité est publié au choix dans la presse régionale ou sur internet, sur des sites comme web.aji-france.com. Dans les faits, bon nombre de conseils d’administration se contentent de plusieurs devis et, s’ils sont en principe obligés de prendre les moins chers, les enseignants savent trouver les arguments pour continuer à travailler avec des prestataires qui leur donnent satisfaction même s’ils sont légèrement plus chers. À en croire voyagistes et autocaristes, la situation varie d’une académie à l’autre, mais les appels d’offres deviennent plus fréquents sauf dans les établissements du privé.
En terme de réglementation, les autocaristes n’ont pas d’obligations très lourdes pour transporter des scolaires. Ils doivent uniquement disposer d’un autocar équipé de ceintures de sécurité et placer le panonceau « Transport d’enfants » à l’avant et à l’arrière du véhicule. La fourniture d’un schéma de conduite détaillant avec précision le lieu de prise en charge, le temps de route prévu, la localisation des arrêts et l’itinéraire sont également exigés pour les primaires. À signaler que des représentants des forces de l’ordre ont parfois verbalisé des conducteurs pour avoir laissé des enseignants s’installer sur le siège accompagnateur, arguant du fait qu’ils n’avaient pas cette fonction et étaient des passagers.
En revanche, les contraintes réglementaires sont beaucoup plus fortes dès lors qu’il s’agit de primaires, et que des nuitées sont inclues dans le déplacement. Ils ne peuvent en effet être logés que dans des établissements agréés « ministère de la Jeunesse et des Sports ». Un vrai casse-tête pour les déplacements à l’étranger où il n’existe pas de labellisation reconnue équivalente.
Le voyage scolaire éducatif n’est pas l’apanage de la France. L’Hexagone reçoit donc un grand nombre de jeunes européens accompagnés de leurs enseignants, mais la quasi-totalité a recours à des voyagistes et à des autocaristes de leur pays. Il s’agit donc d’un marché infime et très ponctuel pour les entreprises françaises. Bellier Voyages accueille ainsi des scolaires britanniques arrivant à Saint-Malo en ferry. CLC a quelques groupes britanniques et australiens. Cap Monde travaille avec des écoles françaises de l’étranger.
Reste une clientèle qui a besoin d’autocars, celle des groupes scolaires nord-américains qui viennent via des organismes tels que EF, ACIS, Passports, Explorica,… Mais ils combinent souvent plusieurs pays et ces tour-opérateurs font alors appel aux transporteurs des pays où ils sont moins chers: Europe de l’Est, Italie du Sud, Espagne…. Restent les services locaux, mais les transferts ne sont pas toujours très rentables car si les avions ont du retard à l’arrivée cela perturbe le planning. De loin le plus gros opérateur sur ce marché, EF paye en outre très mal, et n’hésite pas à avoir recours à des autocaristes de l’Est qui basent des conducteurs à Paris pour les transferts, les visites de ville et les circuits.
« La personnalité du conducteur, son adaptabilité et son positionnement par rapport aux enfants jouent beaucoup dans la réussite d’un voyage scolaire », affirment pratiquement dans les mêmes termes Yves Verdié et Laurence Campion. Il est ainsi fréquent que des enseignants redemandent des conducteurs qu’ils ont déjà eus et dans le cas de voyages organisés par des groupistes, ceux-ci font généralement tout pour satisfaire leur requête. À condition toutefois que les tarifs de l’autocariste rentrent dans le budget ou ne s’en éloignent pas trop. Car que ce soit pour un déplacement d’un ou plusieurs jours, c’est souvent le prix qui prime. « Nous allons systématiquement au moins cher », avoue Fabienne Vérité, institutrice dans la région Centre. « Même quelqu’un ayant l’habitude de travailler avec nous peut aller ailleurs pour une différence de 10 euros /15 euros », déplore Cathy Chaintrier, des Autocars Chaintrier. Cependant, certains établissements ne regardent pas que cela. « Nous basons notre choix sur le prix mais aussi sur la qualité du car et du service », affirme Annie Pauthe, responsable communication de l’école privée Notre Dame de Sion, à Paris, qui est fidèle au même autocariste depuis des années. Les parents sont en effet très attentifs à l’état du car, surtout pour les voyages de plusieurs jours. « J’en ai vu venir au départ et vérifier les pneus avec des témoins d’usure », se souvient Paul Boulanger qui, comme tous ses confrères, affirme porter un soin particulier au choix des autocaristes. « Mais lorsqu’on privilégie les véhicules de qualité, comme nous, on est vite hors course par rapport aux tarifs pratiqués par certains transporteurs », déclare Laurent Lhomme. « Les cars aux normes Euro 5 ont un coût que les organisateurs de voyages ont du mal à répercuter aux écoles », renchérit Jean-Luc Mérand, gérant de l’affréteur Sisat.
La proximité est un autre critère de choix de l’autocariste afin de réduire les coûts d’approche et l’amplitude de conduite des conducteurs. « Mais, au printemps, il faut parfois faire venir les cars de plus loin », souligne Jean-Luc Mérand. En particulier les modèles de grandes capacités, très recherchés car ils permettent de regrouper plusieurs classes. « Nous avons beaucoup de demandes pour notre 75 places, et parfois nous allons de Charente-Maritime jusqu’en Loire-Atlantique pour charger des groupes », révèle Cathy Chaintrier.
Le voyage scolaire a aussi des spécificités auxquelles les autocaristes doivent s’adapter, ou faire des choix. « Nous faisons moins de voyages scolaires éducatifs qu’avant car c’est lourd en terme de logistique, il faut un double équipage au départ, un relais au retour. De plus, les conducteurs veulent de moins en moins dormir chez l’habitant », explique Sandrine Thong Chane, responsable commerciale des Cars Martin qui, sur les journées, affecte de préférence « des véhicules faciles à nettoyer, sans moquette, car les enfants ne sont pas ceux qui prennent le plus soin des cars ». De plus, si des autocaristes affirment avoir des salariés polyvalents formés pour travailler avec tous les types de clientèle, il est de notoriété que certains conducteurs ont du mal avec les jeunes ou reprochent aux enseignants de faire preuve de nonchalance dans la gestion des élèves, et estiment que ce n’est pas eux de faire la police. Des autocaristes reconnaissent d’ailleurs choisir en priorité certains conducteurs pour ces missions. « Nous mettons des personnes ayant une patience à toute épreuve mais qui savent aussi faire preuve de fermeté, qui parlent la langue du pays visité et ont une certaine expérience, car il faut parfois faire des manœuvres compliquées pour accéder aux hébergements, explique Marion Baraka, directrice du développement commercial chez Master Cab. Et nous prévoyons une mise en place du car plus tôt qu’à l’ordinaire car les adieux des parents aux enfants prennent du temps ».