Comme avec « théâtre », le terme « cabaret » recouvre deux notions. C’est à la fois un lieu et une discipline, ou plus exactement un ensemble de disciplines: le chant, la danse, la musique, le burlesque, l’humour, le cirque, le transformisme données simultanément, avec une orientation plus ou moins affirmée vers la revue selon le choix du gestionnaire. Le terme s’applique à des salles qui ouvrent exclusivement au moment du spectacle par opposition à des lieux qui proposent une soirée cabaret et se transforment en bar pendant la semaine. Il est habituel d’y consommer, ce qui en fait une expérience unique, extrêmement conviviale. Tout est mis en œuvre pour inviter le public dans une atmosphère de détente, puisque même le service en salle fait partie de l’expérience. Michou, qui vient de nous quitter, n’accueillait pas son public par « Chers clients », mais par « Mes amis »!
Les événements dramatiques de 2015 ont fait de 2016 la pire des années, avec une baisse de la fréquentation d’environ 25 %. Alors que 2017 confirmait la reprise, la fin de 2018 a pâti de la crise des « gilets jaunes » et 2019 a été une année très moyenne à cause des grèves, notamment à Paris. Pourtant les grands cabarets continuent à renvoyer une image forte et l’on note le dynamisme, notamment en région, de petits cabarets de moins de dix ans d’existence. Ces cabarets, implantés à 60 km environ d’une ville moyenne, représentent souvent le seul lieu de spectacles à des kilomètres à la ronde et constituent un outil d’irrigation du territoire en termes de culture. Le Camulc comptabilise aujourd’hui en France près de 200 cabarets qui comptent, dont deux à trois par grande ville. Il se crée jusqu’à dix établissements chaque année et les cabarets représentent un chiffre d’affaires direct de 220 à 240 millions d’euros.
Parallèlement aux grands spectacles et notamment la nouvelle revue du Paradis Latin (qui nous a réjouis parce qu’elle remet au premier plan un écrin magique), on assiste à l’émergence d’une jeune génération d’artistes. Comme dans l’ancien cabaret transformiste Madame Arthur qui explore depuis trois ou quatre ans une nouvelle approche de l’expérience cabaret, avec une organisation de la soirée qui laisse le temps au public de parler ou de prendre un verre, voire d’arriver en milieu de soirée. Quant au rajeunissement de la clientèle, il est indéniable. Les jeunes découvrent le plaisir de musiques différentes et de tableaux dont la beauté est la base.