Suisse Grâce au chemin de fer à crémaillère de la Jungfrau, qui fête ses 100 ans en 2012, la haute montagne suisse reste accessible à tous. Eblouissement garanti et commémorations tous azimuts.
POUR passer des verts pâturages d’Interlaken (567 m d’altitude) à un univers de glace et de roc suspendu entre ciel et terre, il n’y a jamais qu’un train à prendre. Mais pas n’importe quel train, un centenaire qui se porte à merveille, le train à crémaillère de la Jungfrau, dans l’Oberland bernois, le haut pays du canton de Berne. Depuis Kleine Scheidegg, une station de ski à plus de 2 000 m d’altitude, le tortillard rouge vif va son bonhomme de chemin, à la manière d’un randonneur sur rail, pour atteindre en deux heures vingt la gare la plus haute d’Europe, à 3 454 m d’altitude. Jungfraujoch, col de la Jungfrau, tout le monde descend, une “demoiselle” attend! Perchée à 4 158 m, toute de blanc vêtue, elle domine d’une courte tête ses voisins, le Mönch (4 107 m) dont l’arête griffe le ciel d’un bleu intense comme seule l’altitude sait les peindre, et l’Eiger (3 970 m) acéré comme un couteau suisse avec son abrupte face nord. C’est pourtant à ces deux imposants voisins que le chemin de fer s’agrippe pour gagner la haute montagne. Le train avec ses trois wagons fait deux haltes en route, moins pour reprendre son souffle que pour laisser à ses passagers le temps de s’adapter à cette grimpée inhabituelle tout en admirant, à travers des baies vitrées percées dans le rocher, les paysages de bosses et de creux, de monts et de vallées, qui font la Suisse.
C’est peu de dire que les travaux ont été terriblement difficiles et compliqués, avec les moyens de l’époque. Débutés dans la partie haute en 1896, ils ont pris des années, mobilisant 300 ouvriers italiens, qui transportaient à dos d’homme ou avec l’aide de luges tirées par des chiens huskies, matériel et matériaux. Un des tunnels mesure plus de 7 kilomètres, c’est dire s’il a fallu creuser et tailler. Grâce à la centrale dédiée édifiée plus bas dans la vallée, le choix de l’électricité a été tôt fait, tant pour la construction du chemin de fer proprement dit que pour faire fonctionner les trains. L’ampleur de la tâche n’a d’égale que la ténacité du promoteur de la Jungfraubahn, Adolf Guyer-Zeller, un industriel de Zurich, pour convaincre de l’intérêt de ce projet, alors que les premiers touristes anglais commençaient à venir respirer le bon air des Alpes, et que l’idée de gravir les montagnes gagnait des adeptes. En février 2012, treize ans après le décès de son promoteur, le chemin de fer de la Jungfrau était opérationnel. Et voilà la haute montagne servie sur un plateau à des touristes émerveillés. La magie demeure, quand à la sortie du terminus, la neige renvoie sa lumière éblouissante, l’altitude ralentit les mouvements et la respiration. Vers l’Est, le champ de glace, épais et parcouru de vagues oscillant entre le gris et le blanc, prend son temps. Le voilà qui se laisse glisser dans la vallée d’Aletsch, vers le Valais, formant sur plus de 22 km le plus long glacier d’Europe. Autour, les montagnes arrachées à la terre tutoient l’éternité.
À la gare d’arrivée, c’est l’effervescence. La surprise le dispute à l’enthousiasme. Tout comme le voyage, qui se déroule dans la douceur du velours, il n’est pas question de renoncer au confort, même à cette altitude. Plusieurs restaurants offrent vue panoramique, rösti et fondues. L’un d’eux s’est lancé dans la cuisine indienne, la Jungfrau étant quasiment devenue un lieu de pèlerinage pour tous les fans du cinéma hollywoodien made in India. Mais ce n’est pas tout. Comme il s’agit d’aller toujours plus haut, un tunnel permet l’accès à un observatoire situé à plus de 3 570 m. À l’aplomb, un champ de neige, ouvert aux skieurs et aux lugeurs, contraste avec les verdoyantes vallées, les forêts de sapin et les lacs d’émeraude aperçus dans le lointain. Le panorama n’est qu’infinies dentelles, à peine voilé par endroits de nuages paresseux et de brumes lascives. En 2015, il sera encore plus facile d’atteindre ce promontoire, avec le percement d’un tunnel de 250 m sous la Jungfrau, qui sera comme un livre d’histoire du tourisme dans les Alpes et du chemin de fer à crémaillère. Il sera relié à l’Eispalast, une exposition de scènes arctiques dont les sculptures pétrifiées de froid sont taillées dans la glace.
Au menu du centenaire, quelque 80 manifestations sont prévues tout au long de l’année. L’une des plus en vue, si l’on peut dire, sera la mise en lumière de la Jungfrau. Pleins feux sur la “demoiselle”, contre laquelle l’artiste Gerry Hofstetter va, début janvier, projeter des images symboliques: la croix suisse, un portrait du fondateur, un train. Médailles, timbres, livre officiel rejoindront aussi la collection des souvenirs laissés par la Jungfrau. Mais le plus beau restera certainement celui d’être allé là-haut.
Il faut prévoir une journée pour profiter au mieux de la Jungfrau. Si le train à crémaillère attirait un peu moins de 300 000 passagers il y a vingt-cinq ans, il a transporté l’an dernier 710 000 touristes. En 2012, ce nombre devrait être battu. D’ores et déjà, les 17 trains de la Jungfraubahn sont complets durant douze jours de juillet et d’août. Mais septembre est aussi un excellent mois pour découvrir ce panorama unique. Il convient donc de réserver les places au plus tôt, au moins un mois à l’avance. Un pass valable trois jours, comprenant un aller-retour pour la Jungfraujoch, est proposé au tarif de 225 francs suisses, 170 CHF pour les tarifs réduits. Pour les groupes de plus de dix personnes, un rabais de 20 % sur l’aller-retour à la Jungfraujoch est proposé. En outre, une entrée gratuite est accordée à tout groupe de 10 pax. Un parking gratuit est mis à la disposition des autocars. Un tour-opérateur qui amènerait des groupes au moins cinq fois durant l’année 2012 bénéficiera d’une commission de 9 %.