Visites de musées gourmands, d’entreprises artisanales ou industrielles, balades à pied ou excursions gourmandes, cours de cuisine ou ateliers de dégustation. En France, le tourisme gastronomique fait recette.
En période de défiance alimentaire, le consommateur a besoin de réponses. Émerge une réelle prise de conscience à expliquer et défendre ce patrimoine. Toucher, voir, sentir, goûter… Les visites gourmandes invitent les individuels comme les groupes à une forme de tourisme culturel et à vivre des expériences… alléchantes.
Le décor d’une usine tout droit sorti d’un dessin animé, une mascotte en forme de framboise, une odeur de gâteau sortie du four… Le monde de Carabreizh plonge le visiteur dans ses souvenirs d’enfance. L’entreprise morbihannaise, réputée pour son caramel et ses sablés bretons, a ouvert un parcours scénographique au printemps 2017, juste à côté de l’usine de production. Outre cet espace ludique qui embarque le visiteur dans son univers, Carabreizh dispose d’une boutique, théâtre de nombreuses animations. « À la sortie de l’espace découverte, nous proposons aux groupes une dégustation de nos produits », explique la responsable Laura Cailliez. « Nous organisons également une chasse au trésor dans les rayonnages de la boutique. Nos mascottes font une apparition, cela fonctionne toujours pour une photo souvenir. Nous faisons tout pour mettre les clients à l’aise. » Un véritable sens de l’accueil que Carabreizh pousse en souhaitant la bienvenue aux groupes en montant dans leur bus pour leur offrir des friandises; une attention fort appréciée.
Comme Carabreizh, de nombreuses entreprises agro-alimentaires se sont ouvertes au tourisme. « Il y a un véritable engouement sur le tourisme de savoir-faire et particulièrement dans le secteur agro-alimentaire », assure Cécile Pierre, déléguée générale d’Entreprise et Découverte. Cette association accompagne les entreprises dans leurs démarches touristiques mais a aussi pour vocation à faire naître véritablement cette filière du tourisme de savoir-faire. Elle compte 500 entreprises adhérentes et en répertorie environ 2 000 sur son site internet: www.entrepriseetdecouverte.fr (dont 55 % dans le secteur agroalimentaire). « En moyenne, nous accompagnons une nouvelle entreprise tous les quinze jours. Nous aidons donc les entreprises à mettre en place des circuits de visites, valoriser et mettre en marché leur offre. »
L’association assure également un travail de communication auprès du grand public. Un guide du Routard Guide de la visite d’entreprise a été édité en collaboration avec Hachette en 2016. Une nouvelle édition complétée sortira d’ici l’automne 2019. Par ailleurs, Entreprise et Découverte travaille sur la création d’un club d’une centaine de sites d’excellence afin de constituer une vitrine du tourisme de savoir-faire.
Il y a peu, les entreprises qui se lançaient dans le tourisme de savoir-faire étaient principalement des PME. Aujourd’hui, les grands groupes industriels ont aussi cette démarche afin d’utiliser la visite d’entreprise comme moyen de communication: montrer les méthodes de fabrication, les engagements sur la traçabilité, le développement durable, la qualité des produits… « L’agriculture et l’alimentaire ont vraiment intérêt à ouvrir leurs portes », assure Olivier Moyersoen de Terra Cabra, en Ardèche. « Dans notre société, avec la prise de conscience des enjeux environnementaux, les questions sur le bien-être animal, nous devons rassurer les consommateurs. Si nous, les agriculteurs, nous avions gardé un contact avec le consommateur, il n’y aurait pas cette défiance. »
C’est justement de cette méconnaissance du métier qu’est née Terra Cabra en 2012. À Planzolles, commune de 130habitants dans les Cévennes ardéchoises, une douzaine de fermiers créent un atelier d’affinage collectif afin de fabriquer et commercialiser leur fromage, le Picodon. Dans le même temps, ils décident de mutualiser l’accueil touristique avec un espace découverte. Ils font appel à une société spécialisée et travaillent pendant un an sur le projet. « Nous voulions montrer les qualités et les enjeux de notre métier. Notre travail nous fait toujours vibrer », se souvient Olivier Moyersoen. Entre films, ateliers pédagogiques et fiches techniques, l’Espace Découverte « De la chèvre au Picodon » répond donc à de multiples questions: « Combien de litres de lait produit une chèvre chaque jour? Quels sont les noms des minuscules champignons qui poussent sur le Picodon? Combien d’estomacs possèdent une chèvre? » Et bien plus encore.
La suite de l'article Marché dans le numéro 82 Mars 2019 de Bus & Car Tourisme de groupe