Spécialités Si les montagnes ne s’emportent guère qu’en pensée, d’autres trésors helvétiques, alimentaires notamment, se transportent plus facilement. Leur lieu de fabrication se visite aussi. Fromage, chocolat, vins, montres, horloges, couteaux… De quoi s’en mettre plein la panse ou plein les poches, même au cours du franc suisse!
“À QUOI pensez-vous, quand vous pensez à la Suisse?” La majorité des répondants évoquent en premier lieu la montagne. Pourtant, au pays des Helvètes, tous les trains n’ont pas leur terminus à 3 454 m, comme celui de la Jungfrau. Il y a aussi des trains panoramiques comme ceux de Goldenpass qui s’aventurent dans les vallées verdoyantes, serpentent en longeant des torrents bondissants, glissent entre les chalets et filent à travers champs et forêts, dans une odeur d’herbe fraîchement fauchée, de foin ou de sapin. C’est une Suisse éternelle que fait découvrir à ses passagers le train d’or et de blanc qui relie Zweisimmen, dans le canton de Berne, à Montreux, sur les rives du Léman. Il glisse à travers le Simmental aux traditions paysannes vivaces, passe par Gstaad, station huppée qui accueille depuis plus d’un demi-siècle un festival Yehudi Menuhin qui attire des musiciens renommés, et fait une halte à Château-d’Œx, où chaque janvier, durant neuf jours vers la fin du mois, des dizaines de montgolfières prennent les airs. Le paysage est tel que “même les autocaristes acceptent d’abandonner leurs passagers dans une gare pour les récupérer plus loin sur la ligne”, assure Niklaus Mani, responsable marketing de Goldenpass. Après tant de verdure, l’arrivée sur les bords du lac Léman pourrait laisser penser qu’on se retrouve près de la Méditerranée. Les plantes exotiques de Montreux poussent d’ailleurs à y croire.
Mais la cité est aussi célèbre pour son Festival de jazz durant la première quinzaine de juillet, son château de Chillon les pieds dans l’eau et popularisé par les boîtes de crayons de couleur Caran d’Ache fabriquées dans le canton de Genève, et sa statue de Freddie Mercury qui attire les fans du groupe Queen. Sa voisine, Vevey, a elle parié sur Charlie Chaplin, qui y a sa statue en attendant, en principe pour 2013, le musée qui lui est consacré.
Arrivée en gare de Montreux? Non, point de départ d’autres trains de montagne, comme celui qui mène aux Rochers de Naye, à plus de 2 000 m d’altitude et offre à ceux qui l’empruntent un panorama à couper le souffle sur toute la chaîne des Alpes. De quoi donner des ailes aux randonneurs ou l’envie de s’amuser avec les marmottes en semi-liberté tout là-haut. Ou encore un puissant désir d’y passer la nuit, en se dépaysant dans l’une des sept yourtes authentiques montées à proximité d’un hôtel, avant de guetter le lever du soleil sur les sommets du Valais ou de l’Oberland bernois.
Gare de Montreux, arrivée! Non, point de départ encore, mais du train du chocolat cette fois. Un train à l’ancienne, avec ses boiseries et ses sièges capitonnés à la manière de L’Orient-Express, qui remonte le temps autant que les Alpes. Direction Gruyères cette fois, avec un “s” à la fin quand il s’agit de la ville. À deux pas de la gare, le fromage du même nom, mais sans le “s” final cette fois, a sa maison. Une fromagerie où l’on partage la vie des paysans devant des illustrations sonores, visuelles et… olfactives en respirant l’odeur des plantes des alpages. Mais le propos est aussi de montrer toute la vie qui entoure l’élevage bovin. Et le canton de Fribourg, qui réunit un tiers du cheptel suisse, est bien placé pour en parler, raconter la “poya” quand les bêtes montent aux alpages ou la désalpe quand elles en redescendent. Ah oui! on y fabrique aussi du fromage. Les normes d’hygiène isolent les visiteurs derrière une vitrine, mais il est possible d’observer la précision et le doigté des fromagers.
Inutile de préciser qu’à Gruyères, la cuisine au fromage y est exquise, mais sans doute faut-il aussi mentionner que le village, perché sur son promontoire, est un joli bijou placé sous la symbolique de la grue. C’est au château de Gruyères qu’il faut aller pour connaître l’histoire de la région où Bernois et Fribourgeois se sont affrontés, visiter des pièces avec ses meubles d’origine, ses jardins à la française et apprécier la rencontre des temps anciens et de l’avant-garde de l’art contemporain, avec les sculptures modernes disposées dans l’enceinte même de la forteresse, riche idée de conservateurs audacieux. En chemin, à proximité de maisons du XVIe siècle, l’artiste surréaliste HR Giger apprécie lui aussi le choc des siècles, avec ses œuvres qui semblent tout droit sorties d’Alien. Le café Giger, en face du musée qui lui est consacré, garantit aussi la surprise avec son décor fantastique, au sens extraterrestre du terme. Plus près de nous et de nos papilles, la chocolaterie Cailler a ouvert un Musée du chocolat, avec dégustation à la clé. Du cacao à la tablette de chocolat, tout est raconté par le menu en plongeant avec réalisme les visiteurs au temps des découvertes lointaines ou des salons bourgeois. On assiste aussi à la fabrication d’une minibranche Cailler, mini par la taille mais grande par le goût. La maison appartient au groupe Nestlé, qui lui aussi, mais à Vevey, a ouvert son musée de l’alimentation, l’Alimentarium, qui se visite et se pratique, puisqu’on fait le tour des tables et des épiceries du monde et qu’on peut y mettre la main à la pâte en participant à des ateliers pédagogiques.
Après tant de campagne et de provisions, un tour en ville s’impose. À Fribourg, chef-lieu du canton du même nom. L’université draine par grappes ses étudiants, Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely y ont leur espace, leurs espaces pour œuvres surdimensionnées, avec les formes colorées de l’une et les paraboles mécaniques de l’autre, tandis que le Musée d’art et d’histoire de la ville, admirablement logé dans d’anciens abattoirs, propose une magnifique statuaire et balaye cinq siècles d’histoire. Pour se laisser découvrir tout en divertissant, la ville dispose d’un golf urbain très original, où chacun peut tester son par. Mais comme nous sommes en Suisse, la pente ou la montée ne sont jamais loin. Même les villes sont donc en monts et en vaux: le vieux Fribourg est recroquevillé autour de la Sarine tandis que les constructions récentes ont pris possession des hauteurs. Un funiculaire, qui fonctionne à l’eau (!), mène de l’une à l’autre. Le rail et la montagne font décidément bon ménage.
À Fribourg
Au Parc Hôtel pour ses chambres spacieuses et très confortables.
Hôtel de la Rose, 40 chambres chaleureuses dans le vieux Fribourg.
Hôtel Alpha, proche du centre-ville, en rénovation en cette fin d’année, mais un bon rapport qualité-prix.
L’hacienda, 40 chambres un peu à l’écart du centre-ville, avec restaurant mexicain autour du même patio.
À Fribourg
Le Pérolles, restaurant gastronomique avec plats inventifs et raffinés.
À Gruyères
Restaurant Le Chalet. Avec terrasses bien exposées, service attentionné et plats savoureux.
La Maison du gruyère, située à Pringy-Gruyères, propose des réductions sur les billets d’entrée au membre de groupes dès 10 personnes.
Le musée Cailler, implanté à côté de la fabrique, à Broc, propose des tarifs réduits de 20 % aux visiteurs en groupes d’au moins 10 personnes.
L’Alimentarium, ou musée de l’Alimentation, à Vevey, accueille sur réservation groupes et scolaires. L’entrée est gratuite pour les moins de 16 ans, les visiteurs en groupe bénéficient d’un tarif réduit, y compris avec visite guidée.