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Lieux de spectacle: de l’autre côté du rideau

Marché | publié le : 01.11.2018 | Dernière Mise à jour : 07.11.2018

Auteur

  • Valérie Appert

Que proposer à un groupe, en marge d’une soirée théâtre ou d’un spectacle? La visite de l’établissement, un cocktail servi dans un salon privé, le privilège de rencontrer les artistes… Autant d’attentions qui susciteront l’intérêt des plus réticents et combleront les fantasmes des plus avertis. Mais l’offre « coulisses » des lieux de spectacle est à géométrie variable. Si les visites pour groupes sont instituées dans les plus grosses structures, peu de théâtres ont de vraies propositions commerciales « groupes », hormis une politique de tarifs réduits. C’est à l’organisateur de la sortie de prendre l’initiative. Désireux de s’ouvrir à des publics diversifiés, les établissements prêtent une oreille attentive à toutes les demandes et travaillent au cas par cas. Sachez être force de proposition pour conduire vos clients dans les à-côtés du spectacle.

Le mystère du Fantôme de l’Opéra. Les moines momifiés de la salle des machines. Monsieur Molière et son fauteuil de malade imaginaire. Non, ce ne sont pas les œuvres à l’affiche, respectivement, de l’Opéra Garnier, du Théâtre des Célestins de Lyon ou de la Comédie française, mais les découvertes déconcertantes que fera tout visiteur invité à pénétrer dans le saint des saints. Car dans les lieux de spectacle il y a bien une vie au-delà des feux de la rampe. Et bon nombre de théâtres, d’opéras ou de salles de concert, nationaux ou privés, à Paris comme en province, acceptent de dévoiler au public, en direct ou par le biais de prestataires, des espaces plus confidentiels: les coulisses, les dessous de scène, la machinerie, les cintres, le foyer des artistes…, jusqu’aux parties administratives. Créé il y a dix-huit ans, Cultival a été l’un des premiers prestataires à organiser des visites dans les coulisses des monuments, avec une affection toute particulière pour les théâtres et les opéras. « Je voulais révéler à un public privilégié le fonctionnement d’un lieu et tous les métiers et passions qui y sont attachés, rendant chaque représentation unique », explique son fondateur Thibault Manchon. Pour Gabrielle Roüault de la Vigne, fondatrice de Visites Particulières, qui conçoit des visites haut de gamme pour les groupes, notamment dans des opéras, « la demande de visites de lieux invisibles, réserves de musées ou coulisses de théâtre, va croissante. Parce que vous êtes accueillis de façon privilégiée à l’entrée des artistes par un guide érudit qui va, de passages transitoires en portes dérobées, vous conduire jusqu’à des lieux d’ordinaire inaccessibles au grand public ».

Balades dans le sixième dessous… ou sur les toits

Star absolue, l’Opéra Garnier a vu ses recettes commerciales issues de ses visites croître de 20 %. Signe d’une fascination intacte pour ses espaces publics de style Napoléon III, mais aussi pour son extraordinaire labyrinthe souterrain, constitué de canalisations et de caves voûtées, accessible aux seuls happy few en dehors des heures d’ouverture. À portée de main, les cabestans en bois que des soutiers manipulaient à la force de leurs bras jusqu’en 1920 pour faire monter et descendre les décors entre deux actes. Et peut-être à vos pieds, qui sait?, le lac souterrain décrit par Gaston Leroux. « Nos visites privilégiées de 2 h 30, explique-t-on du côté du service commercial, peuvent intégrer l’atelier de couture où l’on voit les artisans travailler mais aussi… la montée sur les toits ». « Une visite du Théâtre des Célestins de Lyon met en avant l’architecture et l’histoire de cet ancien couvent », explique Myriam Déléage, responsable des visites groupes. « Mais c’est aussi une entreprise avec son fonctionnement et tous ses métiers à l’œuvre. Un lieu vivant où la visite se construit au fil des rencontres, en fonction des décors et des répétitions. Nous pouvons répondre à des demandes spécifiques d’entretiens avec un éclairagiste, un régisseur ou le metteur en scène. » Apogée de la visite: la traversée du plateau. Magique mais pas toujours réalisable pour des raisons de sécurité. « Lorsque j’assurais moi-même les visites, raconte Thibault Manchon, j’ai eu droit à deux évanouissements sur scène! »

Mais il ne faut surtout pas s’en tenir aux seuls établissements patrimoniaux, confits dans leur décor XIXe. Les salles de concert ou de spectacle construites dans les dernières décennies ont bien des trésors, parfois techniques, à révéler; et une architecture contemporaine à décrypter. Ainsi, la silhouette signée Jean Nouvel de la Philharmonie de Paris mérite quelques explications. Au-delà des loges et des studios d’enregistrement de la Seine musicale, posée sur l’île Seguin, à Boulogne-Billancourt, votre guide vous introduira dans son étonnant auditorium sphérique aménagé « en vignoble » autour de la scène. Et dans le sixième dessous de l’Opéra Bastille, découvrir les chariots à moteur qui circulent sur des rails pour véhiculer les décors est tout simplement passionnant.

Des clés pour mieux comprendre l’œuvre et son écrin

« En province, inciter les gens à aller au spectacle est difficile », rappelle William Luque Ortiz du service groupes du Théâtre Marigny. « Pour un autocariste, proposer la visite des coulisses d’un théâtre est un levier d’attractivité. » Problème, ces visites, animées par des guides maison ou des conférenciers extérieurs, ont rarement lieu avant la représentation, quand les techniciens s’activent à monter le décor. Pourtant le but avoué des établissements est bien d’inciter un public, parfois réticent, à franchir (peut-être pour la première fois) les portes d’un théâtre. Lier la visite d’un lieu de spectacle à une représentation reste donc indispensable. « Le visiteur découvrira ensuite le spectacle comme un initié. Il a suivi le parcours des interprètes et des décors, il se sent éclairé et privilégié », nous confie un prestataire.

Mais, a contrario, si un groupe a réservé des billets pour une représentation, pourquoi ne pas solliciter, en préambule, une visite rapide avant le spectacle? Afin de se sensibiliser à l’architecture du lieu et recevoir quelques clés de compréhension de l’œuvre. « Mais ces défrichages réalisés au débotté ne sont pas contractuels », explique la responsable commerciale d’un opéra en région qui pratique ces petits « services-entre-amis » et réclame l’anonymat. « Cela se fait à la demande, quand c’est possible. Je le prends sur mon temps de travail et je ne le facture pas. »

À Paris, les théâtres privés sont régulièrement fréquentés par les groupes qui viennent y découvrir avec un plaisir totalement assumé des comédies promises au succès (comme La Garçonnière en 2017/2018 ou encore Le Prénom en 2018/2019, dans une nouvelle version au théâtre Édouard VII). Ils en constituent même un « fonds de salle » (de 10 à 30 % du public) très apprécié des directeurs commerciaux. En revanche, ces bonbonnières Belle Époque ou Art déco, où le rouge du velours de scène le dispute au cristal des lustres, sont bien en peine de s’ouvrir à la visite, faute de dégagement suffisant autour de la scène. Les responsables commerciaux font toutefois des efforts pour accorder au coup par coup quelques privilèges à ces groupes qu’ils assurent « chouchouter ».

Quant à rencontrer les acteurs à l’issue de la représentation, au théâtre de l’Œuvre, qui pratique une politique de spectacles exigeants, la demande est forte et le plus souvent comblée. « La proximité avec le public plaît aux artistes, le metteur en scène aime savoir comment son spectacle est perçu et le public a besoin d’en savoir plus », explique Sandra Bonnot, chargée de commercialisation, qui cite le cas de Justice, un spectacle sur les comparutions immédiates: l’échange entre l’auteure-interprète et le groupe se révélant enrichissant pour chacun.

« Sincèrement? La rencontre des artistes est très aléatoire, nous prévient William Luque Ortiz, donc jamais contractualisée. C’est selon les comédiens, leur envie, leur état de fatigue. Mais cela a pu nous arriver sur des spectacles privilégiés, comme Silence, on tourne de et avec Patrick Haudecœur, un homme délicieux qui a accepté, avec deux partenaires, de rencontrer des groupes. »

Notre recommandation s’impose: ne jamais hésiter à demander, les bonnes surprises existent, nous assurent les lieux interrogés qui savent faire preuve de bonne volonté, et qui pratiquent en revanche sans problème la privatisation de leurs salons d’époque pour des cocktails. Les formules varient: avant et/ou après le spectacle ou pendant l’entracte.

Des lieux prêts à donner la réplique

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les scènes conventionnées et les centres dramatiques nationaux ou régionaux ont pour mission d’accueillir le plus largement possible tous les publics. Leur politique de développement culturel à l’égard des publics individuel, scolaire ou défavorisé, est très active. Si les touristes en groupe ne sont pas leur cible première, ils invitent pourtant ceux-ci à piocher dans leur programmation des activités à adapter à leurs envies. À condition de s’y prendre suffisamment à l’avance. Ces lieux prévoient ainsi à dates fixes des « bords de scène », rencontres pré-spectacle avec l’équipe des artistes, des « écoles du spectateur », des master-class, des invitations à des répétitions de ballets, des entretiens avec le représentant d’un métier technique (« Mon métier à l’Opéra » au théâtre du Capitole)… Soit une diversité de propositions susceptibles « de répondre à toutes les demandes », comme le spécifie Laurie Marsoni, directrice des relations extérieures du Théâtre de la Cité, ex­modeste Théâtre national de Toulouse devenu véritable lieu de vie, avec bar et restaurant. « Nous pouvons mettre en place un “Préambule” pour un groupe de vingt personnes, avec projection d’archives ou d’interviews pour expliquer le spectacle à venir. Ou bien conduire le groupe dans notre atelier de fabrication de décors, situé dans le quartier du Mirail, où leur seront expliqués les principes de la scénographie mais aussi l’évolution des matériaux utilisés, aujourd’hui plus légers et recyclables. Et celle des métiers. Sait-on que les cintriers du XXIe siècle travaillent avec l’électronique? C’est cela qui fascine les visiteurs dans les théâtres: un mélange de grande modernité et de gestes traditionnels hérités du XVIIIe siècle. »

En chiffres

• Les cinq théâtres nationaux ont enregistré près de 764 000 entrées pour la saison 2015-2016, les 70 scènes nationales plus de 2,4 millions d’entrées. 26,7 millions de visiteurs pour les spectacles musicaux.

• En 2017, le théâtre privé a attiré 6,8 millions de spectateurs sur l’ensemble du territoire, dont 4,3 millions à Paris.

• Cultival: 450 000 visiteurs, dont 65 % en visites guidées (le reste en billetterie), 30 % de visiteurs internationaux. + 20 % de fréquentation/an.

• Théâtre des Célestins de Lyon: 300 visites de groupes/an (tous publics).

Pour en savoir plus

• Chiffres clés de la culture sur culture.gouv.fr/Etudes-et-statistiques

• www.cultival.fr/visite-paris

• lesvisitesparticulieres.com

• www.pariszigzag.fr/visites-privees/nos-visites-privees: pour privatiser le parcours « Quand Paris fait sa comédie ».

• www.theatresprivesassocies.com: un panorama de la programmation théâtrale à Paris.

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