L’univers de la compagnie Delarozière et son gigantesque bestiaire méritent ce coup de projecteur. Après l’éléphant de Nantes et le minotaure à Toulouse, le dernier né est le dragon de Calais. Les sites se visitent et les géants proposent même des balades. Mais l’addition est salée.
Né en juillet 2007, l’éléphant est un beau bébé, haut de 18 m et 48 tonnes. Les visiteurs ont pris l’habitude de grimper sur le dos de ce géant de bois et d’acier pour une petite balade. Ainsi, les Machines de l’Île ont accueilli 642 670 personnes en 2018 dans cet un ancien chantier naval, dont près de la moitié dans la Galerie des machines, lieu de spectacle vivant et véritable laboratoire où sont testés les nouveaux venus du bestiaire. Sans oublier le Carrousel des mondes marins, qui a ouvert en 2012 en bord de Loire. Nouveauté 2020: la parade amoureuse. Sur instructions des machinistes, il reviendra aux visiteurs d’animer un couple d’oiseaux du paradis. À venir en 2022: l’arbre aux hérons: arbre métallique de 32 m pouvant accueillir 400 personnes sur ses 22 branches. Le budget initial de 35 M€ est déjà annoncé comme dépassé. Le financement doit se faire en trois tiers entre le privé, Nantes Métropole et différentes collectivités, mais les tensions montent du côté des candidats aux municipales…
En novembre dernier, les Calaisiens ont découvert un dragon d’acier haut de 10 m crachant du feu. En attendant son abri définitif, qui doit être livré fin 2020 ou début 2021 au fort Risban, le monstre est sous une nef provisoire, sur le front de mer. Là, la Cité du dragon se compose de blocs modulaires, d’un espace de restauration (L’Antre du Dragon) avec une grande terrasse donnant sur l’embouchure du port et d’une boutique. Depuis le 1er décembre plus de 4 000 personnes ont testé une balade sur le dos de la bête. « Nous sommes en mesure de proposer des voyages et une offre touristique », explique Stéphane Ribeiro Da Ascencao, en charge de la communication à La compagnie du dragon, citant des visites de la ville, de son centre international de la Dentelle… Il est prévu que le monstre soit rejoint en 2022 par deux « varans de voyage » qui coloniseront le vestige du dôme bunker et par une famille d’une dizaine d’iguanes devant s’abriter au fort Nieulay.
La facture se monte à 27 M€ d’euros pour les machines et le réaménagement des sites. Il faut y voir la volonté de redorer l’image de Calais, ternie par la crise migratoire. Bien conscients de ce problème, l’État et les collectivités territoriales ont attribué 100 M€ de subventions à la ville au titre d’un contrat de territoire. Ainsi ce projet artistique accompagne-t-il la rénovation urbaine. Propriétés de la ville, les machines crées par la Compagnie Delarozière sont exploitées par celle du Dragon, une délégation de service public, la SPL Grand Calais Tourisme &Culture, détenue par la ville essentiellement et son agglomération. Il faut donc réussir maintenant à capter des clientèles, à commencer par les voyageurs transitant entre la France et la Grande-Bretagne.
Depuis son ouverture fin 2018, la Halle de la Machine, implantée sur la Piste des Géants, piste historique de l’Aéropostale toulousaine, a accueilli 300 000 visiteurs (450 000 en comptant ceux qui sont venus profiter du manège, des concerts et autres animations). Il faut dire que les Toulousains avaient été 900 000 personnes à assister aux quatre jours du spectacle inaugural, Le Gardien du Temple, dans les rues de la ville rose. Puis le minotaure et sa copine l’araignée ont pris leurs quartiers à la Halle de la Machine (15 M€), qui propose des billets couplés avec le nouveau musée l’Envol des Pionniers (10,6 M€), qui a ouvert au même moment. Toulouse Métropole a acheté le minotaure 2,4 M€ et le spectacle 2,1 M€. La visite est aussi intégrée à des circuits, avec la visite de Toulouse, un passage à la Cité de l’Espace, aux usines Airbus… « La clientèle groupe a droit à une visite avec des machinistes et des comédiens en impro permanente, suivie de la projection d’un documentaire sur le travail de la compagnie, avant un petit tour sur le dos du minotaure », commente Frédéric Jussian, patron des lieux. Par ailleurs, 80 entreprises ont déjà privatisé le lieu, lors de séminaires suivis d’une soirée cocktails, servis par de petits robots. Tour-operators, associations et comités d’entreprise forment le reste des groupes.