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Le tourisme d’affaires crée l’événement

Enquête | publié le : 01.11.2011 | Dernière Mise à jour : 01.11.2011

Auteur

  • Karine Filhoulaud

Tendance Les produits originaux et attractifs conçus sur mesure pour le tourisme d’affaires inspirent parfois le tourisme de groupe classique, toujours à l’affût d’offres inattendues.Mais greffer ce type d’événementiel d’une clientèle à l’autre ne prend pas toujours.

UNE FOIS lancé, on ne peut plus les arrêter!”, lance, amusé et satisfait, Fabrice Loudun, responsable du grou-pe de chanteurs gospels Bell Intone. Eux, ce sont les membres des groupes affaires pour lesquels Bell Intone est régulièrement sollicité. La Ligue d’Impro, elle aussi, travaille pour des entreprises ou agences événementielles, comme l’explique Nadine Rubeus, sa directrice de production: “Nous pouvons nous transformer en faux guide, en fausse Miss France égarée, en faux client courant après son car, etc. Nous proposons aussi des matchs d’improvisation, des cours d’initiation…” Ces prestations pourraient sans aucun doute enchanter les membres d’un groupe de voyageurs classiques. Pour divertir les passagers lors de trajets en car, pour rendre une visite plus attrayante, pour surprendre avec une activité inédite… les groupistes loisirs pourraient trouver là l’originalité qu’ils recherchent constamment.

Sacré budget

L’entrave majeure à cette sorte de copier-coller serait, selon nombre d’acteurs du tourisme de groupes affaires ou loisirs, une question de différence flagrante de budget, bien sûr au bénéfice des groupes affaires. Un inconvénient d’autant plus notable qu’à l’heure actuelle, vue l’orientation du pouvoir d’achat des Français, les groupistes n’ont pas tendance à charger leurs produits de coûts supplémentaires. Pour les prestataires affaires sollicités par des groupes loisirs, le bilan ne s’est d’ailleurs pas avéré positif. À l’image de Thierry Pic, directeur associé de l’agence incentive et événementiel A la Carte Events, qui affirme qu’“ils veulent toujours quelque chose d’extraordinaire, notamment une trop forte diminution du devis…

Certains professionnels tentent de contourner l’entrave budgétaire en proposant des versions allégées de leurs produits affaires. C’est un peu la démarche d’Onno Ottevanger de l’office de tourisme de Dunkerque: “Présenter des offres similaires, mais avec un emballage ou un niveau de qualité un peu différent.” En somme, travailler les budgets pour les adapter aux finances des groupes classiques. Christiane Prieur, directrice des ventes de AMP, agence spécialisée en tourisme d’affaires et événements, estime elle aussi que “le budget n’est pas une vraie entrave.” Bien sûr, cela dépend des groupes plus ou moins aisés et des produits proposés, plus ou moins exceptionnels et donc onéreux.

Côté attentes, des différences

Outre le budget, c’est aussi la différence des attentes entre groupes affaires et loisirs qui peut constituer un obstacle. “Avant, témoigne Martine Eck-Bury, responsable réseau chez Europatours, nous avions une brochure dédiée au tourisme d’affaires, mais plus aujourd’hui: les demandes de devis dans ce secteur sont toujours très spécifiques.” Il y a aussi le niveau d’exigence demandé qui sépare les deux secteurs. En général, l’affichage haut de gamme et l’authenticité des produits sont exigés par les groupes affaires, alors que les groupes loisirs peuvent se contenter de propositions moins élaborées. En d’autres termes, plus radicaux, il sera difficile de convoquer un groupe d’étudiants déguisés en derviches tourneurs pour un événement d’entreprise, alors que pour le groupe loisirs, une telle solution est envisageable. Sans aller jusque-là, Bruno Stergard, qui travaille pour l’agence Amplimonde, est persuadé de cette différence: “Là où l’on prévoit un guide pour les groupes classiques, on en prendra trois pour les groupes affaires.” Il faut aussi noter la différence qui existe au niveau des produits eux-mêmes. “Pour les seniors, par exemple, cela me paraît difficile de proposer des activités issues du team building”, confirme Martine Lansade, directrice de Passion côte basque, agence affaires et réceptive.

Reçues et préconçues…

Il y a encore le problème des mentalités qui bloque l’ouverture entre professionnels. L’originalité recherchée officiellement par les groupistes et leurs clients est-elle vraiment facteur de ventes? “Nous vendons finalement peu de produits extraordinaires, remarque Bruno Stergard, car les clients reviennent toujours vers du classique. Et c’est pour cela que ces offres sont toujours proposées en option!” Si les groupistes sont séduits par les idées émergeant du tourisme d’affaires, le passage à l’acte ne semble en définitive pas si fréquent. Oser proposer du surprenant, accepter de prendre des risques financiers pour promouvoir de l’inconnu, “les TO ne sont pas encore tout à fait mûrs”, estime Thierry Pic.

De leur côté, les prestataires affaires ne paraissent pas non plus se soucier de ce marché pourtant voisin du leur. Exemple avec Nicolas Charvet, directeur général de Tématis, prestataire axé sur le “hors du commun”, qui n’envisage pas pour l’instant d’aborder l’univers du tourisme de groupe classique. Parce que la période économique n’est pas la meilleure pour se diversifier, parce que s’attaquer à un nouveau débouché demande aussi du temps et de l’énergie, etc. “Depuis trois ans que nous travaillons pour le tourisme d’affaires, nous sommes toujours en augmentation!”, résume, Fabrice Loudun, logique et sincère. Peut-être cette indifférence réciproque est-elle le fruit d’une méconnaissance? Cette réflexion signée Martine Lansade, qui cantonne le tourisme de groupe à un cliché, tendrait à le prouver: “Les groupes de touristes sont intéressés par des visites culturelles classiques, non? Et nous, on ne fait pas cela.” Dans l’autre sens, ce responsable de Canauxrama, qui reproche à des prestataires affaires justement en pleine action en face de ses bateaux de ne pas se manifester, oublie qu’il aurait pu aller les voir. Bref, la rencontre active et constructive ne paraît pas encore avoir eu lieu.

Les "pourquoi pas"?

On en est encore sans doute à la phase des “pourquoi pas?” C’est la réflexion de Martine Lansade notamment sur un de ses produits, un rallye bodega avec road book, à mener dans les troquets de Saint-Sébastien: “Nous le proposons aux entreprises, mais avec des TO, c’est vrai qu’il pourrait aussi fonctionner.” Autre exemple avec Florine Longueville, responsable commerciale de Coqs en pâte, un prestataire aux activités centrées sur la cuisine: “Avec notre thématique gastronomie, ça devrait plaire aux groupes loisirs français, non? Et si l’originalité et la convivialité de notre offre attirent dans le tourisme d’affaires, elles devraient aussi séduire dans le tourisme classique.” Confiante, Florine avoue d’ailleurs être en contact avec une agence, et vouloir démarcher les groupes, car cela lui paraît logique de passer des clients affaires au grand public. Que les groupistes puissent profiter des idées développées dans le tourisme d’affaires ne paraît d’ailleurs pas, en définitive, si impensable. Exemple avec les groupes de jeunes, d’actifs, voire de sportifs, qui peuvent être intéressés par les activités dynamiques de motivation, les challenges, estampillés tourisme d’affaires. “L’aspect participatif est une vraie demande de la part de certains de nos groupes classiques”, affirme David Prioton, directeur du CDT de la Vienne. Il explique que, dans ce cas, son équipe s’inspire de ce qui est proposé d’ordinaire aux groupes affaires. Ainsi, dans la brochure groupe générale du CDT, trouve-t-on, depuis trois ou quatre ans déjà, des offres issues de ce secteur.

Des tendances porteuses

La tendance au court séjour, de plus en plus appréciée par les touristes classiques, entraîne un certain rapprochement des deux types d’offre, puisque le tourisme d’affaires est adepte depuis longtemps de ce format. Autre évolution, celle des minigroupes qui eux aussi ont à voir avec l’offre affaires. Les groupes de passionnés peuvent aussi se voir proposer des produits affaires pointus. “Le problème avec ces groupes de niches, relativise Bruno Stergard, c’est qu’ils s’adressent souvent directement à un TO spécialisé et non à un généraliste du groupe. Et avec internet, ils peuvent même opter pour le fait maison.

La montée du tourisme durable pourrait aussi pousser les groupistes à se pencher vers l’offre du secteur affaires déjà souvent présent sur ce créneau. “Si cette tendance touche le tourisme de groupe classique, s’avance Martine Lansade, pourquoi ne pas imaginer ce rapprochement? Mais attention, pas en direction des groupes de seniors car je ne les vois pas effectuer du tourisme humanitaire non plus.” L’évolution des demandes des groupes classiques en matière d’originalité de contenu des produits pourrait enfin pousser les groupistes à s’inspirer du tourisme d’affaires.

Certes, le classicisme domine encore dans l’offre groupe traditionnelle, mais ceux qui y tiennent surtout sont les seniors âgés, une clientèle stagnante voire en baisse. La future clientèle des seniors actifs veut en profiter et dispose des fonds nécessaires pour sortir des sentiers battus. “C’est vrai que pour aller au-delà des produits traditionnels, on peut se servir de la production affaires, reconnaît Martine Eck-Bury, responsable réseau chez Europatours. Mais l’originalité ne suffit pas à elle seule pour vendre, prévient-elle, on ne peut y réussir qu’avec des groupes qui se laissent conseiller et auxquels on peut parler de produits innovants. Tous ne sont pas si ouverts.

La crise pourrait, elle aussi, servir de facteur de convergeance. En obligeant le tourisme d’affaires à revoir ses prétentions budgétaires à la baisse depuis quelques années déjà, la conjoncture rapproche logiquement les deux secteurs. Une occasion pour les groupistes de se pencher de façon plus sérieuse sur les produits affaires. “De toute façon, avec la baisse du nombre de groupes traditionnels, il nous faut toucher d’autres publics et donc trouver de l’inspiration. Et pas seulement dans le tourisme d’affaires d’ailleurs”, estime Onno Ottevanger.

Un vivier d’idées?

Si le tourisme d’affaires verse effectivement dans l’originalité, l’innovant, le ludique… il n’est pas le seul. Le marché individuel est aussi, pour certains opérateurs, un creuset non négligeable d’idées. "Nous nous servons de la production pour les individuels, confirme l’équipe promotion du CDT 93, pour constituer notre offre à destination des groupes." Une démarche suivie aussi par l’agence Tématis qui affirme travailler avec des prestataires repérés en premier pour le marché individuel, mais finalement aussi exploités pour les groupes. Il est vrai que si la prestation plaît aux individuels, elle a des chances de plaire à des entreprises aussi. En fait, hiérarchiser les sources d’inspiration ne correspondrait pas à la réalité…. La notion de melting pot serait plus efficace pour caractériser cet espace créatif. Il serait décliné jusque dans les brochures. À l’office de tourisme de Dunkerque, par exemple, depuis 2011, Onno Ottevanger fait figurer, sous forme de citations, des produits affaires dans la brochure générale. "Mais il faut reconnaître que, pour le moment, nous n’avons jamais vendu d’activité char à voile, par exemple, aux groupes classiques comme c’est le cas pour les groupes affaires." David Prioton, directeur du CDT de la Vienne, a lui aussi choisi de mêler les choses: dans sa brochure groupes 2012, il y aura comme dans celle de 2011, des produits actifs issus du tourisme d’affaires.

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