Que faire de ces territoires désertés par leurs activités industrielles ou portuaires? Portés par les municipalités, des projets de réhabilitation ont surgi partout en France. Ces (éco)quartiers mixtes, inscrits dans le tissu urbain ou bien excentrés, sont souvent développés selon des valeurs écologiques. Tous font la part belle à la culture.
Les fans de Plus belle la vie auront remarqué que les personnages de la série ne mettent jamais les pieds dans la Belle de Mai. Contrairement aux 400 000 visiteurs qui fréquentent chaque année ce gigantesque pôle culturel et urbain où se trouvent les studios de tournage. Une ville dans la ville où le touriste peut désormais tout faire: voir des expositions, assister à des concerts, se restaurer aux Grandes Tables, pratiquer le skate, admirer la vue sur la mer depuis un toit-terrasse de 8 000 m2. La friche de la Belle de Mai s’est installée dans les anciens locaux de la manufacture des tabacs de Marseille, premier employeur de la ville au XIXe siècle. En 2013, le titre de Capitale européenne de la culture accordé à Marseille a donné un coup d’accélérateur au projet, dans les tuyaux depuis 1992. L’architecte Mathieu Poitevin a livré la Tour Panorama consacrée à l’art contemporain. Puis ont été inaugurés les Plateaux, deux salles de spectacles en bois. Le site s’est enrichi d’une crèche, d’un café-librairie, de jardins partagés, de l’Institut méditerranéen des métiers du spectacle…, le tout dans 12 ha dont 45 000 m2 dédiés aux artistes et aux structures culturelles. Aujourd’hui 400 personnes travaillent sur le site. L’effervescence de ce lieu graffé, pop et photogénique, entre bâtiments industriels réhabilités et architecture contemporaine, est réelle. Longtemps territoire de culture ouvrière, le quartier de la Belle de Mai est resté quant à lui populaire et cosmopolite. En 2014, la friche est sortie de ses murs avec la création du cinéma Gyptis et, en 2018, un village club du Soleil, premier site urbain de la marque, a posé ses valises juste en face, dans une ancienne maternité, loin du Vieux-Port ou de la Corniche.
Ce nouveau complexe artistique de la taille d’un petit quartier (11 000 m2) s’appelle Komunuma, commune ou communauté en espéranto. Pour implanter à Romainville son pôle culturel d’art contemporain, la fondation Fiminco a choisi une friche en brique de la fin des années 40 qui a abrité les usines pharmaceutiques Roussel-Uclaf, alimentées par des centrales thermiques. Inauguré le 20 octobre dernier, Komunuma a investi les cinq bâtiments de la friche qui accueillent désormais la résidence d’artistes de la fondation, des espaces d’exposition et cinq galeries d’art. But du jeu: créer une synergie entre les différents partenaires et permettre aux jeunes artistes de bénéficier d’ateliers de création (sérigraphie, gravure, vidéo…), d’échanger avec leurs prestigieux voisins galeristes (Air de Paris, In Situ Fabienne Leclerc…) et d’exposer dans la nef de la monumentale chaufferie (14 m sous plafond). Situé près du canal de l’Ourcq, et à proximité du nouveau village de marques Paddock Paris, ce hub artistique déjà emblématique du Grand Paris ne perd pas le lien avec le territoire. Il collaborera avec les structures culturelles voisines, comme le Centre national de la danse de Pantin ou les Magasins généraux, autre friche reconvertie avec elle aussi une vocation artistique. Pour l’instant il accueille son public, riverains ou touristes, avec une programmation gratuite d’expositions, de conférences et de rencontres avec les résidents. Le lieu est appelé à grandir, avec la venue de la chorégraphe franco-espagnole Blanca Li et l’ouverture de la Parsons School of Design.
Inauguré en septembre 2018, le Radisson Blue est le premier hôtel 4* à s’être implanté dans le nouveau quartier des Bassins à flots, avec une vue plongeante sur deux gigantesques plans d’eau désaffectés sertis dans des quais de béton. Situés au nord des Chartrons et bordés à l’ouest par la Garonne, les Bassins à flots constituent le quartier le plus inattendu de la rive gauche. Son paysage industriel de silos et de hangars fait place depuis une dizaine d’années à un quartier mixte d’habitations, de commerces, de bureaux et d’équipements de loisirs aux lignes architecturales audacieuses. Ses deux bassins construits il y a près de 200 ans pour accueillir les navires marchands gardent trace du passé portuaire de la ville. On vient faire la fête à bord du I.Boat, amarré au béton, réparer son vélo écolo au Garage moderne, visiter des expos dans l’ancienne base sous-marine, un bunker construit par les Allemands en 1941. Édifiée à proximité en 2016, la Cité du vin a donné un supplément de visibilité à ce quartier. Depuis, l’ont rejoint le musée Mer-Marine et les halles de Bacalan, un « marché » de producteurs et de commerçants locaux qui fait le bonheur des bobos. On attend à l’horizon 2020 le quai des Caps avec son complexe UGC, mais aussi les Bassins de lumière (ouverture en avril prochain). Ce centre d’art numérique proposera à la manière des Carrières de lumière des Baux-de-Provence des expériences artistiques immersives. Tous associés sous la bannière « Destination Bordeaux Bassins à flots ».
Il y a quinze ans, qui se serait aventuré au sud de la gare de Perrache? Aujourd’hui, des entrailles de la gare surgissent des tramways qui filent vers un monde de verre, d’aluminium et d’eau. La Confluence signe la rencontre de la Saône et du Rhône qui bordent une presqu’île autrefois industrielle. Au XIXe siècle, on y trouvait des usines, des abattoirs et des prisons, un réseau ferroviaire et un port de commerce. En 1993, les docks ont fermé, mais Confluence renaît dès 1999. Près de 150 ha à réaménager, de quoi doubler le centre même de Lyon. Confluence est surtout un territoire à vivre, avec les valeurs urbaines d’aujourd’hui: transports doux, espaces verts, matériaux naturels et constructions à haute qualité environnementale. Autour de la darse, port de plaisance et clin d’œil à la mémoire portuaire du site, s’élève un quartier d’habitation en partie dessiné par l’architecte italien Massimiliano Fuksas. Le long des anciens docks, le Cube orange de Jacob &MacFarlane, spectaculaire structure évidée, est devenu l’emblème d’un quartier aux couleurs qui claquent. Sur le quai, les friches portuaires s’offrent une deuxième vie, plutôt culturelle. Comme la Sucrière dont les façades changent au rythme de la Biennale d’art contemporain qu’elle abrite. La construction du musée des Confluences par le cabinet Coop Himmelb(l)au à la pointe de la presqu’île a marqué un point d’orgue fin 2014. Le quartier continue de surprendre avec la tour Ycone de Jean Nouvel, l’hôtel MOB avec cinéma en plein air. Pour 2020, on attend Lumen, la Cité de la lumière, vitrine de la filière lumière ouverte aux professionnelles comme aux touristes.
Au centre du quartier de Montaudran, la Piste des géants est un territoire absolument unique de 10 ha taillé comme un terrain de jeux. Longtemps boudé par les Toulousains, il a pourtant vu naître l’Aéropostale, comme en témoigne la piste d’envol de 2 km qui lui sert aujourd’hui de colonne vertébrale. La Piste des géants se structure depuis deux ans autour de jardins paysagers et de deux équipements culturels d’envergure. Inauguré en décembre 2018, L’Envol des pionniers est un espace muséal dont l’exposition permanente de 1 000 m2 rend hommage aux héros des lignes de Latécoère. Dans les bâtiments historiques de l’Aérospostale, le visiteur est pris en main par des médiateurs, endossant pour l’occasion le costume du pilote ou du mécanicien. En parallèle du projet mémoriel porté par Toulouse Métropole s’est développée l’aventure extraordinaire conçue par François Delarozière. Le directeur artistique de la compagnie La Machine a imaginé un Minotaure de 47 tonnes et 12 m de haut, saluant le mythe du taureau qui imprègne la capitale occitane. Son colosse articulé, après une entrée en fanfare dans la ville, a rejoint sa Halle, à côté de L’Envol des pionniers. Ce bâtiment contemporain en verre, bois et acier héberge aussi des automates de spectacles de rue, mis en marche par des comédiens machinistes sous les yeux des visiteurs. À heures fixes, le Minotaure embarque des passagers pour une balade le long de la piste. Comme un outil d’observation et de découverte du quartier. Ce pôle d’attraction culturelle s’inscrit avant tout dans le projet urbain très ambitieux d’une Aerospace Valley, une zone d’innovation aéronautique de 56 ha avec des plateformes de recherche. S’y intègrent peu à peu des programmes de logements, des activités économiques et tertiaires et même des ateliers de graffeurs. En 2025, ce quartier de Toulouse sera desservi par une nouvelle ligne de métro et deux stations dédiées.