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G. Cromer (ATD) : "Il n'y a pas de stratégie de développement durable en France"


Publié le : 02.12.2015 I Dernière Mise à jour : 02.12.2015
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Guillaume Cromer a répondu aux questions de Tour Hebdo juste avant la COP21. I Crédit photo ©DR

Président du réseau Acteurs du tourisme durable et directeur du cabinet d'ingénierie ID-Tourism, Guillaume Cromer livre sa vision du secteur, entre espoirs et inquiétudes.

Céline Perronnet pour Tour Hebdo : Vous avez organisé récemment la première édition des Universités d'été du tourisme durable. Quel est l'état du secteur aujourd'hui ?

Guillaume Cromer : Il n'y a plus d'étude chiffrée sur le tourisme durable depuis que Voyages-sncf.com a arrêté d'organiser les Trophées du tourisme responsable, en 2012. Une étude sur la consommation responsable des Français, réalisée par Harris Interactive, avait été présentée à cette occasion. Ce que l'on peut dire, c'est que le clivage s'agrandit entre les personnes les plus engagées (adeptes du bio, locavores...) et celles qui s'en soucient de moins en moins car elles sont en difficultés financières.

TH : Espérez-vous de la COP21 qu'elle réveille les consciences ?

G.C. : La COP21 doit parler à tout le monde. Outre les enjeux et les négociations, il doit y avoir un élan démocratique car le changement climatique est l'affaire de tous.

TH : Comment évolue l'engagement responsable des professionnels du tourisme ?

G.C. : Les plus grandes entreprises, à savoir AccorHotels, Club Med, Pierre & Vacances, Transat et Voyageurs du Monde, s'intéressent au sujet mais ce sont toujours les mêmes. Chez certains tour-opérateurs, il n'y a aucune réflexion globale. D'autres grands groupes, comme Thomas Cook, ont un engagement très faible. TUI France, c'est pareil. Pourtant, au niveau européen, TUI Group est très actif. Ce ne sont pas des questions prioritaires pour leurs directions car le business en France n'est pas bon. Il n'y a d'ailleurs pas d'interlocuteurs en interne dédié à la question du développement durable. Pourtant, il peut être un formidable outil au service de l'innovation.

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TH : De quelle manière ?

G.C. : AccorHotels a par exemple rattaché le développement durable au service qualité et relation client. Il est en effet indispensable de lier les trois et de ne pas uniquement le rattacher à la communication. Le projet de Villages Nature, à proximité de Disneyland Paris, est également un bon exemple. En termes d’engagement, c’est intéressant car les deux protagonistes, Pierre & Vacances et Euro Disney, veulent former tout leur staff au développement durable, des jardiniers aux personnes qui assureront l’accueil des clients.

TH : L’offre durable en France est-elle satisfaisante selon vous ?

G.C. : La tendance du slow tourism intéresse les Français mais l’offre est mal identifiée. On a quelques produits, comme la Loire à vélo, mais globalement le cyclotourisme et le tourisme fluvial sont sous-exploités. Pourtant, il y a vraiment de la place en France pour monter un business dans ces domaines. Regardez Marin d’Eau Douce, c’est une vraie réussite. Dans cet esprit, j’ai remis le 15 septembre à Matthias Fekl [le secrétaire d'État chargé du Commerce extérieur, de la Promotion du tourisme et des Français de l'étranger, ndlr] un rapport sur les dix-sept mesures pour faire de la France une destination phare de l’écotourisme.

TH : Quelles sont les grandes lignes de ce rapport ?

G.C. : Tout d’abord, il n’y a pas de stratégie de développement durable en France. Il est aujourd’hui essentiel de mettre en cohérence des circuits d’itinérance en partant des besoins des clients : hébergeurs, restaurateurs, réparateurs doivent être accessibles et identifiés sur la route pour développer le cyclotourisme. L’intermodalité des transports est également insuffisante. Il faut que la SNCF fasse des efforts là-dessus, Voies navigables de France aussi. Ces filières doivent être utilisées par Atout France pour communiquer. Le cluster tourisme de pleine nature doit également être renforcé. Il y a dix personnes dans ce groupe et un vrai problème de dynamisme. On a potentiellement une très belle offre en France avec les parcs naturels régionaux et certains parcs de loisirs aussi. Matthias Fekl a la volonté d’avancer vite. Les premières actions devraient être menées dans les semaines qui viennent. Une bonne communication originale et moderne avec des blogueurs internationaux par exemple, qui mettraient en avant notre offre pour développer quelques marchés cibles, serait une bonne idée. Nous allons essayer de réaliser avec le réseau Acteurs du tourisme durable une étude auprès du grand public pour connaître sa perception et sa connaissance du tourisme durable.

TH : Quels sont vos autres projets et réalisations ?

G.C. : Une convention entre ATR (Agir pour un tourisme responsable) et Travelife a été signée sur le salon IFTM Top Resa. ID-Tourism, le cabinet d’ingénierie que je dirige, représente en France le programme de certification Travelife. Ce nouveau partenariat met à disposition d’ATR des outils développés par Travelife afin de permettre à leurs membres de mieux intégrer les enjeux et indicateurs de développement durable RSE : reporting en ligne avec intégration de preuves, plan d'actions, benchmarking de bonnes pratiques, contacts d’autres membres Travelife en Europe, cycle de formation des réceptifs dans les pays, etc. ATR serait donc à moyen terme le représentant de Travelife en France afin de permettre au secteur du tour-operating dans son ensemble de rejoindre un réseau fort avec à la fois des outils d'accompagnement et de formation, un contrôle extérieur indépendant et une meilleure visibilité pour le grand public.

TH : Le programme Travelife est-il déjà suivi par les TO français ?

G.C. : Très peu. Il y a trois niveaux de certification. En France, seul Transat est « partenaire Travelife », ce qui correspond au second niveau. Il y a aussi quelques TO qui en sont à la première phase et sont « engagés Travelife », alors qu’une centaine de voyagistes européens sont déjà « certifiés Travelife ». Pour atteindre ce dernier niveau, il faut répondre à 159 critères obligatoires. En France, plusieurs voyagistes, tels qu’Asia et le Club Med, attendaient ce rapprochement entre ATR et Travelife pour se lancer, tout comme de nouveaux entrants, dont Evaneos. Le fait d’avoir ATR freinait la France au niveau européen. Désormais, avec un seul référentiel durable chez les tour-opérateurs français, on va avancer beaucoup plus vite.

TH : Comment est financé le programme Travelife ?
G.C. :
On dispose d’un financement de l’Europe à hauteur de 70 000 euros valable jusqu’en juin 2016 pour aider les tour-opérateurs à monter une stratégie RSE.

Itinéraire d’un homme engagé

Guillaume Cromer a la fibre solidaire depuis son stage de fin d’études au Népal il y a dix ans. Deux ans plus tard, il organise la première Journée mondiale pour un tourisme responsable et lance dans la foulée l’agence SPE Tourism. En 2012, il reprend, dans la même optique d’accompagnement des acteurs du tourisme dans une démarche responsable, la gérance du cabinet d’ingénierie ID-Tourism. Il est nommé, en 2014, président d’Acteurs du tourisme durable.

Propos recueillis par Céline Perronnet

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