La professionnalisation de ce type de vacances et l’amélioration de l’image des campings ont fini par rendre plus attractive cette forme d’hébergement, notamment vis-à-vis des groupes. Séduction mutuelle en cours?
L’HÔTELLERIE de plein air (HPA) version 2011 n’aurait rien à voir avec celle d’il y a quelques décennies. Sur ce point, tous les acteurs du secteur semblent d’accords. À côté des rustiques campings municipaux d’hier, se dressent aujourd’hui des campings privés, étoilés, équipés et d’un bon rapport qualité prix… sans doute de quoi convaincre les groupistes. Concernant les finances d’abord, l’HPA s’avère être un bon compromis. “Certes, un mobilhome, par exemple, n’est pas donné, mais au moins on peut y loger plusieurs personnes à la fois!”, explique Guylhem Féraud, président de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air (FNHPA). Et le fait que les groupes soient accueillis hors saison permet de rabaisser le prix. Cette attractivité tarifaire est d’autant plus appréciable en période de crise. “La résidence coûte 30 à 40 % plus cher, révèle François Georges, président de Sandaya, et je ne parle même pas des tarifs hôteliers.” Le nombre de couchages possibles peut aussi satisfaire les groupistes. “Héberger jusqu’à 400 personnes au même endroit, ajoute François Georges, c’est possible dans un grand camping, et c’est énorme et unique dans certaines zones.”
À propos du confort, le secteur a connu une vraie révolution avec le locatif (structures en dur et avec sanitaires privilégiés par les groupes par rapport aux emplacements vides). Ils ont permis un allongement de la saison et une augmentation de la rentabilité puisqu’aujourd’hui ce sont eux qui attirent les groupes. Les chalets, un peu moins confortables, ont suivi mais tout aussi adaptés aux groupes et ménageant une alternative tarifaire avec un prix un peu inférieur. “Certes, certains campings offrent aussi des parties hôtelière ou résidentielle, mais cette diversification du type d’hébergement caractérise désormais le camping en général, et a participé à capter l’attention des groupistes”, confirme Guillaume Patrizi, président de Camping and Co.
Bien sûr, les équipements ont aussi connu une grande évolution, qu’il s’agisse des parcs aqualudiques, des attractions, de salles de réunions et réceptions, d’espaces bien-être… autant de nouveaux atouts vis-à-vis des groupes.
Souvent bien placés sur le littoral, à proximité des plages ou dans l’intérieur sur des sites naturels remarquables, les campings d’aujourd’hui offrent aussi une ambiance renouvelée: convivialité, mais aussi possibilité, notamment dans les locatifs, de se retrouver entre soi. La tranquillité aussi, “loin de la cacophonie urbaine et du passage matinal des femmes de ménage dans les hôtels”, précise Véronique Decamps, directrice commerciale de Sites & Paysages de France. L’accessibilité est facilitée pour les seniors et PMR, sans oublier la proximité de tous les services et équipements… Nombre d’exploitants de campings considèrent que l’HPA n’a plus à rougir de la comparaison avec certains hôtels ou résidence.
Tant d’efforts ont fini par porter leurs fruits, notamment sur l’image que la clientèle française vouait à l’HPA. Pour Véronique Decamps, “cette évolution qualitative a incité les CDT à nous promouvoir plus largement.” Reste à enfoncer le clou. “Notre image change, certes, mais c’est long!”, se désole Sandrine Gautier, fondatrice de Camping Hortus.
Conséquence. L’intérêt des groupes pour les campings s’affirme remarquent grands et plus modestes acteurs de l’HPA. Cela daterait de la dernière décennie et une accélération aurait été notée ces toutes dernières années. “Depuis deux ans environ, nous observons une demande plus forte”, note Guillaume Patrizi. Une constatation qui a poussé cet opérateur à ajouter un onglet dédié aux groupes dans la toute nouvelle version de son site internet, et à prévoir l’embauche d’une personne spéci!que pour ce marché. Mais quel type de groupe pourrait être vraiment intéressé? A priori tous. “Jusqu’aux chercheurs de haut niveau venus chez nous du monde entier pour suivre en direct par internet une opération faite à New York”, s’enthousiasme Olivier Léger, directeur général du Castel Saint-Avit Loisirs.
Plus classiquement, on peut se poser la question pour les seniors.
La réponse n’est pas évidente. Difficile de les imaginer s’ouvrir à l’HPA, ces grands habitués d’hôtels confortables. “D’autant moins que les seniors n’aiment pas trop tester les nouveautés!”, assure Sandrine Gautier. Quant aux mediors, ils pourraient s’intéresser à l’HPA dans un cadre précis: pour des courts séjours actifs à proximité des grandes villes. S’ajoutent à certaines catégories de seniors, les scolaires, les membres d’une même famille, les étudiants, les passionnés en minigroupe ou les associations sportives… Ces dernières, pour Guylhem Féraud, “représentent d’ailleurs un marché encore méconnu, mais d’avenir car notre formule leur est tout à fait adaptée.”
Quant aux TO la différence semble de poids entre les Français (autocaristes notamment) qui amènent encore peu de touristes dans les campings et les étrangers avec lesquels certains campings travaillent déjà depuis longtemps. Les Anglais, aujourd’hui en berne, pourraient être compensés par des groupes venus des pays de l’Est pour lesquels l’atout financier est déterminant. “Chaque année, illustre Sandrine Gautier, un groupe de Polonais, emmené par un autocariste, passe une nuit chez moi sous tente.”
Pour les groupes issus du tourisme d’affaires, l’entrave majeure serait la forte concurrence qui existe déjà sur ce marché. Mais le cadre naturel, le bon positionnement tarifaire, la possibilité d’activités incentives sur place, et les équipements de bon niveau séduisent nombre d’autres opérateurs. “Nous n’en sommes qu’aux débuts, estime Guylhem Féraud, le camping était hier vu comme un hébergement au rabais, aujourd’hui, on le considère comme une solution originale et amusante.”
Deux points sont cependant rédhibitoires concernant l’accueil des groupes: la capacité de couchage et les équipements nécessaires aux groupes. Deux restrictions qui font dire à Olivier Léger que “l’HPA ne deviendra pas non plus un eldorado partout en France pour les groupes!”
Très prosaïquement, une autre entrave est apparue: la configuration intérieure des bungalows qui ne permet pas toujours une utilisation optimale de l’hébergement.
La plupart des mobil-home actuels disposent de deux chambres, mais d’une seule salle de bain que les clients en groupe n’acceptent pas toujours de partager! Les plus optimistes rétorquent qu’une nouvelle génération plus adaptée de mobil-home va prendre la place des anciens d’ici à dix ans.
De façon encore très pratique, les campings doivent gérer l’incompatibilité possible des groupes entre eux ou avec le reste de la clientèle. “Des jeunes, bruyants, ne trouveront pas forcément de place dans les campings… c’est vrai. Les gestionnaires pouvant craindre des dérapages”, reconnaît Karine Farcot, directrice de l’association Camping Qualité. Groupes et campings doivent donc être sur la même longueur d’ondes.
Évidente aussi, l’entrave due aux périodes d’ouverture pour les groupes. Ces derniers ne viennent que hors saison car en été l’HPA se concentre sur les individuels. Mais dans les rangs des exploitants, on se dit qu’un jour viendra où il faudra exploiter les ailes de saison. “Certains l’ont bien compris qui, grâce au locatif haut de gamme chauffé, ouvrent même à Noël pour les marchés”, remarque Nadège Welu, directrice commerciale ajointe de Campéole.
Au-delà même de l’ouverture, il y a l’animation du séjour à laquelle les acteurs de l’HPA doivent réfléchir. “Ce sont les produits packagés, incluant un programme de découvertes et d’activités, qui sont efficaces vis-à-vis des groupes, note Anna Pasco, responsable séminaire et réception, chez Yelloh camping. Nous en avons d’ailleurs créé assez récemment pour répondre à l’intérêt grandissant des groupes.”
L’offre se constitue donc peu à peu, car cette tendance qui rapproche HPA et groupes reste récente aux dires de la majorité des acteurs. Le couple tourisme de groupe et HPA serait donc encore en devenir. Si les gestionnaires de campings de la génération précédente, des passionnés, paraissent pour la plupart avoir bien géré leurs établissements, ils l’ont fait avant tout sur la haute saison, laissant les ailes, c’est-à-dire les groupes, de côté. La professionnalisation et la concentration en cours dans le secteur impliquent que, pour une rentabilité optimale, ces ailes soient justement travaillées. Une stratégie qui enthousiasme Véronique Decamps: “Faire connaître le camping et son évolution qualitative, remplir le locatif hors saison, renforcer les liens avec les prestataires locaux, faire découvrir une région, et bien sûr dynamiser les services offerts en conservant ainsi son personnel plus longtemps dans l’année, etc.” Tout le monde y gagnerait…
Les Circuits Camping Hortus, c’est une idée de Sandrine Gautier. Elle se donne encore trois ans pour la concrétiser, juste le temps le marché, qu’elle considère en pleine évolution, mûrisse.
"Certains de mes clients du camping de Sully-sur-Loire, se désolaient, au bout de deux jours de visite des alentours, de n’avoir plus rien à découvrir. Pour les satisfaire, j’ai imaginé rassembler dans un circuit quatre campings (qui seraient bien sûr dans mon giron), et bâtir autour de ces étapes un programme de visites calibrées. Il me reste encore à trouver deux campings, un partenaire financier et à écrire le programme. Mais j’ai déjà des retombées de ce projet. Dix jours pour quatre étapes, cela implique de laisser de côté les réservations à la semaine et c’est ce que l’on a commencé à faire pour tester. À la nuit et en court séjour, cela fonctionne déjà. C’est bien la preuve que les mentalités évoluent, non?" Chez Campéole, la Formule Liberté pourrait, aux dires même de Nadège Wegu, s’avérer très cohérente pour les groupes, de médiors notamment: "En fait, nous déclinons la formule circuit en hôtel en circuit en camping. Il s’agit de donner à nos clients individuels des idées de balades autour d’un camping et de leur réserver deux nuits au minimum dans chaque implantation."
– En 2010: 104 millions de nuitées, en hausse d’un million par rapport à 2009, un chiffre dopé par la fréquentation française.
– En 2011, un CA de deux milliards d’euros qui devrait croître de 1 ou 2 % pour atteindre 3 milliards en 2015.
– Aujourd’hui: 9 000 sites d’HPA en France accueillant plus de 7 millions de touristes (dont 2 millions d’étrangers) et se positionnant au premier rang des hébergements touristiques marchands en France.
– En France: plus de deux Français sur trois ont déjà séjourné au camping, et 36 % de la clientèle est d’origine CSP + .
– En 2010: la fréquentation du locatif a augmenté de plus de 7 %, un chiffre qui illustre la constante augmentation de ce type d’hébergement privilégié par les groupes.
– Aujourd’hui: 40 000 unités de locatifs sont implantées représentant le principal levier de croissance pour l’HPA.
– Depuis quinze ans: le camping traditionnel (tente et caravane) baisse chaque année de 2 % en termes de fréquentation. En 1990: 31 % de l’offre étaient classés 3 et 4 étoiles, aujourd’hui le chiffre se monte à plus de 55 %.
7 % des campings, représentant 28 % des emplacements nationaux et 39 % du chiffre d’affaires global du secteur, sont gérés par des chaînes. Elles disposent de 38 % du parc locatif avec 68 476 unités.